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Début d’un Sommet européen sous pression, les Européens en quête d’unité sur la scène internationale

Le Sommet européen débute ce lundi à Buxelles

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Les chefs d’Etat et de gouvernement européens se retrouvent à Bruxelles ce lundi 24 mai. Lors du dîner ce lundi soir, ils débattront des dossiers de politique internationale du moment : la Russie, la Biélorussie, le Proche-Orient, le Brexit. Des débats mais pas de grandes décisions à attendre car en politique étrangère, les 27 peinent à parler d’une seule voix.

Le détournement biélorusse

Le sommet européen extraordinaire n’a pas encore commencé que son agenda est déjà perturbé. La Biélorussie s’est invitée au menu en dernière minute. Dimanche, le régime biélorusse a détourné un avion de Ryanair et l’a fait atterrir de force à Minsk pour pouvoir arrêter le journaliste d’opposition Roman Protasevitch qui se trouvait à bord.

Le Président du Conseil européen, Charles Michel a mis cet "incident sans précédent" au menu du dîner ce soir en annonçant déjà que cet acte ne "restera pas sans conséquences". Plusieurs responsables européens ont déjà réclamé des sanctions. Le Premier ministre belge, Alexandre De Croo demande d’interdire à la compagnie aérienne biélorusse Belavia d’atterrir dans les aéroports européens.

Action de soutien à Roman Protasevitch, l’opposant arrêté par les autorités biélorusses.
Action de soutien à Roman Protasevitch, l’opposant arrêté par les autorités biélorusses. © Photo by PETRAS MALUKAS / AFP

On peut s’attendre à ce que les dirigeants européens adoptent un ton ferme ce soir. Pas sûr néanmoins que des sanctions contre la Biélorussie soient décidées dans la foulée. "Le détournement d’un avion est un acte très grave. D’autant plus s’il est orchestré par des acteurs étatiques. Il est très proche de ce que nous considérons comme un bon exemple de terrorisme d’État", souligne une source européenne qui juge cependant qu’il est sans doute encore trop tôt pour réagir.

Il est assez difficile d’établir un ensemble de sanctions crédibles

"L’incident suscite beaucoup de questions, mais nous cherchons toujours des réponses. Il est assez difficile d’établir un ensemble de sanctions crédibles et à l’épreuve du temps, car elles doivent être fondées. Elles doivent être documentées. C’est pourquoi cela prend du temps. […] D’autant plus que nous ne savons pas exactement quel est le rôle précis du président Alexandre Loukachenko. A-t-il joué un rôle direct dans cette affaire ? Y a-t-il eu une ingérence extérieure ? (il est question d’agents russes à bord de l’avion de Ryanair, ndlr). Il est difficile d’avancer trop vite sur ce point. "


►►► A lire aussi : Avion dérouté par la Biélorussie : plusieurs leaders européens appellent à des sanctions, Minsk pointe une menace signée du Hamas


Pas question de prendre de nouvelles sanctions contre la Biélorussie sans avoir des bases factuelles et juridiques solides. Mais il faut aussi pour les adopter que les Européens s’accordent à l’unanimité. Ce qui en politique étrangère est tout sauf une évidence. Deux dossiers illustrent actuellement cette difficulté des Européens à parler d’une seule voix sur la scène internationale.

Le diviseur russe

Le président russe Vladimir Poutine, un partenaire incontournable mais difficile à gérer pour les Européens.
Le président russe Vladimir Poutine, un partenaire incontournable mais difficile à gérer pour les Européens. © Photo by Mikhail KLIMENTYEV / SPUTNIK / AFP

Il y a d’abord le cas russe. Les passes d’armes diplomatiques se sont enchaînées ces derniers mois : l’affaire Nalvany, le camouflet imposé au chef de la diplomatie européenne Josep Borrell début février à Moscou, les campagnes de désinformation sur le web, les manœuvres militaires près de l’Ukraine, les tensions avec la République tchèque… Face à une Russie, voisin direct et partenaire politique et économique important, les Européens sont divisés.

Lors d’une récente interview, Tanguy de Wilde, professeur à l’UCLouvain, évoquait une "palette de nuances", allant des pays inquiets comme la Pologne et les pays Baltes, aux très accommodants comme Chypre et la Grèce. Et au milieu des partenaires stratégiques comme l’Allemagne qui font passer leurs intérêts économiques - notamment le projet de gazoduc Nord Stream 2 – devant le déploiement d’une attitude cohérente et forte face à Moscou.

Conséquence, lors de ce sommet, les dirigeants européens tiendront un débat un débat en profondeur sur leurs relations avec la Russie, depuis près de 5 ans. Mais, au final, ils se devraient se contenter de commander un rapport au haut représentant Josep Borrell et à la Commission européenne afin de nourrir un nouveau débat en juin, en s’en tenant aux principes que l’Union européenne s’est fixé il y a quelques années déjà vis-à-vis de la Russie. Cinq principes directeurs comme le respect des accords de Minsk concernant l’est de l’Ukraine, la résilience face aux menaces russes ou encore le renforcement des relations avec les anciennes républiques soviétiques.

Le cavalier seul hongrois

Parfois, et c’est le deuxième exemple des divisions européennes, ce sont les relations personnelles qui bloquent la politique étrangère européenne. On l’a vu la semaine dernière lors des violences au Proche-Orient. La Hongrie a refusé d’apporter son soutien à une déclaration de l’Union européenne qui appelait à un cessez-le-feu entre Israël et les Palestiniens.

La déclaration, pourtant modérée, avait été jugée partiale et déséquilibrée, par le gouvernement de Viktor Orban, qui est un ami et un allié indéfectible du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Sans un positionnement clair et commun, les Européens resteront des acteurs secondaires au Proche-Orient.

Isolée, la Hongrie a refusé d’approuver une déclaration de l’UE qui appelait à un cessez-le-feu entre Israël et les Palestiniens.
Isolée, la Hongrie a refusé d’approuver une déclaration de l’UE qui appelait à un cessez-le-feu entre Israël et les Palestiniens. © Photo by MAHMUD HAMS / AFP

L’effet ciment du Brexit

Finalement, c’est face au Royaume-Uni que les 27 devraient faire preuve d’unité ce soir. Les dirigeants européens feront le point sur l’application des accords sur le Brexit. Des premiers mois difficiles qui ont connu leur lot de tensions que ce soit sur les contrôles douaniers en Irlande du Nord, la pêche et les droits des citoyens européens au Royaume-Uni.

La pêche a été un des points dans tensions lors des négociations sur le Brexit. La question envenime encore aujourd’hui les relations entre Européens et Britanniques.
La pêche a été un des points dans tensions lors des négociations sur le Brexit. La question envenime encore aujourd’hui les relations entre Européens et Britanniques. © AFP or licensors

Le fonctionnement de ces accords n’est pas encore optimal, estime un diplomate européen. Ça pourrait être meilleur. Il y a eu des incidents, des difficultés. Ce n’est pas nécessairement de la mauvaise volonté. Mais ça ne devrait pas arriver. On attirera l’attention sur le fait qu’il faut des améliorations".

La déclaration n’est pas brutale, il n’y a pas de raisons d’être rude

Dans leurs conclusions, les dirigeants européens devraient souligner que les accords sur les Brexit "sont une bonne base par avoir une relation étroite entre l’Union européenne et le Royaume-Uni tout en reconnaissant qu’un non-membre de l’UE ne peut pas bénéficier des mêmes avantages qu’un membre et que cette relation doit être fondée sur un équilibre des droits et des obligations à tout moment".

Une façon polie mais ferme de dire aux responsables britanniques qu’ils doivent tenir leurs engagements. "La déclaration n’est pas brutale, il n’y a pas de raisons d’être rude, mais elle contient quelques messages pour le Royaume-Uni mais aussi pour nos citoyens et nos gouvernements", conclut ce diplomate. Dans ce dossier du Brexit au moins, les Européens restent unis.

La Biélorussie détourne un avion de Ryanair: JT 24/05/2021

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