Coronavirus

Derrière les chiffres : trois semaines de mise sous cloche, quel effet sur l’épidémie ?

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23 avr. 2021 à 07:56 - mise à jour 23 avr. 2021 à 12:11Temps de lecture3 min
Par Johanne Montay

Chaque vendredi, Derrière les chiffres décrypte les données de la pandémie de Covid-19, en collaboration avec l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB). Cette semaine, jour de Comité de concertation, nous nous penchons sur l’effet "de mise sous cloche", à savoir la mise au frigo de l’école et des mesures d’assouplissement, durant les dernières semaines de Pâqies.

Beaucoup d’efforts pour pas grand-chose ? Les trois semaines de "pause" scolaire et le gel des mesures de fermeture décidées par le comité de concertation du 24 mars dernier ont-ils eu un effet aussi peu accrocheur sur l’épidémie qu’un filet d’eau sur une poêle en téflon ? On se retrouve en effet, un mois plus tard, avec un taux de positivité supérieur : 9,7% des tests réalisés ont été positifs, durant la dernière semaine écoulée (12 au 18 avril), alors que la semaine du comité de concertation qui nous mettait sous cloche, on en était à 7,7%. Notez que la quantité de tests a diminué : de plus de 68.000 à un peu plus de 40.000, la deuxième semaine des vacances de Pâques. Ecoles fermées, les lieux de testing ont perdu des sources de détection de positivité, car c’est chez les jeunes de 10 à 19 ans que ce taux de positivité est le plus important, au-delà de 15%.

Il est toujours difficile de dire ce qui se serait passé dans un autre scénario, mais ce que l’on peut voir, c’est que ces trois dernières semaines n’ont pas donné lieu à une diminution de la transmission aussi élevée que ce que l’on aurait pu espérer. Le nombre de nouveaux cas a certes diminué, passant de près de 4800 cas par jour à peu près 3500, mais cette diminution est donc en grande partie liée au fait que durant la même période on a beaucoup moins testé.

Fatigue persistante

Pourquoi tant d’efforts et si peu de résultats ? Le dernier baromètre de motivation de l’ULB, de l’UCLouvain, et de l’Université de Gand, daté du 20 avril, fait état d’une fatigue face au COVID "évidente" : "46% des participants belges estiment que la stratégie globale pour contenir le Covid-19 n’était pas (du tout) efficace."

Les mesures sociales sont moins respectées (limiter les contacts étroits, garder une distance physique) et le nombre de contacts étroits autodéclarés reste supérieur au seuil recommandé (5,1 dans la partie francophone du pays, contre 3,7 en Flandre).

Les universitaires notent cependant des résultats différents, selon que les participants sont vaccinés ou non : "les personnes vaccinées semblent être plus motivées pour continuer à suivre les mesures (45% contre 28% de très motivés)". Un biais de sélection joue peut-être ici, car la vaccination a commencé par les personnes âgées et les travailleurs de santé, davantage conscients du risque encouru.

La perception du risque d’infection est également en baisse. Tant le 20 octobre, alors que le taux d’hospitalisations était en hausse, que le 10 décembre, alors qu’il était en baisse lors de la 2e vague, le risque perçu était plus haut qu’aujourd’hui. L’accoutumance au risque, la surinformation liée au Covid-19, sont peut-être des éléments d’explication.

Le virus n’a pas changé et il y a toujours des personnes susceptibles d’être contaminées, dans la population. C’est vraisemblablement du côté d’une diminution de l’adhésion aux mesures sanitaire qu’il faut donc bien regarder. La fermeture des écoles, par exemple, pourrait ne pas avoir eu l’effet escompté si les élèves ont justement profité de cette semaine supplémentaire de congé pour se voir dans des conditions moins contrôlées que le cadre scolaire. On voit d’ailleurs que l’augmentation du taux de positivité est la plus marquée chez les 10-19 ans.

Et les hospitalisations ?

Les hospitalisations n’augmentent plus et ont plutôt tendance à diminuer. On tire vraisemblablement profit ici des effets de la vaccination, avec un âge des personnes hospitalisées qui diminue. Mais cette diminution est encore trop lente pour avoir un effet significatif sur le désengagement des unités de soins intensifs. A ce stade, on espère surtout que l’effet de la vaccination va continuer à se marquer de plus en plus sur le ralentissement des hospitalisations.

A lire aussi : Où en est la campagne de vaccination contre le coronavirus en Belgique ce 22 avril ? Le point en chiffres et graphiques

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