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Des assistants sociaux du CPAS de Molenbeek au bord de la rupture

Des assistants sociaux du CPAS de Molenbeek sont à bout

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Ils et elles sont à bout. Les assistants sociaux du CPAS de Molenbeek demandent de l’aide. Via une lettre ouverte publiée en front commun par leurs syndicats (que vous pouvez lire ci-dessous), ces assistants sociaux de première ligne dénoncent de gros soucis.

Ils seraient en sous-effectif, ont accumulé de lourds retards dans le traitement des dossiers depuis la crise du Covid et, ces derniers mois, de nouvelles crises ont encore compliqué les choses. Il y a d’abord l’arrivée de nombreux réfugiés ukrainiens qui ont souvent le CPAS comme porte d'entrée pour toutes les aides potentielles en Belgique. A Molenbeek, environ 400 dossiers ont été ouverts par le CPAS depuis le début de la guerre en février. Des dossiers complexes parce que ces réfugiés ne parlent souvent aucune des langues nationales de la Belgique, ni même souvent un peu d’anglais. Les aides sociales disponibles sont aussi très différentes de celles qui existent en Ukraine. "Du coup, il faut tout expliquer. Plusieurs fois. Reconvoquer aussi. Et les aider pour toute une série de démarches à faire avec l’office des étrangers. Beaucoup viennent presque tous les jours nous voir. Dès qu’ils ont la moindre question, ils se tournent vers nous, les assistants sociaux du CPAS", explique Barbara Massagé, elle-même assistante sociale au CPAS de Molenbeek et déléguée syndicale. "On les aide bien sûr avec plaisir. Ces gens ont souffert et souffrent encore. Mais ces dossiers prennent du temps et les retards s’accumulent au niveau global".

Barbara Massagé, entourée de deux de ses permanents syndicaux CGSP
Barbara Massagé, entourée de deux de ses permanents syndicaux CGSP B. Schmitz – RTBF

La direction voudrait aider, mais se dit très limitée

Le travail des assistants sociaux du CPAS molenbeekois a aussi été surchargé par l’arrivée de nombreux nouveaux bénéficiaires ces derniers mois. "Avec la hausse des prix de l’énergie, beaucoup viennent demander une aide au CPAS parce qu’ils ont du mal à joindre les deux bouts. A chaque fois, il faut réaliser une enquête sociale sur les personnes, se déplacer pour les rencontrer. Cela fait encore du travail supplémentaire. Le matin, moi, quand j’arrive au boulot, j’ai la boule au ventre. Je ne sais pas sur combien de nouveaux dossiers je vais tomber. On a l’impression de devoir désormais uniquement faire de l’encodage administratif pour faire avancer les dossiers. Mais ne plus avoir le temps de faire notre travail d’écoute et d’accompagnement des personnes en détresse. On a l’impression de devoir aujourd'hui choisir entre la qualité et la quantité. Moi, je ne veux pas choisir", confie l’assistante sociale.

La présidente du CPAS de Molenbeek, Gérardine Bastin
La présidente du CPAS de Molenbeek, Gérardine Bastin CPAS de Molenbeek

Du côté de la direction du CPAS, la présidente Gérardine Bastin (MR) dit comprendre le malaise de ses équipes. "On aimerait vraiment pouvoir engager pour les soulager parce qu’ils en ont besoin. Il manque au moins dix assistants sociaux aujourd’hui pour compléter notre effectif qui doit être de 90 agents. Malheureusement, on n’arrive pas à engager. D’abord parce que la commune de Molenbeek est encore sous tutelle régionale au niveau de ses finances, ce qui complique très fort tout engagement de personnel supplémentaire et impose toute une série de procédures, ne fût-ce que pour remplacer un agent en congé maternité ou qui part à la pension par exemple. Ensuite, il faut savoir que les assistants sociaux sont une profession en pénurie. On a donc beaucoup de mal à convaincre des jeunes de nous rejoindre".

Molenbeek est l’une des, ou même peut-être, la commune la plus pauvre de Belgique. Nous avons un peu moins de 100.000 habitants et près de 10.000 bénéficiaires d’une aide ou l’autre du CPAS

L’engagement de personnel supplémentaire, c’est la principale demande exprimée dans cette lettre ouverte. "Mais pour cela, on aurait besoin de plus de subsides. Le Fédéral ou la Région pourrait nous aider. Les aides Covid, par exemple, se sont arrêtées le 31 mars 2022. Or, les dossiers continuent de s’accumuler et les crises sont là. On aurait bien besoin d’un bon coup de pouce. Vous savez, les CPAS sont en première ligne pour faire face à tous ces problèmes, c’est vers nous que les gens précarisés se tournent. Il ne faut pas oublier non plus que Molenbeek est l’une des, ou même peut-être, la commune la plus pauvre de Belgique. Nous avons un peu moins de 100.000 habitants et près de 10.000 bénéficiaires d’une aide ou l’autre du CPAS. Faites le calcul, cela fait un habitant sur dix qui a besoin de nous. Je pense que cela mérite un effort supplémentaire des autorités politiques supérieures".

Dès l’ouverture le matin, des dizaines de personnes se pressent à l’entrée du CPAS pour avoir un contact avec les assistants et assistantes sociaux
Dès l’ouverture le matin, des dizaines de personnes se pressent à l’entrée du CPAS pour avoir un contact avec les assistants et assistantes sociaux B. Schmitz – RTBF

Pour le reste, le CPAS dit être à l’écoute de ses agents et vouloir améliorer le bien-être, notamment en réduisant à l’avenir les moyens qu’ont les bénéficiaires du CPAS de communiquer avec les assistants sociaux. Depuis le Covid, ils pouvaient déposer une lettre au CPAS, prendre un rendez-vous sur place, téléphoner ou même envoyer un sms ou un message via des réseaux sociaux. "Parfois, tout cela se recoupe. Mais, nous, on doit traiter et répondre à chaque fois. On perd un temps précieux avec tout ça. On comprend les difficultés de la direction pour arriver à engager plus de personnel et les blocages à d’autres niveaux. Mais, nous, on est à bout. On aime notre boulot et veut le faire au mieux. Il va falloir que des choses changent dans les semaines et les mois à venir, sinon il y aura vraiment de gros soucis dans les services", précise encore Barbara Massagé.

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