Week-end Première

Des araignées ressuscitées pour faire progresser la science

L’araignée n’a pas de muscles pour ouvrir ou fermer ses pattes. Elle utilise la pression hydraulique de son sang pour les détendre ou les ramener. Les chercheurs ont voulu utiliser cette technique des pattes d’araignée pour en faire des pinces très précises, capables de se saisir de n’importe quel objet. Les explications du physicien de l’ULB Pasquale Nardone.

La technique scientifique baptisée Necrobotics (pour 'mort' et 'robot') consiste à employer des matériaux biotiques, ou organismes morts, comme composants robotiques. Elle s’est notamment intéressée à la technique qu’utilisent les araignées pour attraper leurs proies et pour se déplacer sur des toiles extrêmement fines.

© Pixabay

Quels résultats ?

Les chercheurs du département d’ingénierie mécanique de la Rice University à Houston, au Texas, ont euthanasié une araignée, en la plaçant à -4° pendant quelques jours, puis ils ont injecté un liquide à la base de sa tête, modifié la pression de ce liquide et observé les changements produits. Ils ont pu voir qu’en appliquant une pression entre 4 kilopascals et 6 kilopascals, ils arrivaient à faire ouvrir les pattes et qu’en baissant la pression, elles se refermaient.

Ils ont ainsi pu guider les pattes de l’araignée morte pour attraper systématiquement n’importe quel micro-objet.

Cette pince, mélange d’araignée morte et aiguille robotisée, est capable de supporter 130% de son propre poids. Elle peut attraper toutes les formes d’objets, environ 1000 à 2000 fois avant que la patte ne commence à se détériorer, à force d’être ouverte et fermée.

Quel intérêt ?

Cette étude sert à comprendre les mécanismes précis du mouvement de pattes des araignées, mais aussi à être capable, avec ces objets biodégradables que sont ces animaux morts, de prendre des petits objets en exerçant des forces extrêmement faibles, de 0,02 millinewton jusqu’à 0,35 millinewton. Cela permet une technique de précision extrême.

Les pinces robotiques classiques, les pinces à épeler n’offrent pas assez de précision et ne peuvent pas attraper d’objets ronds ou d’objets trop fins, qu’elles risqueraient de casser par la pression manuelle.

Grâce à l’utilisation des pattes d’araignée, les chercheurs obtiennent donc une pince qui est capable avec une très haute précision, avec une très grande agilité, de se saisir de micro-objets, ce qui n’existait pas encore sur le marché, explique Pasquale Nardone.

On n’a encore jamais inventé quelque chose d’aussi génial que la nature, mais on s’en inspire ! Mimer la nature dès qu’on arrive à la comprendre, c’est ça le rôle de la science.

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