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Des fresques bruxelloises au cœur d'un roman

Réalisation de la fresque "le sacrifice d'Isaac", photo tirée du livre "Toute la violence des hommes" et prise par le photographe Ivan Put

© Ivan Put

05 mars 2020 à 09:21Temps de lecture3 min
Par Geoffroy Fabré

" Toute la violence des hommes " est le nouveau livre de Paul Colize, il sort ce 5 mars, et il a pour décor Bruxelles et les fameuses fresques qui sont apparues sur ses façades à partir de fin 2016.

L’histoire de ce polar est assez classique : une jeune femme est poignardée dans son appartement d’Auderghem, un homme d’une trentaine d’années est vite arrêté. Tout l’accuse. C’est le dernier à avoir contacté la victime, il a des traces de son sang sur les baskets, les images des caméras de surveillance le montrent en train de sortir de l’appartement de la victime et puis la police retrouve chez lui des croquis qui représentent la scène du meurtre.

Car le suspect idéal est aussi un peintre de génie, un graffeur célèbre de la capitale, puisque c’est lui qui a réalisé les fresques violentes ou à caractère sexuelle qui sont apparues fin 2016.

C’est là que le roman devient particulièrement intéressant car il mêle un événement réel dont beaucoup de Bruxellois se souviennent à sa propre fiction.

Durant tout le roman, le suspect va nier les faits, il se contente de répondre laconique : " ce n’est pas moi ".

Des fresques bien réelles au cœur d’une fiction

Les fresques qui ont inspiré le roman sont apparues sur les murs de Bruxelles à partir du mois de septembre 2016, celle qui a sans doute fait le plus parler d’elle est ce fameux pénis de 8 mètres peint sur une façade à proximité de la Barrière de Saint-Gilles. Ensuite dans les jours et mois suivants, il y en a eu d’autres, comme ce gros plan sur un acte de pénétration au centre-ville et puis des scènes plus violentes comme un homme éventré et pendu par les pieds ou cette scène, le long du canal, où l’on aperçoit un homme prêt à en égorger un autre. Ces deux dernières étant inspirées de tableaux de maîtres. " En voyant ces fresques apparaître, je me suis dit que l’auteur nous racontait peut-être une histoire, explique Paul Colize. J’ai donc pris principalement ces 4 fresques et je me suis demandé le lien qu’il pouvait y avoir entre elles et quelle serait l’histoire qu’il pouvait y avoir derrière. "

L’auteur des fresques toujours anonyme

Dans la vie réelle des Bruxellois ces fresques avaient suscité beaucoup de réactions et de questions, notamment celle-ci : qui est l’auteur des fresques ? A cette question, beaucoup ont répondu assez vite Vincent Glowinski alias BONOM, un graffeur qui a peint de nombreuses fresques illégalement sur les façades bruxelloises et qui est sorti de l’anonymat en 2010. Depuis, il ne fait plus que des œuvres légales et n’a plus revendiqué de fresques " sauvages ".

Cependant, la technique, tant acrobatique qu’artistique des nouvelles fresques fait fortement penser au travail de BONOM. Il est aussi difficile d’imaginer qu’un artiste puis apparaître du jour au lendemain avec une telle maîtrise sans être connu dans le milieu.

N’empêche, à l’époque de la fresque du pénis à Saint-Gilles, nous avions posé directement la question à Vincent Glowinski et sa réponse avait été très claire : " ce n’est pas moi bien entendu, c’est tout ce que je répondrai parce que je n’ai pas envie d’être mêlé à cette histoire. "

N’empêche, quelques mois plus tard, à l’occasion des 800 ans de la commune de Saint-Gilles, le même Vincent Glowinski était invité à réaliser une performance artistique, une projection de lumière sur la maison communale(mapping), et en fin de spectacle, il a rapidement projeté la forme d’un pénis. Clin d’œil ou aveux, on ne le saura peut-être jamais.

A la fin de son livre, Paul Colize publie une interview de l’auteur des fresques, il explique qu’il a pu le rencontrer grâce à un certain Vincent Glowinski, mais il dissocie les deux personnes, protection de sa source ou réalité ? Là aussi la question reste en suspens…

Dans l’interview retranscrite, l’auteur des fresques dit ceci : " Mon anonymat, s’il existe, est pour que les peintures continuent d’en être. Qu’elles continuent d’être des œuvres d’art, qu’elles s’explorent avec les yeux. Je ne cherche pas à ce que soit saisi un sens, un propos, encore moins une identité, s’il est possible de faire traverser une histoire dans le corps des gens. Il ne me semble pas utile de savoir d’où ça vient, mais plutôt de s’intéresser à où ça va. "

Mission réussie dans ce cas-ci puisque ces fresques ont fait naître un roman dans l’esprit de Paul Colize, une interprétation bien à lui de ces curieuses fresques.

Paul Colize invité de Bruxelles Matin

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