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Guerre en Ukraine

De juriste à fixeuse en Ukraine : "Je ne pouvais pas continuer à vivre comme si tout était normal"

L'invité dans l'actu

Anastacia Galouchka, un ukrainienne qui a changé de vie

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04 avr. 2022 à 09:20Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base de l'Invité dans l'Actu d'Anne-Sophie Bruyndonckx

Depuis le début de l’invasion russe, certains Ukrainiens ont décidé de devenir fixeur. A la fois guides et traducteurs, ce sont eux qui accompagnent les journalistes sur la zone de conflit. C’est également la route entreprise par Anastacia Galouchka. A 28 ans, cette Belgo-ukrainienne diplômée en droit international a décidé de tout quitter pour devenir fixeuse. Voici son témoignage.

Anastacia Galouchka est née à Anvers de père ukrainien. Diplômée en droit international à la KULeuven, la jeune femme venait tout juste de décrocher un emploi pour l’ONU à Rome lorsque la guerre a éclaté en Ukraine.

Je ne pouvais pas continuer à vivre comme si tout était normal

"J’ai compris que je ne pouvais pas continuer à vivre comme si tout était normal. Je ne pouvais pas continuer mon travail, je ne pouvais pas continuer à converser avec mes collègues comme si tout allait bien", confie-t-elle.

"J’ai des amis journalistes qui m’ont dit : ‘Anastacia, c’est vraiment important que tu y retournes parce qu’on a besoin de gens qui parlent anglais, ukrainien et russe. On a besoin de gens qui ont des connexions, qui sont un peu sociables, qui peuvent fixer les choses pour nous.’ Et à ce moment-là, j’ai décidé de quitter mon travail."

Après quatre jours de guerre, elle décide donc de tout quitter. Anastacia Galouchka prend alors un billet d’avion pour Varsovie et traverse le pays pour gagner Lviv.

Le métier de fixeuse

En tant que fixeuse, Anastacia Galouchka bouge beaucoup dans le pays. Avec le couvre-feu, les déplacements sont souvent difficiles. Et avec les contrôles et autres barrages, il est difficile d’arriver à temps.

"Il y a tant de check points, vraiment, ils contrôlent tout le temps le passeport", raconte la fixeuse. "Qui es-tu ? Que fais-tu ici ? Es-tu journaliste ? Pour quelle compagnie ? Qu’est-ce que tu fais ?" Les questions n’en finissent pas.

"Il y a aussi beaucoup d’intimidations, beaucoup de tanks… Ils nous ont déjà dit de sortir de la voiture. Il y a beaucoup de moments problématiques, ils ont beaucoup de questions agressives, et je les comprends parce que c’est la guerre et tout le monde est nerveux. Mais c’est dur de temps en temps. "

Et une fois la route terminée, pas question de se reposer : il faut s’organiser avec les journalistes.

"Il y a quelqu’un qui est responsable de la sécurité de tous.Que faire en cas d’attaque à la bombe ? Comment réagir en cas d’attaque chimique ou biologique ? Rien n’est laissé au hasard. "Ce briefing, ça prend deux ou trois heures. C’est beaucoup d’informations pour moi et j’espère ne pas avoir besoin de ça", reconnaît Anastacia.

Jouer l’intermédiaire

En tant que fixeuse, Anastacia Galouchka est également l’intermédiaire dans tous les contacts que noueront les journalistes sur le terrain. "Les journalistes sont professionnels, mais ils ne parlent pas ukrainien. Et alors, chaque fois qu’on fait des interviews ou des choses comme ça, qu’on parle avec des gens, ça passe par moi."

Pendant huit heures chaque journée, on devait parler avec des gens qui racontaient des histoires horribles

Une réalité éprouvante pour la jeune femme, qui entend des récits dramatiques à longueur de journée.

"Par exemple, on a fait une grande histoire sur les réfugiés de Marioupol", se souvient-elle. "Pendant huit heures chaque journée, on devait parler avec des gens qui racontaient des histoires horribles. Ils avaient vu des petits garçons et des petites filles morts dans la rue. Et moi, je dois traduire constamment. Après cinq ou six heures, tu ne peux plus fonctionner normalement."

Outre la traduction, la fixeuse se doit d’avoir un grand réseau de connexions.

"Je dois trouver toutes les sources", explique Anastacia. "C’est le plus important, d’avoir beaucoup de connexions, de connaître beaucoup de gens dans les différentes sphères de la vie — dans la sphère politique, dans la sphère économique, mais aussi dans les sphères militaires — et d’avoir la capacité de les appeler."

Sans les histoires individuelles, tu ne peux pas écrire, tu ne peux pas raconter l’histoire véritable de la guerre ici

"Dans ces moments-là, tu ne peux pas avoir peur d’être un peu pushy et agressive parce que tu sais que pour tel journaliste, c’est vraiment important d’avoir ces connexions. Sans les histoires individuelles, tu ne peux pas écrire, tu ne peux pas raconter l’histoire véritable de la guerre ici", conclut la fixeuse.

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