L’Irlande du Nord est secouée par une nouvelle crise politique. Le Premier ministre unioniste Paul Givan a démissionné ce jeudi 3 février. Un geste fort pour protester contre les conséquences du Brexit en Irlande du Nord. Une décision largement commentée, souvent critiquée, de Belfast à Dublin, de Londres à Bruxelles.
Paul Givan était visiblement ému ce jeudi 3 février quand, en soirée, il a annoncé sa démission. Dans son allocution à Belfast, il a présenté les huit mois passés au poste de Premier ministre comme " le privilège " de sa vie. Mais il n’avait d’autre choix que de " partir ".
Pourquoi Paul Givan a-t-il démissionné ?
Paul Givan est membre du Parti unioniste démocrate, le DUP, une formation viscéralement attachée au Royaume-Uni. En 2016, le parti s’est mobilisé pour le Brexit. Mais aujourd’hui il en dénonce les conséquences. Il fustige le protocole nord-irlandais, un des chapitres de l’accord de divorce entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Et la critique est lourde. " C’est le moment de dire assez, a déclaré le patron du DUP, Jeffrey Donaldson. Nous sommes convaincus que le protocole représente une menace existentielle pour le Royaume-Uni et pour l’avenir de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni. "
Le protocole nord irlandais, un problème ?
Le protocole nord-irlandais prévoit l’instauration de contrôles douaniers sur les marchandises qui entrent en Irlande du Nord en provenance de Grande-Bretagne. Pour les unionistes du DUP, ces contrôles ont un impact économique et sociétal néfaste. Depuis des mois, ils demandent leur suppression pure et simple. Et comme ils ne l’obtiennent pas, ce jeudi 3 février, ils ont fait monter la pression.
Non seulement, Paul Givan a démissionné. Mais le ministre de l’agriculture, Edwin Poots, lui aussi un DUP, a ordonné la suppression des contrôles sur les aliments et les produits agricoles qui viennent de Grande-Bretagne. Cette mesure (entre-temps suspendue par la justice nord-irlandaise) semble clairement remettre en question le protocole nord-irlandais. Pour le Commissaire européen, Mairead McGuinness, cet ordre constitue une violation de droit international.
Pourquoi le protocole nord-irlandais est-il important pour les Européens ?
Depuis le Brexit, l’Irlande du Nord, comme le reste du Royaume-Uni, a quitté l’Union européenne. Mais la République d’Irlande, elle, y est restée. En principe, il aurait donc fallu rétablir une frontière entre les deux Irlande. Mais cette option a été écartée lors des négociations sur le Brexit car une telle frontière aurait fragilisé la paix sur l‘île. Les Européens voulaient également garantir l’intégrité du marché unique. La solution trouvée avec les Britanniques a été de maintenir l’Irlande du Nord dans le marché unique et l’union douanière européennes, ce qui implique de contrôler les marchandises qui entrent en Irlande du Nord en provenance du reste du Royaume-Uni.
La pression des unionistes pourrait-elle changer la donne ?
Les Européens ne nient pas certains problèmes liés à ces contrôles douaniers. Ils acceptent d’assouplir au maximum l’application du protocole nord-irlandais. La question est d’ailleurs au cœur d’intenses discussions actuellement entre la Commission européenne et le gouvernement britannique. Mais il est impensable pour les 27 de supprimer totalement les contrôles douaniers, comme le demandent les unionistes.
Pourquoi cette crise politique nord-irlandaise éclate-t-elle maintenant ?
Le DUP traverse une mauvaise passe. Cela fait des mois que les unionistes protestent, en vain, contre le protocole nord-irlandais. En septembre dernier déjà, leur leader, Jeffrey Donaldson avait menacé de retirer ses ministres du gouvernement si ses demandes n’étaient pas rencontrées. Malgré des négociations stériles entre la Commission européenne et le gouvernement britannique, il n’avait pas osé mettre ses menaces à exécution.
Le DUP devait donc agir pour ne pas perdre toute sa crédibilité. Avec la démission du Premier ministre Paul Givan, le parti espère peser sur les négociations entre Européens et Britanniques. Mais en menant une lutte acharnée contre le protocole irlandais, il espère aussi se refaire une santé.
Le leader du DUP, Jeffrey Donaldson ne s’en cache pas. Il souhaite que les élections prévues en mai prochain soient avancées (le tweet ci-dessus montre que le parti est déjà en campagne). L’enjeu est majeur pour le DUP. S’il perd son statut de premier parti nord-irlandais, il perdra aussi le poste de premier ministre qui irait à son adversaire de toujours, à savoir le Sinn Fein, le parti catholique nationaliste qui prône la réunification des deux Irlande et qui, lui, est beaucoup moins sévère avec le protocole nord-irlandais.