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Les Grenades

"Déraciné·e·s", la poésie en lutte

10 mars 2022 à 08:39Temps de lecture3 min
Par Jehanne Bergé pour Les Grenades

Mardi 15 mars, les Midis de la Poésie invite au Théâtre des Martyrs le spectacle Déraciné·e·s qui questionne notre ancrage et notre humanité. À l’honneur, les textes de l’auteur afro-américain Bob Kaufman mis en musique et portés sur scène par Camille Weale, marolito et YA$KA.

Camille Weale est musicienne et autrice. Dans ses écrits, le déracinement des sociétés occidentales et la défense des minorités sont des thématiques centrales. Franco-Anglaise et férue de poésie, il y a quelques années, elle découvre les mots de l’auteur afro-américain Bob Kaufman. De cette rencontre littéraire nait un spectacle : raciné·e·s. Un projet qu’elle incarne aujourd’hui avec le guitariste et compositeur bruxellois marolito, et le musicien YA$KA.

Les mots d’un écorché

C’est à quelques jours de la représentation que nous retrouvons Camille Weale à une terrasse de café. Sous les premiers rayons de soleil de l’année, l’artiste engagée revient sur la genèse de cette pièce musicale. "Depuis toujours, je me sens poreuse au monde. En 2015, j’ai lancé avec marolito le groupe DALVA. Notre musique entre blues et rock urbain s’ancre dans la volonté de créolisation des cultures", introduit-elle.

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Autrice, c’est à travers l’écriture qu’elle explique incarner un rôle de témoin du présent. "Je suis à l'origine des textes que j'interprète, exception faite pour raciné·e·s où la poésie de Bob Kaufman est à l'honneur. En Europe, il demeure un invisible, il n’a pas été mis autant en avant que ses pairs blancs de la Beat Generation."

L'affiche du spectacle : un portrait de Bob Kaufman, réalisé par Obi Okigbo.
L'affiche du spectacle : un portrait de Bob Kaufman, réalisé par Obi Okigbo. © Tous droits réservés

Bob Kaufman (1925–1986), poète de San Francisco bouscule par sa plume brut et vibrante et fait résonner les cris des opprimé·es. "C’était un écorché, il organisait des putsch poétiques. Il entretenait un rapport très oral à la poésie, c’est sa femme qui a retranscrit ses textes. Pour moi, il représente la figure du griot."

Notre interlocutrice insiste sur la modernité de Kaufman. "Il parle de l’histoire de l’esclavage et des Afro-descendant·es, mais aussi de tous ces déracinements qui touchent nos villes occidentales. Le capitalisme comme on le connait coupe les gens de leur culture. Tout ce qu’il dépeint dans ses textes résonne vraiment aujourd’hui."

Mon corps est un matelas déchiré 

Endroit pulsant

Pour les allées venues

Des passants sans amour.

 

(Extraits du poème Porteriez-vous mes yeux ?)

Sur scène, la musicienne-interprète alterne des slams de textes traduits en français et des chants de passages en anglais, langue originale des poèmes. La musique électronique de YA$KA et la guitare électrique de marolito entrent en échos avec les mots de l'auteur.  

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Visibiliser d’autres paroles

"On a aussi la volonté de visibiliser sur les scènes institutionnelles les minorités à qui on ne donne pas la parole", ajoute Camille Weale. La première partie de raciné·e·s offre à entendre les mots de celles et ceux qui se battent pour les droits des personnes sans papiers ; sont invité·es sur scène Modou et Doulo Kandé du collectif La Voix des Sans-Papiers, la slameuse Leïla Duquaine et l'autrice et performeuse Milady Renoir. À quatre voix, elles et ils déclinent le déracinement à partir de cartes blanches poétiques et politiques. "Pour moi la question des sans-papiers est l'une des plus importantes crises de notre époque", ajoute l’artiste.

Avec pour arme l’écriture, la chanteuse défend les invisibles, y compris les femmes. "Les milieux musicaux du blues ou du rock sont tenus par un solide patriarcat. Les hommes qui gardent les rênes ne laissent que peu de place aux femmes..." À travers ses textes, elle aborde notamment la question du genre et la solitude des mères... "Être artiste femme aujourd’hui, c’est oser prendre des risques, oser tenir tête."

© Tous droits réservés

Si le chemin pour plus d’égalité dans le milieu de la musique reste long, Camille Weale souligne néanmoins une amélioration. "Mais j’attends le moment où l’on dépassera les quotas. J’ai envie que toutes les cases explosent. C’est pour ça que je décide de monter sur scène et d’ouvrir ma gueule. C’est mon combat."

raciné·e·s, une errance poétique et musicale sur des textes de Bob Kaufman à découvrir ce mardi 15 mars de 12h40 à 13h30 au Théâtre des Martyrs dans le cadre des Midis de la Poésie. Plus d’infos par ici.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

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