Cyclisme

Des Ardennes au monde en passant sur les pavés : retour sur les cinq succès qui ont forgé la légende de Philippe Gilbert

Philippe Gilbert a marqué l’histoire.

© RTBF avec Belga

Une légende s’en va. Ce dimanche, Philippe Gilbert va tirer sa révérence sur les routes de Paris-Tours. Sa carrière a marqué les esprits et les coeurs. Durant vingt ans, il a remporté 80 bouquets, retour sur les plus beaux d’entre eux.

Het Volk 2006 : l’émergence d’un champion

C’est à 23 ans qu’il remporte sa première classique en Belgique lors du circuit Het Nieuwsblad, appelé "Omloop Het Volk" à l’époque. Au sein de son équipe de la Française des Jeux, Phil avait déjà décroché quelques victoires, mais toujours dans l’Hexagone.

Le 25 février 2006, c’est en Belgique qu’il remporte son plus beau succès (jusque là). Alors que cela part dans tous les sens, tous les regards sont posés vers l’équipe Quickstep – Innergetic de Tom Boonen et Filippo Pozzato ou l’équipe Davitamon – Lotto de Robbie McEwen et Tom Steels.

Offensif, Gilbert parvient à fausser la route de ses compagnons d’échappée et s’envole vers la victoire après un solo de huit kilomètres. Cette première victoire en Belgique sera la première d’une longue série, qui sera notamment garnie d’un autre Het Volk, deux ans plus tard.

Liège-Bastogne-Liège 2011 : le roi des Ardennaises

Quatrième en 2009 et troisième en 2010, Gilbert a les capacités de remporter la Doyenne, la classique dont il "rêve", lui, le Verviétois. 2011 était l’année où jamais pour lui.

Vainqueur de la Flêche brabançonne, d’un deuxième Amstel Gold Race et de la Flêche wallonne les jours qui précedent le départ du Monument, le coureur d’Omega Pharma-Lotto sait qu’il est attendu et que sa forme n’a jamais été supérieure à celle qu’il a au moment de se présenter sur la ligne de départ.

Dans la Roche aux Faucons, tout se décante. Les frères Schleck tentent leur chance mais sont suivis par Gilbert et trois autres coureurs dont Greg Van Avermaet. Finalement, tout se joue au sprint entre les deux Luxembourgeois et le local de l’étape.

Tout le monde sait qu’il est plus fort qu’eux dans cet exercice, c’est la chance de sa vie. Au terme d’un sprint "magique" à Ans, c’est la délivrance, le puncheur se montre le plus rapide et décroche une victoire fantastique, synonyme d’un quadruplé légendaire.

Mondiaux 2012 : l’arc-en-ciel lui va si bien

Valkenburg est taillé pour lui. Le Cauberg est sa deuxième maison. À l’aube des mondiaux 2012, l’attention du peloton est tournée vers le coureur wallon. Vainqueur les deux dernières années de l’Amstel Gold Race, Gilbert revient sur les routes néerlandaises avec de la confiance et une pancarte dans le dos.

Au terme d’une journée marquée par de nombreux mouvements de course dont certains un petit peu surprenants, le peloton est finalement regroupé durant l’antépénultième ascension du Cauberg. Deux tours plus tard, Gilbert place une attaque attendue qui ne surprend personne mais laisse tous ses concurrents sur place.

Arrivé au sommet avec une poignée de secondes d’avance, le Belge sait que c’est la chance de sa vie et appuie sur les pédales. Profitant de la relative mésentente des poursuivants, Gilbert parvient à garder son avance pour s’imposer finalement devant Edvald Boassen Hagen et Alejandro Valverde.

Au terme d’une saison moins florissante que la précédente, le puncheur s’offre le plus beau titre de sa carrière, et s’empare du tant convoité maillot arc-en-ciel. Dans les années qui ont suivi, il a remporté deux éditions supplémentaires de l’Amstel Gold Race, comme un signe que le Cauberg ne pouvait pas avoir une autre issue.

Tour des Flandres 2017 : un solo hors du commun

Il avait un rêve : celui de remporter tous les Monuments. Après avoir décroché la Doyenne et le Tour de Lombardie à deux reprises, il veut désormais se (re) montrer sur les Flandriennes. Deux fois sur le podium du Ronde, il sait qu’il en est capable et veut le prouver à tout le monde en rejoignant l’équipe de Patrick Lefevere, spécialiste en la matière.

Après avoir manqué les quatre dernières éditions, Gilbert n’est pas le grand favori au départ d’Anvers mais sa deuxième place au Grand Prix de l’E3 une semaine plus tôt montre que son choix de carrière était peut-être le meilleur possible pour se relancer.

Au sein d’une armada qui fait rapidement beaucoup de mal à ses adversaires, il prend une avance imprévue au sommet du Vieux Kwaremont et décide tout de même d’y aller seul alors qu’il reste encore 50 kilomètres à parcourir. C’est long, même très long.

Malgré cela, il parvient à creuser un écart important avant qu’un événement de course fasse tout basculer : la chute de ses trois poursuivants (Peter Sagan, Van Avermaet, et Oliver Naesen) dans la dernière ascension du Kwaremont. Si on ne saura jamais ce qu’il se serait passé sans cette chute, les relatives difficultés de Gilbert en fin de course et l’écart de trente secondes à l’arrivée laissent penser que le suspense aurait été intenable sans cette chute. Porté par la foule, Gilbert a fait, ce jour-là, un pas de plus dans la légende du cyclisme.

Paris-Roubaix 2019 : les pavés comme nouveau jardin

Boonen et Fabian Cancellara ont pris leur retraite, l’Enfer du Nord est plus ouvert que jamais, Gilbert en est conscient et ne veut pas rater ce qui ressemble à l’une de ses toutes dernières possibilités.

Après une première accélération avec Nils Politt et Rüdiger Selig, le Wallon se retrouve dans un groupe de six avec le premier cité, Sagan, Wout van Aert, Sep Vanmarcke et son coéquipier Yves Lampaert. Dans le secteur de Gruson, Politt réaccélère, bien suivi par Gilbert.

L’entente entre les deux hommes est parfaite. Ils arrivent sur le Vélodrome ensemble et c’est le plus expérimenté des deux qui savoure une victoire à laquelle peu de monde croyait seulement quelques années avant. Gilbert remporte Paris-Roubaix, son quatrième Monument différent, à sa troisième participation.

Un palmarès d’une longueur infinie

Il faudrait un livre pour conter toutes les victoires de Philippe Gilbert. Revenir sur ces cinq succès fondateurs ne doit pas occulter toutes les autres victoires lors des classiques : 4 Amstel Gold Race, 1 Flèche wallonne, 1 Classica San Sebastian, 1 GP du Québec, 2 Paris-Tours, 2 Tour de Lombardie. Il faut également rappeler qu’il a remporté des étapes dans les trois Grands tours, 11 étapes en tout, et porté le maillot jaune (1 jour) et le rouge (5 jours). Rajoutez à cela une place de numéro 1 mondial en 2011 et trois titres de champion de Belgique dont un contre-la-montre et vous obtenez l’un des plus beaux palmarès de l’histoire.

Véritable légende, Gilbert va manquer par son panache et le spectacle qu’il offrait à tous les amateurs du vélo, à tout un pays, même. Au moment de refermer l’une des plus belles pages de l’histoire du sport belge, il ne reste qu’une chose à dire : Merci Phil. Onze millions de fois merci.

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