Des gens bien

"Des gens bien" : comment est née votre nouvelle série belge ?

Lucas Meister et Bérangère McNeese dans la série "Des Gens Bien".

© 2022/RTBF / ARTE / PROXIMUS / HELICOTRONC / UNITE

Nouvelle série belge de la RTBF, en coproduction avec Arte, Des Gens Bien est aussi le nouveau bébé de Matthieu Donck, Benjamin d’Aoust et Stéphane Bergmans, les créateurs de La Trêve. Ils nous ont expliqué, le temps d’un entretien à Séries Mania, les origines et secrets de tournage de la série.

Vous êtes trois, mais de qui est venue l’idée de base de la série et à quoi ressemblait-elle au tout début ?

Matthieu Donck : Après La Trêve, on s’est posé plein de questions. On avait envie de continuer à travailler ensemble et on avait bien accroché avec le format "série". Si faire une série ne prenait que deux mois, on aurait encore fait d’autres saisons de La Trêve. Ce n’est pas le cas, et on s’est rendu compte qu’on allait avoir 40 ans et que si on voulait faire d’autres projets, il fallait les faire maintenant. On a donc commencé à brainstormer et cette idée d’arnaque est venue assez vite. Inconsciemment, elle a pris le dessus sur les autres, car elle répondait à plusieurs de nos envies : faire de la comédie et inverser la dynamique du murder mystery en montrant tout dès le départ. Et puis il y a eu les gilets jaunes…

Benjamin d’Aoust : Quand on a commencé à développer la série, il y avait la crise des gilets jaunes en France. Nos personnages ne sont pas du tout des gilets jaunes et Des Gens Bien ne parle pas directement de ça, mais l’humanité qu’on rencontrait dans les gilets jaunes correspondait aux personnages qu’on était en train de créer, c’est-à-dire des gens qui ont le sentiment d’être oubliés par la modernité et qui ont l’impression que le monde ne s’intéresse pas à eux.

"Des Gens Bien"
"Des Gens Bien" © 2022/RTBF / ARTE / PROXIMUS / HELICOTRONC / UNITE

Cette idée de frontière franco-belge était-elle là dès le départ ? Ce lieu est-il basé sur un endroit réel ?

B.D. : C’est un endroit qui existe, dans lequel on a tourné une partie de La Trêve, et où on va écrire très souvent : Couvin, à la frontière française. Cette idée de frontière nous est venue directement, car elle permet d’intégrer une forme d’incompréhension, d’incommunicabilité. Les frontières sont des zones qui n’existent plus en Europe et qui sont des espèces de bout du monde.

On s’est demandé c’est quoi “un rôle d’homme “, “un rôle de femme “, pour finir par les intervertir.

"Des Gens Bien"
"Des Gens Bien" © 2022/RTBF / ARTE / PROXIMUS / HELICOTRONC / UNITE

Au niveau du casting, aviez-vous déjà des visages en tête à l’écriture, et ensuite, comment ce sont faits les choix sur les acteurs et actrices ?

M.D. : On voulait se challenger et sortir de notre zone de confort. Ce qu’on a écrit cette fois-ci, c’est plus risqué, complexe et osé, et donc moins confortable. On voulait se challenger aussi avec le casting et rencontrer de nouveaux acteurs·trices. Ce qui est particulier, c’est que plusieurs rôles ont été interchangés. Stéphane par exemple, était un homme dans le scénario, mais on a attribué ce rôle à India Hair. Ça s’est fait, car quand on l’a rencontrée, on s’est dit qu’elle serait super dans ce rôle… de mec. Quand je l’ai appelée pour lui dire, elle m’a dit "OK", mais elle ne voulait pas qu’on change une seule ligne sur le personnage : le fait qu’il bouge tout le temps, qu’il dit tout le temps "j’ai faim", etc. Elle s’est donc retrouvée avec un scénario où il était écrit " il " partout. Même Tom et Linda étaient écrits inversement au début. Finalement, Tom est devenu Linda et Linda est devenue Tom. Et ça, c’est un truc avec lequel on s’est beaucoup amusé. On s’est demandé c’est quoi “un rôle d’homme “, “un rôle de femme “, pour finir par les intervertir.

India Hair et Dominique Pinon dans la série "Des Gens Bien".
India Hair et Dominique Pinon dans la série "Des Gens Bien". © 2022/RTBF / ARTE / PROXIMUS / HELICOTRONC / UNITE

La série se situe à la frontière entre comédie et drame, voire thriller. Comment avez-vous dirigé les comédiens pour qu’eux aussi soient dans cet équilibre-là ?

M.D. : Ça se fait d’abord à l’écriture. On réfléchit énormément et on interprète nous-mêmes les rôles dans nos petits bureaux (rires). Sur le plateau, on essaie souvent de ne pas faire deux fois la même prise, de faire autre chose, et donc on cherche. Et puis, il y a le montage pendant lequel on choisit si on va tirer le truc plutôt vers la comédie ou plutôt vers le thriller.

B.D. : Il y a aussi tout un travail avant le tournage, avec les comédiens. Ils arrivent, on répète, il y a des lectures, on mange ensemble le midi, ils perçoivent l’humour avec lequel on essaie de faire fonctionner notre histoire. Quand les gens arrivent dans le bureau, on leur fait découvrir l’univers. On leur montre les décors par exemple. Il y a toute cette participation qui dépasse la direction sur le plateau.

Stéphane Bergmans : Concernant l’humour, ça se travaille aux répétitions. Lorsqu’il y a des blagues ou des moments plus drôles, on dit aux comédiens et comédiennes qu’il ne faut pas jouer la blague, il faut la dire avec sérieux. Les personnages ne doivent jamais avoir un rire moqueur sur eux-mêmes. C’est primordial pour qu’on y croit.

En Belgique, on a de super beaux décors, il suffit juste de prendre le temps de les filmer et de les regarder.

Des gens bien - Bande-annonce

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Pour parler de l’esthétique et de l’ambiance, il y a un côté très "Far West". D’où est venue cette dimension et pourquoi ?

B.D. : À l’écriture, on oscillait entre : est-ce qu’on fait une série de divertissement ou une série plus sociale ? On est fan du cinéma des frères Coen et on est parti dans plein de directions différentes. On a notamment pensé à placer l’histoire dans les années nonante. Mais de manière pragmatique, reconstituer les années nonante, c’est impayable. Par contre, on a voulu garder quelque chose dans les décors, les costumes, la manière de filmer, qui situe notre univers un tout petit peu en dehors de la réalité. On voulait qu’il ait cet aspect "conte", "fable". Les couleurs sont très vives, il y a un côté un peu BD. En Belgique, on a de super beaux décors, il suffit juste de prendre le temps de les filmer et de les regarder. La Trêve, c’était les forêts. Ici, on s’est attaché aux plaines qui entourent ces forêts, et à cette frontière.

François Damiens, Lucile Vignolles et India Hair dans la série "Des Gens Bien".
François Damiens, Lucile Vignolles et India Hair dans la série "Des Gens Bien". © 2022/RTBF / ARTE / PROXIMUS / HELICOTRONC / UNITE

La religion est présente à travers une communauté très croyante… Comment est née cette idée ?

S.B. : C’est dans la même notion que la fable. On voulait créer un univers un peu hors du temps. C’est comme les centres de bronzage, c’est un business un peu daté.

B.D. : Cette communauté religieuse a été très questionnante à écrire. On s’est demandé comment on allait la faire, l’utiliser. En repérage, on est tombé sur cette église. Il y a zéro intervention déco dedans. Elle est là, elle est juste incroyablement présente, et elle paraît complètement irréelle. On s’est dit que si on mettait nos personnages dans cet endroit, le décalage qu’on voulait entre réel et absurde allait fonctionner.

Quand on a commencé à faire de la série, on s’est dit que ce serait chouette de créer ce Far West belge. Un univers qui donnerait envie aux gens de venir en Belgique, mais surtout qui rendrait fiers les Belges de leur pays.

Bérangère McNeese au centre dans l’église – "Des Gens Bien".
Bérangère McNeese au centre dans l’église – "Des Gens Bien". © 2022/RTBF / ARTE / PROXIMUS / HELICOTRONC / UNITE

M.D. : Ce qui nous intéressait, c’était cette notion de "gens bien". La série est "larger than life", mais on ne voulait pas se moquer de qui que ce soit. On a rencontré les gens de cette église, ils étaient super gentils et avaient de l’humour. Comme ce sont "des gens bien", ça nous a conforté dans l’idée de le faire. En Belgique, le cinéma du réel a été très exploité. Quand on a commencé à faire de la série, on s’est dit que ce serait chouette de créer ce Far West belge. Un univers qui donnerait envie aux gens de venir en Belgique, mais surtout qui rendrait fiers les Belges de leur pays. Ce qui nous enthousiasme particulièrement dans ce projet des séries belges, c’est de se raconter nous-même en tant que société.

Des Gens Bien, à voir dès le dimanche 23 octobre à 20h55 sur La Une et Auvio. Disponible en intégralité sur Auvio dès le 23/10.

Michaël Abiteboul dans la série "Des Gens Bien"
Michaël Abiteboul dans la série "Des Gens Bien" © 2022/RTBF / ARTE / PROXIMUS / HELICOTRONC / UNITE

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