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Justice

Démantèlement d’une organisation de narcotrafiquants en Europe : la Belgique de nouveau au centre (avec photos de l’opération)

La police judiciaire fédérale a initié une centaine de perquisitions
15 févr. 2022 à 09:38 - mise à jour 15 févr. 2022 à 14:31Temps de lecture4 min
Par Sébastien Georis, avec Mélanie Joris

En parallèle du décodage de millions de messages secrets échangés entre des trafiquants de drogue et leurs complices sur le réseau crypté SKY ECC, les descentes de police contre les organisations mouillées dans la distribution de cocaïne se suivent et se ressemblent. Certaines opérations, comme celle menée ce mardi depuis l’aube, sont cependant plus importantes que d’autres au vu de l’ampleur, des connexions et de la dangerosité de la structure criminelle visée.

Un enquêteur de la police judiciaire fédérale à la recherche d’indices lors d’une perquisition effectuée ce mardi.
Un enquêteur de la police judiciaire fédérale à la recherche d’indices lors d’une perquisition effectuée ce mardi. Police fédérale

Ce matin, la police judiciaire fédérale de Bruxelles a initié une opération au cours de laquelle près de 100 perquisitions ont été menées, à la fois chez nous et dans sept pays européens. Les enquêteurs, appuyés par des unités spécialisées dans les interventions à risque et par des brigades canines, se sont déployés à plusieurs endroits du pays. 700 policiers fédéraux et locaux étaient mobilisés en Belgique. Des bâtiments situés en région bruxelloise essentiellement, mais aussi dans la banlieue anversoise, où le port continue de faire figure de point critique pour l’importation de cocaïne en provenance d’Amérique du Sud, font l’objet d’une attention particulière.

45 personnes interpellées, dont 30 en Belgique

Près de trente suspects ont été interpellés en Belgique. Eric Jacobs, directeur de la police judiciaire fédérale de Bruxelles : "Les membres de ce réseau sont originaires des pays de l’Est et ont des liens avec des réseaux du Sud de l’Europe. Ils font passer la drogue via différents ports et aéroports, pas seulement en Belgique, mais aussi à Rotterdam et dans d’autres ports européens. Ils importent la cocaïne et la revendent ici en Europe".

 

La police fédérale et des zones de polices locales ont apporté un appui canin à l’opération.
La police fédérale et des zones de polices locales ont apporté un appui canin à l’opération. Police fédérale

Les interventions se sont déroulées sans incident et ont mené à de nombreuses saisies de véhicules, mais aussi d’importantes sommes d’argent, de diamants, de montres de luxe, de cocaïne ainsi que d’une trentaine d’armes.

L’enquête était en cours depuis deux ans. Elle a été initiée à la suite d’une découverte réalisée par la police judiciaire fédérale de Bruxelles dans des boxes de garage. Les policiers y avaient trouvé de la drogue, mais aussi de l’acétone. Ce solvant est utilisé par les narcotrafiquants pour séparer la cocaïne de son support (bois, fruits, vêtements). Un support utilisé pour son caractère anodin et qui permet de traverser les frontières en toute discrétion.

Une des armes retrouvées.
Une des armes retrouvées. Police fédérale

Le dossier monté par les enquêteurs, le juge d’instruction et le parquet fédéral, a connu un récent coup d’accélérateur grâce au décryptage des communications échangées sur le réseau SKY ECC. Eric Van Duyse, porte-parole du parquet fédéral : "On a découvert un certain nombre d’indications qui ont permis d’avancer dans le dossier. On parle notamment de photos de caches. Celles-ci ont permis aux enquêteurs d’identifier ces caches ".

Le décryptage de ces messages témoigne une nouvelle fois de la place centrale occupée par la Belgique dans le trafic international de drogue et de l’étendue des ramifications des organisations criminelles.

Un véhicule, muni d’une plaque minéralogique italienne, emmené sur demande de la police.
Un véhicule, muni d’une plaque minéralogique italienne, emmené sur demande de la police. RTBF

L’opération de police de ce mardi a été menée en coopération avec Eurojust (agence européenne de coopération judiciaire) et Europol (agence européenne de coopération policière). Parmi la centaine de perquisitions effectuées, certaines ont été réalisées en EspagneLa Belgique travaille étroitement avec la police espagnole sur le dossier. Des devoirs d’enquête ont également été menés en Croatie, en Allemagne, en Italie et aux Pays-Bas.

Alliance entre mafias albanophones et italiennes

Le réseau démantelé, au moins pour partie, semble avoir tissé des relations directes avec des interlocuteurs en Amérique du Sud (Colombie, Brésil, Equateur, Pérou, Bolivie et Paraguay) pour importer la drogue dans des conteneurs via les ports belges et néerlandais. Cette drogue était ensuite redistribuée à travers l’Europe, en Italie et en Espagne notamment.

Parmi les suspects figurent des membres de la criminalité albanophone "spécialisés" dans le déplacement et le retrait des cargaisons de drogue des conteneurs maritimes, ainsi que dans le transport de la marchandise illicite par la route. Comme déjà observé dans d’autres dossiers, ces groupes albanophones s’organiseraient en lien avec des mafias italiennes. "Les nouvelles formes d’organisations criminelles ne sont plus exclusivement familiales ou claniques. Ce sont des joint-ventures qui, sur le modèle de sociétés commerciales classiques, se forment suivant les besoins des organisations" fait remarquer le parquet fédéral.

 

Un dossier était déjà ouvert en Espagne. Une équipe d’enquête commune a donc été créée entre la Belgique et l’Espagne.
Un dossier était déjà ouvert en Espagne. Une équipe d’enquête commune a donc été créée entre la Belgique et l’Espagne. Police fédérale.

Le communiqué d’Europol et d’Eurojust est titré : "45 arrestations dans le cadre de la répression des criminels albanophones qui inondent l’Europe de cocaïne". Les agences européennes précisent "qu’un certain nombre de cibles de grande valeur" figurent au rang des suspects interpellés en Belgique et en Espagne, ajoutant que "l’Espagne et d’autres États membres de l’UE ont été utilisés pour blanchir le produit de leur commerce". Le réseau avait mis en place une série d’entreprises dans divers pays pour blanchir les bénéfices, dont la Croatie et l’Espagne, en utilisant souvent des hommes de paille. Ses membres se rendaient régulièrement à Dubaï, au Mexique et en Colombie pour organiser leur trafic. Concernant le blanchiment de l’argent sale, le parquet fédéral indique pour sa part que "des cryptomonnaies sont retrouvées dans de plus en plus de dossiers, dont celui-ci."

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