Coronavirus

Derrière les chiffres : 3, comme 3e vague potentielle en Belgique

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15 janv. 2021 à 05:00 - mise à jour 15 janv. 2021 à 08:30Temps de lecture4 min
Par Johanne Montay

Chaque vendredi, Derrière les chiffres décrypte la pandémie de COVID-19, en collaboration avec l’épidémiologiste Marius Gilbert. Cette série est également disponible en podcast. Cette semaine, nous avons choisi de vous expliquer le chiffre 3. Car après la 1re et la 2e vague, certains experts ou médecins de terrain envisagent déjà la 3e. Il y en a qui la voient déjà venir.

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Alors faut-il s’attendre à une 3e vague ? La réponse est nuancée. Si le virus était un accusé de fomenter une 3e attaque, dans un procès, voici ce que pourraient être les arguments de l’accusation et de la défense :

L’accusation

Il y a d’abord les arguments "à charge", ou les motifs de préoccupations épidémiologiques :

- La reprise des activités après les vacances d’hiver est un potentiel vecteur de transmission : malgré le télétravail obligatoire "partout où c’est possible" et l’intensification annoncée des contrôles, la fin des vacances signifie un nombre plus élevé de contacts. C’est l’heure de vérité tant pour les comportements adoptés par les voyageurs qui se sont malgré tout rendus en zone rouge, que pour le retour partiel à l’école ou au travail. Plus de contacts implique plus de risques de transmissions.

- Les nouveaux variants et leur plus grande contagiosité avérée ou potentielle : il y a le variant britannique (B.1.1.7 aussi baptisé 501Y.V1) dont en quelques jours, 71 cas ont été détectés en Belgique,  le variant sud-africain (B.1.3.5.1 ou 501Y.V2), dont six cas ont déjà été à ce stade recensés chez nous, et enfin, le variant brésilien (P.1 ou 501Y.V3) toujours absent du territoire à l'heure d'écrire ces lignes. Ce dernier est présent au Japon et a provoqué un nombre rapide de nouvelles hospitalisations dans la ville de Manaus (Etat d’Amazonie, Brésil), pourtant déjà fortement immunisée par l’infection par la souche classique.

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Un variant est une forme nouvelle du virus, caractérisée par une combinaison inédite de mutations. Lorsque des mutations portent sur la protéine "spike" du virus (celle qui se trouve sur la couronne en forme de picots du coronavirus), c’est la clé d’entrée du virus dans nos cellules (la protéine Spike, donc) qui peut voir ses caractéristiques modifiées et son infectiosité augmentée. Elle "s’accroche" mieux à la serrure (qui s’appelle ACE2).

- L’usure et la fatigue de la population : les mesures de restriction sont déjà sévères (couvre-feu, secteur culturel à l’arrêt, fermetures des services des métiers de contact, télétravail obligatoire, enseignement supérieur en code rouge, …), et surtout, les semaines à venir n’offrent aucune perspective. Lassitude, santé mentale en déclin, détresse psychologique et économique : cette impression de pandémie sans fin peut altérer la vigilance et faire baisser la garde en termes de gestes barrière et de limitation des contacts sociaux.

Ensuite, il y a les arguments "à décharge", ou les raisons d’être rassurés :

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La défense plaide l’absence de preuves

- L’impact de la 2e vague a été très intense. Le taux d’immunité de la population belge est d’après Sciensano, à ce jour, de l’ordre de 14%. Les personnes déjà contaminées développent des anticorps dont la durée de protection est incertaine. Des cas de recontaminations sont connus, mais il semble que dans ces cas, une forme de mémoire de l’immunité permette d’amoindrir les symptômes. Plus l’immunité "naturelle" monte dans la population, mieux c’est. On peut parler de bénéfice secondaire de la très forte 2e vague que nous avons connue.

- L’augmentation graduelle de la vaccination dirigée vers les personnes à risque : c’est une course de vitesse. Plus la vaccination s’accélérera, plus vite sera atteinte l’immunité collective espérée (70% de Belges vaccinés, dans l’état actuel du virus). Le fait de commencer par les personnes vulnérables aura un effet sur la dangerosité du virus. Les résidents des maisons de repos ont les principales victimes de décès liés à la pandémie en Belgique, comme l’a souligné Amnesty international dans un rapport.

Alors, 3e vague ou pas ? Le bénéfice du doute ?

- Pour l’instant, on a encore les clés en mains : le taux de positivité (proportion de tests positifs par rapport au nombre de tests réalisés) est en légère baisse (5,4% à la date du 14 janvier). Le nombre de contaminations augmente depuis plusieurs jours, mais les hospitalisations et les décès continuent de baisser.

- Avec la vaccination et l’immunité augmentée, on devrait voir se découpler deux indicateurs qui d’habitude augmentaient de façon successive : les contaminations étaient suivies avec un petit décalage d’une hausse des hospitalisations. Si les personnes vulnérables sont protégées, cela devrait changer. Le virus circulerait alors comme le fait la grippe saisonnière, sans provoquer de catastrophe sanitaire.

- Nous sommes à la croisée des chemins. Plusieurs facteurs influenceront l’avenir : l’évolution des variants, leur plus grande infectiosité avérée ou possible et leur résistance potentielle à la vaccination – avec cette question, faudra-t-il adapter les vaccins à ARN ? C’est possible rapidement, l’adhésion de la population à la vaccination, et enfin, les comportements humains de protection, et leurs motivations, seront essentiels.

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