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Journal du classique

De jeunes musiciens russes se voient refuser l’accès au concours international de piano de Dublin

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les artistes russes se retrouvent dans une situation délicate, sommés de s’exprimer et de se positionner contre la guerre en Ukraine, sous peine de voir leurs concerts annulés. Et depuis quelques jours, les témoignages de jeunes artistes russes suscitent l’indignation : leur participation à certains Concours internationaux leur est purement refusée car ils sont de nationalité russe. Une discrimination que la Fédération des concours de musique condamne fermement.

Partout dans le monde, les institutions culturelles réagissent suite aux événements qui se déroulent en Ukraine, annulant pour la plupart les engagements avec les artistes "pro-Poutine", comme dans l’affaire Valery Gergiev qui a fait beaucoup de bruit dans le monde de la musique classique.

Si des questionnements se faisaient déjà entendre sur la demande faite par les institutions culturelles aux artistes russes de s’exprimer sur la guerre menée par leur président – considérant qu’un artiste russe était de facto un partisan de la politique du Kremelin, jusqu’à ce qu’il démontre du contraire - les indignations se font de plus en plus grandes suite à divers "boycotts" d’artistes russes qui n’ont aucun lien avec Poutine.

C’est notamment le cas du Concours de piano de Dublin, qui a décidé, purement et simplement, d’exclure jusqu’à nouvel ordre tous les candidats d’origine russe. Ainsi, le jeune pianiste russe Roman Kosyakov a partagé sur son compte Facebook un message reçu de la part de l’organisation du concours auquel il avait postulé. Le message est sans appel pour le jeune artiste : "à l’unisson avec les organisations culturelles à travers le monde et en cette période difficile, nous vous informons à regret que nous ne pourrons pas inclure de candidat russe dans la compétition 2022." Un autre pianiste russe, qui avait postulé au concours comme Roman Kosyakov, a reçu le même message, comme le relaye le pianiste français Selim Mazari sur sa page Facebook.

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Dans un communiqué, la Fédération mondiale des Concours Internationaux de Musique "recommande fortement" de ne pas exclure et discriminer les jeunes artistes russes et biélorusses du seul fait de leur nationalité. "Les statuts de la Fédération Mondiale des Concours Internationaux de Musique exigent de ses concours membres qu’ils respectent l’éthique la plus stricte et qu’ils traitent leurs participants avec intégrité, dignité et humanité", peut-on lire dans le communiqué signé par Peter Paul Kainrath, président de la FMCIM. "Aucun candidat ne peut être considéré comme un représentant de son gouvernement, et aucun participant ne peut être automatiquement déclaré représentant d’une idéologie du seul fait de sa nationalité. Au contraire, notre organisation protégera et soutiendra toujours les jeunes musiciens, peu importe d’où ils viennent. En utilisant le langage universel de la musique, nous encourageons les jeunes artistes à agir en tant qu’ambassadeurs du dialogue, de la compréhension et de la construction de ponts entre les gens."

Par ailleurs, le récital que le jeune pianiste russe Alexander Malofeev devait donner à Vancouver a été, lui aussi, annulé. La raison de cette annulation a été présentée dans un communiqué de l’organisatrice, Leila Getz : "À la Vancouver Recital Society, nous ne pouvons en toute conscience présenter un concert d’un artiste russe en ce moment, à moins qu’il ne soit prêt à s’exprimer publiquement contre cette guerre." Le pianiste russe se trouve dans la situation délicate de devoir prendre le risque de s’exprimer et se positionner contre la politique du Kremelin pour pouvoir faire son métier, alors, comme le précise Leila Getz dans son communiqué, "il a peur de ce qui arriverait à sa famille, avec laquelle il vit toujours à Moscou, s’il s’exprime".

A micro de France Musique, le musicologue et chroniqueur Christian Merlin a rappelé l’importance, dans ce débat, de faire la distinction entre "les quelques artistes soutiens affichés d’un régime combattu, et la majorité silencieuse d’artistes qui n’y sont pour rien et dont beaucoup hésitent à s’exprimer dans un régime autoritaire où la liberté de parole se paie cher".

Des œuvres russes déprogrammées des programmes de concert en Pologne et en Croatie

C’est un article du magazine Diapason qui relate que des œuvres de compositeurs russes, Moussorgski et Tchaïkovski en l’occurrence, se retrouvent déprogrammées de programmes de concert, à Varsovie ou encore à Zagreb.

A ce propos, le musicologue Christian Merlin s’est exprimé sur les antennes de France Musique, rappelant que "les œuvres russes appartiennent au patrimoine commun et dépassent leur appartenance nationale, le propre des grandes œuvres étant de ne pouvoir être réduites à une signification univoque, à moins de faire preuve d’une vision à courte vue."

Ainsi, l’Opéra national de Varsovie a décidé de déprogrammer Boris Godounov, au titre que cet opéra serait un opéra nationaliste russe, ce à quoi Christian Merlin répond que "le personnage principal de l’opéra de Moussorgski n’est pas le Tsar mais bien le peuple russe, dont Moussorgski, progressiste et libéral, est solidaire, tandis que les milieux dirigeants sont présentés dans cet opéra comme sanguinaires ou corrompus".

La Philharmonique de Zagreb a, quant à elle, déprogrammé deux œuvres de Tchaïkovski d’un concert symphonique. A ce sujet, là encore, Christian Merlin rappelle que Tchaïkovski était considéré par ses compatriotes – et notamment par le groupe des Cinq – comme étant un compositeur pas assez russe, trop européen, trop occidental.

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