Belgique

Dépénaliser le cannabis, une solution contre la criminalité organisée ?

La violence liée au trafic de drogue atteint aujourd’hui des sommets. A Bruxelles notamment, les fusillades se multiplient. Le bourgmestre Philippe Close envisage une réponse : lever le pied sur le cannabis pour freiner plus brutalement sur les drogues dures.

22 fusillades

Depuis le début de cette année, la violence liée au trafic de dogues a de quoi effrayer : le milieu fait passer ses messages à coups d’armes à feu. Pour lutter contre le phénomène, le bourgmestre Close réclame une autre approche : développer davantage la prévention, les soins et légaliser le cannabis pour se concentrer sur la prohibition et la répression des drogues dures.

Actuellement

La Belgique ne réprime déjà plus l’usage du cannabis comme elle pouvait le faire autrefois. Depuis 2005, il y a de fait une tolérance de la consommation de cannabis borné par deux ou trois principes : être majeur, disposer d’une quantité inférieure à 3 grammes, réservée à son usage personnel, voire éventuellement cultiver un unique plant. Théoriquement, il y a toujours délit mais il n’est plus poursuivi que lorsque les quantités détenues évoquent un commerce qui, lui, reste prohibé.

Ailleurs dans le monde

D’autres pays ont déjà franchi le pas de la légalisation. Les Pays-Bas se montrent ouverts vis-à-vis de la consommation et du commerce du cannabis mais restent stricts sur les drogues dures. En Europe, Malte ou le Portugal ont décriminalisé la consommation et la détention de cannabis. L’Allemagne et le Luxembourg l’imaginent aussi. L’Uruguay, la Thaïlande ou le Canada ont aussi ouvert une porte au cannabis de même que certains états aux USA.
D’autres pays poursuivent également sur la voie d'une tolérance plus ou moins large.

Une piste qui fonctionne ?

Jusqu’où aller ? C’est la première question lorsqu’on libéralise ou qu’on tolère l’usage récréatif de certaines substances. Le Canada espérait éradiquer le marché noir du cannabis (et la criminalité qui l’entoure) mais ce circuit-là n’a pas disparu ; il reste même dominant et la consommation a légèrement augmenté.

Les Pays-Bas n’ont pas enrayé le commerce non plus et si on a pu imaginer que les poursuites judiciaires, a priori orientées vers les autres trafics de stupéfiants, auraient pu davantage performer, il n’en est rien. Au contraire, la criminalité liée au "commerce" de la drogue est devenue plus violente : attentats, exécutions, décapitation, mesure de protection spéciale autour du 1er ministre…

Coopération internationale

Selon le professeur néerlandais de droit pénal Cyrille Fijnaut, cité par Le Vif, la légalisation du cannabis que certains bourgmestres envisagent comme une piste ne suffit pas si elle est pratiquée à l’échelle d’un pays. "Je pense que la légalisation sous certaines conditions est une partie de la solution, mais seulement si cela se passe sous l’égide de l’Union européenne et si tous les Etats membres sont prêts à la mettre en œuvre dans un cadre commun." Faute d’accord, même avec des forces de police plus nombreuses, les problèmes se déplacent d’une région à une autre.

Articuler la lutte

Les organisations criminelles qui fournissent le cannabis sont les mêmes qui mettent leur réseau à contribution pour écouler la cocaïne ou les drogues de synthèse.

La piste de discussion soulevée par le bourgmestre de Bruxelles a le mérite d’attirer l’attention sur la gangrène qui progresse et de réfléchir aux moyens de la juguler. Mais les exemples glanés dans d’autres pays démontrent que la seule légalisation du cannabis ne suffit pas s’il faut combattre l’infection.

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