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De l'armée grecque à Eliud Kipchoge : comment est né le marathon ?

L'œil dans le rétro de Pierre MARLET

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Le Kényan Eliud Kipchoge a encore pulvérisé le record du monde de la distance mythique au marathon de Berlin ce 25 septembre. 2 heures, 1 minute et 8 secondes, c'est 31 secondes de mieux que son précédent record d'il y a 4 ans dans la capitale allemande, qui accueille un des plus prestigieux marathons du monde. Mais d'où émerge l'idée de ce sport référence dans le milieu de la course à pied ? 

42,195 kilomètres, c'est la distance à parcourir pour boucler un marathon. Cette distance aussi précise a été établie aux Jeux Olympiques de Londres de 1908. Elle correspond à la distance qui séparait le château de Windsor de la loge royale du Stade olympique de Londres, le White City Stadium construit pour la circonstance.

L’arrivée de ce marathon sera d’ailleurs dramatique : entré le premier dans le stade, l'Italien Dorando Pietri s’effondre d’épuisement à cinq reprises. Relevé par des officiels, il franchit tant bien que mal la ligne d’arrivée, en mettant 10 minutes pour parcourir les 400 derniers mètres… Hélas pour lui, il sera disqualifié parce qu’il a reçu une aide extérieure. Cette histoire contribuera à la légende du marathon qui paraît alors comme une épreuve surhumaine.

L'origine antique du marathon

Il ne s'agit pourtant pas du premier marathon de l'Histoire. Le premier se déroule douze ans plus tôt aux premiers Jeux Olympiques de l'ère moderne.

Le baron français Pierre de Coubertin qui en est à l’origine a pour modèle les Jeux Olympiques de la Grèce antique. Dès lors, c’est assez logiquement Athènes qui accueille ces premiers jeux. Et pour marquer le coup on cherche une épreuve phare qui va marquer les esprits. C’est ainsi qu’est créé en 1896 le marathon, avec seulement 17 participants. C'est un grec qui l’emporte, Spyridon Louis devenant ainsi l’idole de tout un peuple. Le parcours fait à peu près 40 kilomètres, distance qui sépare l’arrivée à Athènes du départ donné dans la petite ville de Marathon. Et qui là encore nous ramène à l'Antiquité grecque…

Marathon, avant d’être une course, est en réalité d'abord une bataille qui a eu lieu il y a 2512 ans, c’est-à-dire en 490 avant Jésus-Christ. Et probablement en septembre, les deux dates les plus souvent retenues sont celles du 12 ou du 17 septembre 490 avant J-C. Ce jour-là, à Marathon, les Grecs, en très grande majorité athéniens, ont vaincu l’armée perse de Darius largement supérieure en nombre (le rapport de force varie énormément selon les contemporains et historiens, de 10.000 Athéniens face à 26.000 ou 200.000 ou Perses). Les Perses rembarquent précipitamment, mais ils mettent le cap vers Athènes avec l’intention d’y débarquer. Alors, les soldats grecs font au pas de course les 40 kilomètres qui séparent Marathon d’Athènes pour arriver avant les navires perses. Totalement surpris de voir à nouveau l’armée grecque face à eux, les Perses retournent chez eux. Autrement dit, ce serait l’armée grecque dans son ensemble qui aurait parcouru les 42 kilomètres.

Et pourtant, l’anecdote passée à la postérité qui a d’ailleurs inspiré la création du marathon en 1896, raconte qu’après avoir battu les Perses, les généraux grecs ont envoyé le coursier Philippidès prévenir Athènes de la victoire. Après une course effrénée, Philippidès serait mort d’épuisement juste après avoir eu le temps de s’exclamer : "nous avons gagné !"

Miltiade et l'armée grecque repoussent l'armée perse de Darius en 490 avant Jésus-Christ à Marathon.
Miltiade et l'armée grecque repoussent l'armée perse de Darius en 490 avant Jésus-Christ à Marathon. © ullstein bild via Getty Images

Marathon, un symbole historique et sportif

Reste une question : pourquoi cette bataille qui s’est déroulée il y a 25 siècles est-elle aussi célèbre ?

Parce qu’elle inaugure le siècle de Périclès, ce qu’on appellera l’âge d’or athénien, l’époque où sera édifié le Parthénon, temple dédié à Athéna bien sûr, mais qui honore également les combattants de Marathon. Car ce sont eux qui ont sauvé la Grèce de la domination perse et Marathon devient un mythe fondateur : ces soldats sont des citoyens qui se sont librement engagés pour défendre la liberté de la cité et le mot "liberté" a tout son sens puisque ce siècle de Périclès, celui de l’apogée d’Athènes, est aussi le siècle de la 'démocratie'.

Voilà pourquoi au 18e siècle, lorsque les idées de liberté et de démocratie émergent et vont renverser l’ordre ancien, la Grèce antique - Athènes en particulier - devient une référence et la bataille de Marathon le symbole de la victoire d’une nation libre face à l’oppression étrangère. C’est aussi un moment charnière pour toute la civilisation gréco-latine, berceau de notre culture européenne puisque c’est la bataille qui arrête l’Asie aux portes de l’Europe.

Le destin est parfois capricieux : Marathon, petite ville banale de moins de 10.000 habitants, a donc donné son nom à la fois à la course la plus célèbre du monde et à une bataille devenue légendaire. Ce mélange de deux mythes historique et sportif a quelque chose de fascinant.

© Alexander Hassenstein/Getty Images

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