Agriculture

DECIDE : un outil pour aider les agriculteurs wallons à objectiver leur empreinte carbone

Exploiter la chaleur naturelle du lait des vaches, une pratique qui compense les émissions de carbone

Cet outil, conçu par le département "durabilité" du Centre wallon de recherche agronomique de Gembloux, a déjà été mis au point il y a quelques années. Mais sa nouvelle version, plus simple d’utilisation pour les agriculteurs, a été mise en ligne dans le courant de l’année dernière. De quoi s’agit-il exactement ? D’un outil qui agrège près de 150 données relatives à l’activité des fermes (nombre d’hectares, types de cultures, localisation, taille du cheptel, engrais utilisés…) pour estimer les émissions de carbone et d’ammoniac, ainsi que la consommation énergétique des exploitations agricoles wallonnes. Chaque fermier peut ainsi, gratuitement, encoder ces données et recevoir son "bulletin" environnemental. "L’idée est que les producteurs puissent se comparer entre eux, selon des modes de production semblables, pour vous les points sur lesquels ils performent et ceux sur lesquels ils pourraient s’améliorer", indique Eric Froidmont, le directeur scientifique qui a coordonné l’équipe de chercheurs qui ont mis au point l’outil.

Pour agir, il faut d’abord avoir des chiffres et des mesures

Tout le cycle de vie des productions agricoles est pris en compte, jusqu’à leur sortie de la ferme. "On part vraiment de l’extraction des ressources. S’il faut, par exemple, acheter du tourteau de soja pour nourrir les vaches, on va compter les engrais utilisés pour la production de ce tourteau, l’éventuelle déforestation, le transport… Au final, on évalue les impacts environnementaux du kilo de lait qui sort de la ferme", poursuit-il. L’impact peut également être calculé par hectare cultivé ou encore par euro gagné par l’agriculteur. Des informations utiles, sachant que l’Europe vise la neutralité carbone pour 2050 et que les agriculteurs, via la PAC, devront y contribuer d’une manière ou d’une autre. "Pour agir, il faut d’abord avoir des chiffres et des mesures. C’est un début, il faudra bien sûr affiner l’outil. C’est un service qu’on rend aux agriculteurs, mais aussi aux industries, qui veulent améliorer le bilan environnemental de leurs produits. L’essentiel, j’espère, c’est que ça serve à reconnaître les efforts consentis par les agriculteurs pour produire de manière encore plus durable", ajoute le scientifique.

Maïs à la purée de pomme de terre et douche chauffée au lait

Il est vrai que les agriculteurs en ont un peu ras-le-bol de cette image de pollueurs qui leur colle à la peau depuis des années, malgré l’amélioration de leurs pratiques. "Réutiliser les choses et rendre à la terre ce qu’on lui a pris, c’est un des fondamentaux de l’agriculture. Tous les agriculteurs savent très bien comment fonctionne le cycle du carbone", rappelle Marie-Ghislaine Decoster, agricultrice à Jodoigne et présidente de la section provinciale de l’Union des agricultrices wallonnes. Elle nous montre les aménagements réalisés dans la ferme familiale. Ici, elle nous montre le silo où est stocké le maïs destiné à nourrir ses vaches : "Vous voyez la couche supérieure ? C’est une sorte de purée de pommes de terre, faite à partir d’épluchures récupérées dans une entreprise de frites. Elle agit comme une couche de paraffine pour protéger le maïs. C’est du réemploi de quelque chose qui aurait été à la décharge et ça empêche le maïs de pourrir et évite donc le gaspillage". Les autres exemples ne manquent pas dans la ferme. Notamment ce système qui, depuis quarante ans, récupère la chaleur du lait qui sort de la trayeuse pour chauffer l’eau des douches et des lessives. "Notre rêve, ce serait d’installer une station de biogaz, pour récupérer l’énergie dégagée par le fumier et limiter nos émissions. Mais il y a énormément d’obstacles : la complexité technique, l’acceptation par les voisins, les contraintes administratives et surtout le coût ! Plus le temps passe, plus je me rends compte que c’est un rêve que peut-être nos enfants réaliseront, mais qui n’est pas possible dans l’état actuel des choses", regrette l’agricultrice.

C’est comme quand on fait un bilan de santé : on ne sait jamais ce qui va en ressortir

Chiffrer tous ces efforts : à première vue, l’idée enthousiasme l’éleveuse : "Il nous faut un moyen de prouver par A + B que nous ne sommes pas si mauvais que ça". Mais, bien qu’habituée à l’administratif et aux chiffres, l’idée d’encoder toutes ces données dans un logiciel comme DECIDE lui fait un peu peur. "C’est comme quand on fait un bilan de santé : on ne sait jamais ce qui va en ressortir. On part un peu à l’aveuglette, même si nous connaissons les vertus des pratiques que nous mettons déjà en place, constate Marie-Ghislaine. Comment on va traduire ça en chiffre ? J’ai du mal à imaginer comment on peut réduire des systèmes complexes en indices et en chiffres". Elle se pose aussi des questions sur ce qu’on va faire de ces chiffres : vont-ils déboucher sur des sanctions pour les moins bons élèves ? Les revenus des agriculteurs vont-ils encore se réduire s’ils doivent consentir de nouveaux efforts environnementaux ? "On constate, au contraire, que beaucoup de mesures intéressantes pour l’environnement peuvent aussi être intéressantes d’un point de vue économique pour l’agriculteur", rassure Eric Froidmont. Les agriculteurs peuvent d’ailleurs faire appel à des conseillers pour interpréter les résultats.

 

 

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