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De la bombe atomique au Parc de la Paix : visite à Hiroshima 75 ans plus tard

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05 août 2020 à 04:00 - mise à jour 05 août 2020 à 15:37Temps de lecture4 min
Par Julien Covolo, illustré par Cristian Abarca

Ce jeudi, le monde entier commémorera le 75e anniversaire d’un événement majeur de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale. Il y a 75 ans, le 6 août 1945 à 8h15 (heure locale), la première bombe atomique de l’histoire de l’humanité s'abattait sur le Japon. Une catastrophe dont les conséquences sont encore bien visibles aujourd’hui.

Quand on se promène à Hiroshima, les traces du passé sont partout. Aussi douloureuses soient-elles. Mais rien n’est laissé au hasard : chaque monument, chaque plaque commémorative, a une histoire à raconter. Voici le Parc de la Paix, un site entièrement dédié à la mémoire entre les bras des fleuves Motoyasu et Honkawa.

De la bombe atomique au Parc de la Paix : visite à Hiroshima 75 ans plus tard

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L’épicentre de l’explosion

C’est ici que le 6 août 1945, un bombardier B-29, baptisé Enola Gay (du nom de la mère du pilote, Paul Tibbets), largue la première bombe atomique au monde. L’explosion a lieu à environ 600 mètres au-dessus de ce point et ravage tout sur plusieurs kilomètres à la ronde, avec des températures avoisinant les 3000 à 4000 °C. Aux premières loges, l’hôpital Shima, aujourd’hui reconstruit. Difficile d’imaginer que tout a été détruit il y a 75 ans lorsque l’on se trouve au milieu de ces immeubles. La photographie exposée sur cette plaque commémorative constitue la seule évocation du passé de ce site historique.

L’hôpital à l’épicentre de l’explosion a été reconstruit et existe toujours.
Seule une plaque commémorative rappelle à quel point ce lieu est chargé d’histoire.

Le pont Aioi

C’est ce pont qui était initialement visé par les bombardiers américains, à cause de sa forme en T facilement repérable. Il constitue aujourd'hui l’une des portes d’entrée du Parc de la Paix. Bien que l’explosion ait finalement eu lieu à 300 mètres de là, le pont a tout de même subi de nombreux dommages. Il fut reconstruit après la seconde guerre mondiale, puis remplacé en 1983 par une structure identique.

Le pont était visé par les bombardiers pour sa forme en T facilement reconnaissable.
Le pont était visé par les bombardiers pour sa forme en T facilement reconnaissable. Julien Covolo

Le Dôme de Genbaku

Simples ruines en apparence, il s’agit en fait de l’édifice le plus proche de l’épicentre ayant résisté à la déflagration. L’armature en acier était recouverte de cuivre, qui a instantanément fondu lors de l’explosion.

Durant de nombreuses années, la population japonaise était divisée sur ce qu’il fallait faire de ce vestige. Fallait-il le détruire parce qu’il évoquait un souvenir trop douloureux, ou le conserver pour l’ériger en symbole ? C’est cette seconde option qui a finalement été choisie. Le bâtiment est désormais classé sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 1996.

Le dôme de Genbaku est aujourd’hui classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.
Le dôme de Genbaku est aujourd’hui classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Julien Covolo

La Cloche de la Paix

Si vous vous promenez dans le Parc de la Paix, impossible de ne pas l’entendre. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la Cloche de la Paix n’est pas uniquement sonnée les jours de commémoration. Les visiteurs sont eux aussi invités à frapper cet énorme battant contre le sigle des armes nucléaires. Une façon d’appeler symboliquement à leur éradication.

La Cloche de la Paix résonne continuellement dans le parc.
Les visiteurs sont invités à la faire sonner.
Le battant frappe le sigle des armes nucléaires pour appeler à leur éradication.

Le Cénotaphe et la Flamme de la Paix

Dans l’alignement du Dôme de Genbaku et du Musée d’Hiroshima pour la Paix, un cénotaphe rend hommage aux victimes de la bombe. Sous le marbre, le cercueil renferme une centaine de registres d’environ 300.000 victimes au total. L’un de ces registres est resté vierge pour les personnes non identifiées. À chaque anniversaire, le 6 août, on y ajoute les noms des victimes décédées dans l’année.

Devant ce monument scintille la Flamme de la Paix, qui "brûlera tant que les armes nucléaires existeront".

 

Le Cénotaphe abrite les registres des victimes, dans l’alignement du Dôme de Genbaku.
Au pied du monument, un message de paix est rédigé dans plusieurs langues.

Monument des Enfants pour la Paix

Parmi les dizaines de monuments qui jalonnent le Parc de la Paix, celui-ci raconte une histoire particulière : celle de Sadako Sasaki, une petite fille âgée de 2 ans lors de l’explosion et décédée dix ans plus tard des suites d’une leucémie.
Aujourd’hui encore, des enfants du monde entier continuent de lui rendre hommage et apportent des origamis, ces petites grues de papier, qu’ils ont fabriqué. Ces pliages sont exposés tout autour du monument.

 

Le monument est érigé en l’honneur de Sadako Sasaki.
Des enfants du monde entier continuent d’apporter leurs "origamis", devenus le symbole international de la Paix.

Le Mémorial de la Paix

Cette immense salle est située en sous-sol. Le long de la rampe qui descend jusqu’au centre du hall, des panneaux rappellent la chronologie des événements.

Dans le hall, une horloge au centre indique qu’il est 8h15, l’heure de l’impact. Les murs sont carrelés d’une mosaïque de la ville ravagée par l’explosion. Cette dernière est composée de 140.000 carreaux, comme le nombre de victimes.

Enfin, l’étage du Mémorial abrite le registre, ou plutôt la bibliothèque, des noms des victimes. Ces noms défilent en continu sur des écrans, avec parfois quelques photos de ces personnes dont l’existence s’est subitement arrêtée il y a 75 ans.

Plusieurs horloges rappellent l’heure de l’impact : 8h15.
À l’entrée du Mémorial, des panneaux racontent l’histoire de la bombe.
Les murs du hall du Mémorial sont composés d’une mosaïque de 140.000 carreaux, comme le nombre de victimes.

"Dans l’histoire du XXe siècle, le Japon s’est engagé sur le chemin de la guerre. En décembre 1941, les hostilités sont lancées contre les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres pays, plongeant dans ce qui serait bientôt connu comme la Guerre du Pacifique. Cette guerre s’est déroulée majoritairement hors de l’archipel. Mais lorsque les marées se sont retournées contre le Japon, les avions de guerre américains ont bombardé le territoire. […] C’est dans ce contexte de guerre que le 6 août 1945, la première arme atomique au monde, une bombe au pouvoir destructeur sans précédent, fut larguée sur la ville d’Hiroshima.

[…] Par la présente, nous pleurons ceux qui ont péri lors du bombardement atomique. Nous nous souvenons, avec beaucoup de chagrin, des nombreuses vies sacrifiées par des politiques nationales fautives. Pour nous assurer que de telles tragédies ne se reproduisent jamais, nous nous engageons à transmettre l’histoire de ces événements aux générations futures, au Japon et dans le monde entier, et de construire dès que possible un monde en paix, libéré des armes nucléaires."

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