Climat

Derrière les chiffres COP26 : 100 milliards de dollars, pourquoi c’est raté (et flou)

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12 nov. 2021 à 13:50Temps de lecture3 min
Par Johanne Montay

Chaque semaine, Derrière les chiffres décrypte les informations chiffrées qui font l’actualité. Pendant la COP26, notre chronique, longtemps consacrée à la pandémie, est en mode "climat".

Ce vendredi, en collaboration avec Romain Weikmans, enseignant à l’ULB et spécialiste des politiques climatiques, nous nous penchons sur la question à 100 milliards de dollars. Ce montant de 100 milliards de dollars annuels est censé être mobilisé par les pays riches pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à s’adapter aux conséquences du dérèglement climatique.

D’où vient cet engagement ?

Ce montant a été fixé au sommet de Copenhague en 2009, lors de la 15e Conférence des Parties (COP15) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Les pays développés devaient soutenir les pays pauvres à hauteur de 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2020. A Paris, en 2015, cette promesse a été étendue jusqu’à 2025. Et à Glasgow, les pays ont commencé à négocier un objectif pour après 2025.

Est-ce que cet engagement a été tenu ?

Cet engagement n’a pas été tenu. Et tout le monde est d’accord là-dessus, même les pays riches. Le projet de texte de résolution pour la COP26 diffusé mercredi dernier "relève avec regret" l’incapacité des pays développés à tenir leur promesse de mobiliser, à compter de 2020, quelque 100 milliards d’aide financière climatique annuelle aux pays pauvres, qui sont souvent les moins pollueurs mais les plus exposés au changement climatique. Le brouillon ne propose cependant pas de solution claire pour remplir cet objectif. Les pays riches assurent désormais pouvoir honorer leur engagement à partir de 2023, selon un nouveau "plan de livraison".

L’échec est avoué, mais sa hauteur varie selon les sources. D’après l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économique, le "club des pays riches", en 2019, on en serait à près de 80 milliards au lieu de 100. D’après l’ONG OXFAM, les vrais montants alloués au climat pour ces pays en développement seraient bien plus faibles : un peu plus de 20 milliards par an.

Les données de 2020 ne seront pas disponibles avant 2022, "en raison des délais de communication officielle des différents ensembles de données", explique l’OCDE.

Pourquoi ce flou ?

La comptabilité est bancale depuis le début. Elle ne fait pas la différence entre les prêts et les dons. Or, un prêt, il faut le rembourser. Placer sur un même pied argent prêté et argent donné n’a pas de sens. Deux tiers des montants sont d’ailleurs fournis sous forme de prêt.

L’argent public et les fonds privés sont également mis dans le même paquet. L’argent public est censé s’ajouter à l’aide au développement habituelle : les fonds doivent être "nouveaux et supplémentaires", comme cela a été promis depuis 1992. Mais souvent, les Etats réaffectent juste une partie de l’aide au développement vers des domaines qui relèvent du financement climatique.

Financer déjà les "pertes et dommages"

En attendant un système plus transparent et plus efficace, les pays pauvres veulent faire avancer à Glasgow un autre dossier lié : celui des dommages qu’ils subissent déjà. D’après le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, les besoins estimés sont de 300 milliards de dollars par an à l’horizon 2030. Les pays en développement estiment que cette aide liée aux pertes et dommages devrait faire l’objet d’un financement additionnel et séparé de l’objectif annuel de 100 milliards de dollars.

Une bonne nouvelle et un nouveau chiffre tout de même, en dehors de ce volet "financement climatique" : à Glasgow, l’Union européenne et les Etats-Unis ont annoncé un partenariat avec l’Afrique du Sud avec un montant de 8,5 milliards de dollars de dons et de prêts pour aider ce pays à sortir de sa dépendance au charbon. Et ça, c’est du concret. Pas du flou.

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