Belgique

De plus en plus de familles sans logement à Bruxelles, les structures d’accueil sont saturées

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15 nov. 2021 à 06:00 - mise à jour 15 nov. 2021 à 10:51Temps de lecture3 min
Par MP Jeunehomme

Le nombre de sans-abri à Bruxelles est en hausse depuis de très nombreux mois. Parmi ces personnes sans logement, on retrouve beaucoup de familles. Et la situation est toujours très tendue dans les structures d’accueil. Au centre Ariane, à Forest, c’est aussi le cas. Ici, 12 chambres peuvent accueillir 35 personnes, mais il faut parfois aussi faire appel à des chambres d’hôtel.

Le centre Ariane est une structure d’accueil d’urgence, principalement pour familles. Ces structures d’urgence, comme le Samu social, ont pour vocation d’offrir un toit aux plus vulnérables, et lancer de premières mesures d’aide psychosociale, et tenter de trouver des solutions durables pour celles et ceux qu’il héberge. Ce qui jette ces familles dans les rues ? Le manque de revenus, la perte d’un logement, suite à une perte de revenu, des revenus trop faibles pour assurer le payement d’un loyer, la fin d’un bail locatif, ou encore des violences intrafamiliales.

Je ne pensais pas que je tomberais de l’autre côté de la barrière

C‘est le cas de Marie, cette jeune mère est hébergée ici avec son enfant de 4 ans, depuis près de 2 mois et demi, elle a fui la violence de son conjoint. "Je ne me sentais plus en sécurité chez moi, explique Marie, je suis partie pour protéger mon enfant. J’étais dans une situation de terreur, je n’ai pas eu d’autre choix".

Elle a trouvé ici au Centre Ariane bien plus qu’un toit. "Au départ, c’est un peu difficile, psychologiquement, mais ici j’ai trouvé une écoute, de l’entraide, j’ai eu une bonne expérience avec les personnes qui travaillent ici, ce n’est pas un logement où on va se retrouver seule avec ses problèmes, ici je ne suis pas seule, on peut avoir du soutien, être dirigée vers d’autres structures, par exemple vers des activités récréatives pour les enfants… Et puis je partage avec les autres personnes hébergées, et cela fait aussi du bien de parler avec des personnes qui ont vécu la même chose que moi".

Marie travaillait dans le social, elle ne "pensait pas tomber de l’autre côté de la barrière".

Le temps de l’urgence se prolonge

En principe, le temps d’accueil est limité. Mais avec la crise du logement à Bruxelles, et un engorgement dans toutes les autres structures, comme les Maisons d’accueil, où l’hébergement et l’aide sont de plus longue haleine, le temps de l’urgence se prolonge.

Ici le téléphone sonne sans arrêt. Mais les places ne se libèrent qu’au compte-goutte, explique Didier Stapaerts, son directeur. "Il y a un nombre important de demandes pour entrer au centre, mais aussi il y a une difficulté à trouver, réorienter vers des solutions durables. Et donc des sorties. Et donc une situation relativement figée. C’est un problème, on est du coup amené à garder les personnes plus longtemps et on est moins disponible pour de nouvelles urgences".

Le nombre de personnes sans logement croît beaucoup plus vite que les solutions

Il y a la crise liée au Covid, la crise migratoire et le lancinant problème d’accès au logement à Bruxelles. Tout cela rend la situation critique. Et la hausse des prix de l’énergie ne devrait rien arranger. Le plus gros point noir, pour Didier Stapaerts, c’est l’accessibilité au logement : "Il manque de logements à un coût modéré, qui corresponde aux moyens disponibles de ces personnes, qui sont souvent dans une situation de précarité, avec des revenus de remplacement ou des revenus du travail assez faibles. Il manque aussi de logements gérés par le secteur public. Et puis il y a aussi une difficulté au niveau de la capacité financière des familles. Et donc aujourd’hui l’accès au logement à Bruxelles est encore plus difficile qu’avant, même si la crise du logement à Bruxelles est une situation connue depuis plusieurs années".


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Et au Centre Ariane, derrière tout cela, il y a des situations de vies complexes à prendre en charge. Ursula Monoyer, est assistante sociale. Et effectivement trouver un logement relève du casse-tête : "Nous avons ici une femme avec 4 grands enfants, entre 10 et 17 ans. Selon les critères dans les logements sociaux, pour un adulte et 4 garçons, il faut 5 chambres. Soit un loyer de 1500 euros. Mais cette maman ne touche que 1200 euros de revenus de remplacement. Je vois mal où elle va pouvoir trouver de quoi se loger."

Pour Didier Stapaerts, qui se fait le relais du secteur, il faut "plus de logements sociaux, un contrôle des loyers, et une meilleure adéquation entre les revenus de remplacement et le coût de la vie".

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