Economie

Des millions d'euros pour transporter des marchandises sur le rail : pourquoi la Belgique investit autant dans le fret ferroviaire ?

Installation de nouveaux aiguillages sur le rail en Région bruxelloise, cela doit notamment permettre de développer le transport de marchandises.

© E. Boever – RTBF

23 août 2022 à 04:30 - mise à jour 23 août 2022 à 09:30Temps de lecture3 min
Par Céline Biourge et Damien Hendrichs pour l'infographie

La bifurcation dite "Carwash" de Schaerbeek-Formation vient de subir un énorme lifting. Vingt-deux nouveaux aiguillages et environ 250 mètres de nouvelles voies ont été posés cet été. Six kilomètres de caténaires et 16 kilomètres de câbles de signalisation ont également été changés.

Cette bifurcation est l’endroit où arrivent tous les trains de voyageurs, en provenance du Hainaut et des Flandre orientale et occidentale, après l’heure de pointe matinale. C’est là qu’ils sont garés, nettoyés, entretenus, avant de reprendre le rail.

Vers un trafic plus fluide

Un chantier de quelque 10 millions d’euros censé améliorer la fluidité du trafic ferroviaire, tant voyageurs que marchandises dans toute la Région de Bruxelles-Capitale.

L’idée est d’aménager un corridor ferroviaire pour la traversée de Bruxelles entièrement dédié au transport de marchandises (L26B) dont la mise en service complète est prévue pour 2029-2030.

Dans cet objectif, 12,4 millions d’euros d’investissements ont déjà été réalisés en 2020. Vingt millions d’euros seront encore nécessaires pour la troisième et dernière phase de ce corridor.

Un projet inscrit dans un plan plus vaste

Si chaque année, près de 160.000 trains de marchandises circulent sur le réseau ferroviaire belge (dont 85% transitent par Bruxelles), ils risquent d’être plus nombreux à l’avenir.

Le gouvernement fédéral prévoit de doubler le volume de marchandises transportées par rail d’ici 2030 en Belgique.

Pour éviter la saturation, Infrabel a un plan : "Pour fluidifier le trafic, nous voulons moderniser le réseau, diminuer les goulets d’étranglement et équiper l’infrastructure pour permettre d’accueillir des trains plus longs (750 m). Infrabel souhaite aussi construire de nouvelles infrastructures qui bénéficieront aux ports belges et aux entreprises raccordées au rail. La modernisation du faisceau Nord de Bruxelles et la création du corridor fret L26B se trouvent également dans le projet.", nous explique sa porte-parole, Jessica Nibelle. Et tout cela se fera en "maintenant la taille actuelle du réseau ferroviaire".

Mais tout cela a un coût : "Pour atteindre ses objectifs, Infrabel a besoin de 200 millions d’euros de plus par an (sur 10 ans) pour ses investissements (la dotation aujourd’hui est de 926 millions d’euros) et de 100 millions de plus par an pour ses dépenses opérationnelles".

Un pari sur l’avenir

Pour le ministre fédéral de la Mobilité, Georges Gilkinet (Ecolo), c’est une manière de miser sur l’avenir : "Un euro investi dans le rail, cela rapporte trois euros à l’économie. À la fois pour toutes les entreprises qui travaillent avec Infrabel et la SNCB mais aussi pour toutes celles qui bénéficient du réseau ferroviaire".

C’est aussi une manière de répondre au défi climatique, le train étant aujourd’hui le mode de transport le moins polluant.

La vision du rail 2040 du gouvernement fédéral propose d’ailleurs une stratégie de prix garantissant l’attractivité du rail pour le transport de personnes et de marchandises.

Un transport ferroviaire de marchandises qui a du potentiel

Avec ses 3612 kilomètres de lignes de chemin de fer, le réseau ferroviaire belge est un des réseaux les plus denses au monde.

Carte du réseau ferroviaire belge
Carte du réseau ferroviaire belge © SNCB
Carte du trafic ferroviaire belge de marchandises
Carte du trafic ferroviaire belge de marchandises © Infrabel

Pourtant, depuis des années, le transport ferroviaire de marchandises ne dépasse pas les 10% en Belgique :

Evolution du transport ferroviaire de marchandises en Belgique ces 10 dernières années.
Evolution du transport ferroviaire de marchandises en Belgique ces 10 dernières années. © Damien HENDRICHS – RTBF

Pas assez concurrentiel par rapport aux autres modes de transport.

Il reste d’ailleurs très loin derrière le transport routier et le transport maritime :

Evolution du transport de marchandises en Belgique de ces 5 dernières années selon le mode de transport.
Evolution du transport de marchandises en Belgique de ces 5 dernières années selon le mode de transport. © Damien HENDRICHS – RTBF

Mais cela pourrait changer même si la capacité du réseau pour le transport de marchandises est souvent liée au transport de voyageurs et de sa croissance.

En créant un corridor ferroviaire dédié uniquement au fret pour la traversée de Bruxelles, Infrabel se donne les moyens d’augmenter sa capacité et sa qualité : "C’est un projet qui a une influence à la fois sur le trafic marchandises et le trafic voyageurs parce que pour le moment les deux trafics sont en conflit, ce qui limite la capacité et la ponctualité de l’un et de l’autre. Et donc, en séparant les deux types de trafic, cela permettra d’améliorer la ponctualité et la capacité voyageurs sur Bruxelles", affirme Benoît Gilson, directeur général d’Infrabel.

Elle permettra également, à terme, la jonction avec le port de Bruxelles. De quoi doper le transport fluvial et diminuer encore la pression des camions dans la capitale.

Sur le même sujet : extrait du JT du 22/08/2022

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