Belgique

Des biens importés à Liège depuis le Xinjiang : proviennent-ils de camps de travail forcé ?

10 févr. 2022 à 16:16Temps de lecture3 min
Par Belga

Depuis le 18 janvier, trois vols directs transportant des biens ont relié la ville de Kashgar, seconde ville de la province chinoise du Xinjiang où se trouvent plusieurs camps de travail forcé pour Ouïghours, à l'aéroport de Liège, rapportent L'Echo et De Tijd jeudi. Il est question de 75 tonnes de biens importées via ces vols de fret.

Au total, trois vols directs ont eu lieu entre Kashgar et Liège, "transportant chacun environ 25 tonnes" de biens, a confirmé auprès des quotidiens Christian Delcourt, responsable de la communication de l'aéroport de Liège. Ces trois vols (AX 4280) ont été opérés par la compagnie maltaise AirX. 

L'existence du premier vol était connue des Affaires étrangères: "On l'a appris via une publication dans les médias chinois repérée par notre ambassade à Pékin", indique Marie Cherchari, porte-parole du service public fédéral, qui précise que l'information a été portée à la connaissance du SPF Mobilité. 

L'information sur ces vols a été postée en janvier sur le site en chinois de l'agence officielle Chine Nouvelle et repérée par le député fédéral Samuel Cogolati (Écolo). 

L'élu écologiste rebondit jeudi sur cette nouvelle et met en garde: "La société qui a transporté 75 tonnes jusqu'ici (entre Kashgar et Liège, NDLR), Xinjiang Tianshun Supply Chain Co., Ltd., très proche du régime communiste chinois, est l'un des partenaires privilégiés publiquement recommandés par la 'Société de Production et de Construction du Xinjiang' (XPCC), qui n'est autre que la seule entité sanctionnée par l'Union européenne pour violations massives à l'encontre des Ouïghours", communique-t-il. 

C'est plus spécifiquement le "Bureau de sécurité publique" de la XPCC que l'UE a décidé d'inclure sur sa liste de sanctions en mars dernier, le considérant comme responsable de "détentions arbitraires à grande échelle et traitements dégradants infligés à des Ouïghours et personnes d'autres minorités ethniques musulmanes" en lien avec la politique "d'endoctrinement" de l'organisation au Xinjiang, peut-on lire dans la décision qui avait été publiée au Journal officiel de l'UE. 

La ville de Kahsgar, "épicentre du travail forcé des Ouïghours"

La ville de Kahsgar est "tristement connue pour être l'épicentre du processus génocidaire en cours et du travail forcé des Ouïghours", souligne Ecolo via communiqué. 

Au niveau belge, une proposition de loi a été déposée à la Chambre au printemps dernier, pour un "devoir de vigilance et un devoir de responsabilité à charge des entreprises tout au long de leurs chaînes de valeur". Le texte est issu des rangs socialistes (PS et Vooruit), d'Ecolo-Groen et du CD&V. Pris en considération en avril dernier, il a fait l'objet de discussions en commission Economie mais est toujours pendant à la Chambre. "Il y a un soutien très ferme de la part des syndicats, mais la FEB par exemple est beaucoup plus frileuse", observe jeudi Samuel Cogolati, co-auteur du texte. 

Le but du texte est de rendre les entreprises importatrices responsables d'éventuelles violations des droits humains ou graves infractions environnementales dans leurs chaînes d'approvisionnement. "Actuellement, des sociétés qui ont pignon sur rue chez nous importent en toute impunité des produits issus de l'esclavage", avance Samuel Cogolati. 

Une des raisons qui semblent freiner le texte est qu'une proposition de directive est annoncée depuis un moment déjà au niveau européen. En 2020, la Commission annonçait une proposition pour 2021, mais elle n'est pas encore sortie. "Les préparations sont en cours", assure une source jeudi, précisant qu'il est crucial de "trouver un équilibre entre une diversité de visions des acteurs". Les chefs de file sur cette initiative sont les commissaires Didier Reynders (Justice) et Thierry Breton (Marché intérieur). 

En décembre, différentes organisations se sont inquiétées de l'absence de cette initiative très attendue, dont la Confédération européenne des syndicats (CES) et la European Coalition for Corporate Justice (ECCJ).

 

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