Belgique

De plus en plus de jeunes n’ont pas leur permis de conduire : qui sont-ils ? Est-ce un frein à l’emploi ?

Le permis de conduire à tout prix dès 18 ans semble appartenir au passé.

© C. Biourge -RTBF

10 oct. 2022 à 04:00 - mise à jour 10 oct. 2022 à 18:08Temps de lecture4 min
Par Céline Biourge

Vous l’avez peut-être déjà remarqué dans votre entourage, de plus en plus de jeunes n’ont pas leur permis de conduire. Certains parce qu’ils ne le veulent pas ou parce qu’ils ne s’en préoccupent pas.

L’époque où l’on passait le permis dès 18 ans, est-elle révolue ?

S’il n’y a pas d’étude sur le sujet, l’institut VIAS (Insitut Belge pour la Sécurité Routière), confirme le désintérêt pour la voiture chez les jeunes de 18-34 ans.

De notre côté, nous avons tenté de savoir qui sont ces jeunes et pourquoi ils n’ont pas leur permis. Nous avons aussi essayé de savoir si c’est un frein important à la recherche d’un emploi.

Quand j’ai eu 18 ans, ça ne m’a pas du tout traversé l’esprit.

Pour Anatole, le vélo est le moyen de transport le plus efficace

Anatole est le premier à accepter de nous rencontrer. Pour cet étudiant de 25 ans en sciences de l’environnement, le permis n’a jamais été une priorité : "Quand j’ai eu 18 ans, j’étais content d’être majeur, de pouvoir commencer à boire de l’alcool ou ce genre de choses-là, mais ça ne m’a pas du tout traversé l’esprit que c’était l’âge de pouvoir conduire une voiture. Parce que je faisais déjà la plupart de mes déplacements à vélo et je me rendais bien compte que je mettais la moitié du temps pour aller à l’école alors qu’en voiture ou en transport en commun, c’était plus long."

Aujourd’hui encore, il ne trouve pas que cela soit nécessaire, même s’il reconnaît que ça l’aurait bien aidé d’avoir un permis pour son récent déménagement, mais aussi pour partir en vacances ou se déplacer en dehors de Bruxelles.

Mais ce qui l’inquiète, sans vraiment trop le préoccuper, c’est pour sa future vie active qui approche : "Ce n’est pas comme si j’y pensais tous les jours, mais c’est quand même quelque chose auquel j’ai déjà pensé en me disant que c’est quand même un prérequis dans pas mal de travail." C’est d’ailleurs une des raisons qui pourraient le pousser à passer le permis.

Aujourd’hui, on peut se débrouiller autrement sans problème

Aujourd'hui, il y a des alternatives à la voiture pour Anne-Sophie

A 31 ans, Anne-Sophie, se déplace aussi à vélo ou en transport en commun. Comme Anatole, cette réceptionniste n’a jamais trouvé utile d’avoir un permis : "J’ai la chance d’avoir un mari qui, lui, a son permis pour les choses urgentes ou en tout cas pour les vacances. Mais le reste du temps, moi j’habite Bruxelles, j’ai toujours habité Bruxelles, je travaille à Bruxelles. Et même quand j’ai travaillé à Zaventem, ce n’était pas un problème. Le réseau bus fonctionnait bien. D’ailleurs, je pense qu’on est même plus embêté en voiture. Je suis persuadée que je mettrais plus de temps qu’à vélo ou en bus."

Et quand on lui demande si tous les jeunes de sa génération pensent la même chose, elle répond : "J’ai quand même vu la différence. J’ai fait une partie de ma scolarité en humanité à Rixensart, donc en dehors de Bruxelles. Et là, c’était moins bien desservi en transports en commun. Et en fait, ces gens-là, ils ont finalement passé le permis beaucoup plus rapidement que mes amis bruxellois où ce n’était pas du tout l’urgence."

Malgré cette différence, il y a quand même aujourd’hui un changement de mentalité, précise-t-elle : "Je pense qu’il y a eu un moment où la voiture signifiait liberté. J’avais cette impression, en tout cas, quand j’étais plus jeune, aux alentours de 15-16 ans. Peut-être qu’à l’époque les transports en commun étaient moins bien fournis et que les employeurs exigeaient davantage le permis. Aujourd’hui, on peut se débrouiller autrement sans problème. Il y a des alternatives."

Obtenir le permis ne serait donc plus une obligation pour décrocher un emploi ?

Pour Camille, le vélo cargo est une belle alternative à la voiture

Pour Camille, en tout cas, cela n’a jamais été un problème : "Déjà quand je cherche un emploi, je le stipule sur mon CV que je n’ai pas le permis de conduire. Et quand je recherchais un emploi, je faisais un tri dans les annonces. Je cherchais un emploi local où, en tout cas, le permis n’était pas obligatoire."

A 36 ans, cette bibliothécaire n’a toujours pas le permis et n’envisage pas de le passer.

Lors de notre rencontre chez Urbike (une coopérative de cyclo logistique à Bruxelles), elle vient d’ailleurs se former à l’utilisation du vélo cargo, à la demande de son employeur : "C’est une initiative qui vient de notre chef de service qui est aguerri au vélo et qui nous a proposé l’idée de la bibliothèque mobile", explique-t-elle.

Former au Code de la route devient nécessaire

Former au code de la route est devenu indispensable, selon Martin.

Il y a donc des employeurs qui n’exigent pas le permis de conduire. C’est le cas chez Urbike où, à côté des formations, le transport de marchandises à vélo reste l’activité principale.

Mais là, on forme les nouveaux qui n’ont pas de permis au Code de la route, car chez certains, il y a quelques lacunes : "On a déjà eu le coup, avec des coursiers qui n’avaient pas le permis, qui pensaient que, en tant que cyclistes, le feu rouge ce n’était pas pour eux", explique Martin Gomez Garcia, responsable formations chez Urbike.

Mais cette nouvelle réalité est-elle la même partout ?

C’est vraiment quand il a obtenu son permis qu’il a décroché un travail

Dans le sud du pays, la réalité est tout autre.

Le demandeur d'emploi qui n'a pas le permis est désavantagé, selon Antonella.

C'est notamment le cas dans le centre de formation du Forem de Châtelineau, dans la région de Charleroi. Ici, ne pas avoir le permis est un réel problème pour trouver un emploi, même dans les métiers en pénurie.

"J’ai eu le cas d’un candidat qui ne trouvait pas d’emploi, malgré sa bonne volonté", explique Antonella Caserta, conseillère pour demandeurs d’emploi au Forem, secteur construction. "Il avait des entretiens d’embauche. Donc c’était quand même un profil intéressant pour les employeurs. Mais finalement, le fait de ne pas avoir de permis de conduire faisait que cela s’arrêtait là. Après, il obtenait quand même des contrats d’intérim. Mais c’est vraiment quand il a obtenu son permis de conduire qu’il a décroché un contrat de travail."

Des jeunes désavantagés dès leur arrivée sur le marché de l’emploi

Malgré tout, au Forem, le nombre de demandeurs d’emploi avec permis a diminué. S’ils étaient 68% en 2015, ils ne sont plus que 53% en 2022. Essentiellement pour des raisons financières car passer le permis coûte cher (sans compter le prix de la voiture, des entretiens, de l’assurance, du parking, etc.).

Et parmi ceux qui n’ont pas le permis, un tiers est des jeunes de moins de 25 ans. Des jeunes désavantagés dès leur arrivée sur le marché de l’emploi : "À profil égal, au niveau expérience, compétence ou formation, quelqu’un qui a son permis de conduire d’office sera sélectionné en priorité", affirme Antonella Caserta.

Avoir le permis de conduire augmente même de 10% les chances de trouver un emploi, estime le Forem. D’ailleurs, près d’une offre d’emploi sur deux en Wallonie exige le permis de conduire.

Reportage de notre JT de ce lundi :

Extrait de "Matin Première"

Le marché matinal

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous