Belgique

Des familles et des enfants contraints de dormir en rue ? La crise de l’accueil en Belgique franchit un nouveau cap

13 oct. 2022 à 16:35 - mise à jour 14 oct. 2022 à 12:56Temps de lecture3 min
Par Julien Covolo avec Baptiste Hupin et Mélanie Joris

Tout commence ce mardi 11 octobre. 21 jeunes demandeurs d’asile ont déposé une demande de protection internationale. Face à l’absence de places disponibles dans le réseau d’accueil, ils ont été laissés à la rue. Or, ces jeunes se sont déclarés mineurs. La Belgique était donc dans l’obligation de leur proposer un hébergement le temps que leur âge soit prouvé, ce qui n’a pas été possible.

Pour prouver la minorité d’un demandeur d’asile, la Belgique a recours à des tests osseux controversés depuis plusieurs années. Le jeune est accueilli en priorité s’il s’avère être effectivement mineur, mais l’État est dans l’obligation de lui donner un toit le temps que les résultats des tests soient connus, ce qui n’est désormais plus possible non plus.

Des 21 jeunes refusés par Fedasil, 14 ont été accueillis au Hub Humanitaire, un centre d’accueil de jour organisé par la société civile. "À la fin de la journée, ce centre ferme, explique Lorenzo De Lucia, travailleur social de rue pour l’ASBL SOS Jeunes. Nous les avons rassemblés pour chercher des solutions avec les institutions et les organisations de la société civile, mais nous n’en avons pas trouvé." Résultat : ces jeunes se sont retrouvés livrés à leur sort à la fin de la journée, probablement contraints de dormir en rue.

Un nouveau cap

C’est la première fois que des personnes potentiellement mineures se sont retrouvées à la rue depuis le début de la crise de l’accueil que notre pays traverse depuis plus d’un an. La Belgique, pourtant déjà condamnée 4500 fois depuis le 1er janvier pour ne pas avoir procuré un accueil aux demandeurs d’asile, vient d’atteindre un nouveau stade dans la saturation des structures d’accueil. "En octobre de l’année dernière, c’était la première fois que l’État n’a pas pu trouver de place pour 8 mineurs, raconte Lorenzo De Lucia. La société civile les avait pris en charge."

"Ce n’est pas parce que nous ne voulons pas créer de places additionnelles, mais parce que nous n’y arrivons pas par manque de ressources humaines", se défend la secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Nicole de Moor (CD&V). Il y a pourtant urgence.

Dans un communiqué commun, les partis Ecolo et Groen s’indignent de la situation et réclament "que des places d’urgence en logements privés (hôtels, auberge de jeunesse,…) soient immédiatement proposées" pour les personnes les plus vulnérables. Mais "ce n’est pas si facile, rétorque la secrétaire d’État. Là aussi, on a besoin du personnel pour accompagner ces jeunes", répète-t-elle, préférant la rue à une chambre d’hôtel sans accompagnement.

Face à cette situation critique, une requête en urgence a été introduite ce jeudi matin auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme. Le but, rappeler à l’État belge ses obligations. "Nous estimons que laisser des mineurs en rue revient à les exposer à des traitements inhumains et dégradants, ce qui contrevient aux Droits de l’Homme et à ceux de l’Enfant", proteste Lorenzo De Lucia.

Une association débloque des chambres d’hôtel

La crise de l’accueil en Belgique arrive donc à un moment décisif. Depuis mardi, les centres d’accueil redoutaient que d’autres personnes vulnérables n’arrivent dans les prochains jours : "des femmes seules, des enfants accompagnés par leur maman, des familles", énumère le travailleur social.

Ce jeudi soir, nous apprenions que des familles avec enfants se retrouvaient effectivement dans la même situation. Fedasil a annoncé qu’il ne serait pas possible de loger tout le monde pour la nuit à venir. Il était question de 126 personnes au total. Une solution semble avoir été trouvée en fin de journée, avec notamment l’ouverture de chambres d’hôtel en urgence par Vluchtelingenwerk Vlaanderen, une association flamande d’aide aux demandeurs d’asile.

40 de ces 126 personnes ont ainsi pu être retrouvées pour être logées, les autres ayant quitté l’Office des Étrangers avant que l’information ne leur parvienne. Mais l’accueil ne sera possible que pour les personnes arrivant ces jeudi et vendredi, l’ONG n’ayant pas la capacité de mettre en place cette solution d’urgence au-delà de ces deux jours. "Nous espérons vraiment que le gouvernement trouvera des solutions la semaine prochaine", s’inquiète Tine Claus, la directrice de l’association.

Les personnes qui se présentent à l’Office des Étrangers ces 13 et 14 octobre seront hébergées pour une durée d’une semaine. "Nous restons en contact avec d’autres ONG pour les prochains jours", assure-t-elle. La note de ces nuits d’hôtel sera directement envoyée au gouvernement fédéral.

Interview de Tine Claus, directrice de Vluchtelingenwerk Vlaanderen

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