Journal du classique

Des pointes au head spin, quand le hip-hop s’empare du Casse-Noisette de Tchaïkovski

© JOEL SAGET / AFP

Des tutus et pirouettes aux capuches et "head spin", il n’y a qu’un – ou quelques – pas (chassés). La danseuse et chorégraphe franco-espagnole Blanca Li a revisité le célèbre ballet Casse-Noisette à la sauce hip-hop, faisant dialoguer la musique de Tchaïkovski et la danse urbaine.

La chorégraphe franco-espagnol Blanca Li est de retour cette année au festival annuel Suresnes Cités Danse, dans les Hauts-de-Seine, après y avoir fait sensation il y a 20 ans avec son spectacle "Macadam Macadam". La chorégraphe, connue et reconnue pour son style qui mélange la danse classique, le flamenco, l’électro ou encore la danse urbaine, revient dans ce festival qui fête ses 30 ans, avec une revisite du célèbre ballet classique Casse-Noisette de Tchaïkovski. 

L’universalité de la musique de Tchaïkovski

Avec un groupe de danseurs basés à Madrid, où elle dirige les Teatros del Canal, Blanca Li revisite ce classique du ballet. N’utilisant pas toute la partition de Tchaïkovski, Blanca Li reprend les pièces les plus emblématiques du ballet pour les revisiter à sa manière, en faisant se rencontrer l’image "classique" que nous avons du ballet de Tchaïkovski à la modernité de la danse hip-hop.

L’histoire que nous raconte Blanca s’éloigne, naturellement, de l’histoire originelle du ballet. Ce n’est plus l’histoire de la jeune Clara qui reçoit à Noël un casse-noisettes, mais bien celle d’un groupe de jeunes qui préparent le réveillon de Noël dans un appartement.

Le Casse-Noisette n’est plus un soldat en bois, mais un robot commandé via Ipad, incarné par un jeune homme qui danse du "popping", une danse urbaine fondée sur la contraction et la décontraction des muscles en rythme, donnant un "aspect robotique" au danseur.

"C’est une musique incroyable, il ne faut pas s’arrêter sur les titres et les noms, ça va plus loin que ça, c’est universel", estime Blanca Li.

Outre les "poppers", on retrouve également des breakers - danseurs de breaking, une discipline qui va faire son entrée aux Jeux olympiques de Paris en 2024. Ils incarnent les souris et leur roi qui entrent en bataille contre Casse-Noisette dans le rêve de Clara, en faisant des "head spin" (rotation sur la tête) et des "passpass" (mains au sol, les jambes courant autour du corps).

Blanca Li explique avoir choisi des danseurs d’Espagne car le hip-hop là-bas, "à la différence du hip-hop en France, n’est pas encore arrivé au théâtre, il n’y a pas beaucoup de compagnies, ils n’ont pas beaucoup de soutien".

Tremplin pour la "danse de cités"

Alors qu’elle investissait essentiellement la rue dans les années 80, notamment autour du Châtelet et des Halles, la danse hip-hop en France a trouvé un tremplin scénique en la forme du festival de Suresnes, créé il y a 30 ans et toujours dirigé par Olivier Meyer, qui avait été inspiré d’une tournée de danseurs new-yorkais sous la direction de Doug Elkins.

"C’était la première fois qu’on consacrait trois semaines dans un théâtre à faire vivre cette danse de cités dans ce qu’elle a de virtuose et d’énergie incroyable", affirme Olivier Mayer, interrogé par l’AFP.

Le festival lancera des artistes comme Mourad Merzouki, Kader Attou, Fouad Boussouf, aujourd’hui tous devenus directeurs de Centres chorégraphiques nationaux.

Certains y avaient vu une trahison à l’esprit du hip-hop, né dans la rue et par essence non chorégraphié. "Certains considéraient que la rue c’était la liberté et qu’entrer dans un théâtre faisait perdre leur identité", se souvient M. Meyer.

"Après, ils ont vu que cela leur ouvrait des possibilités de se professionnaliser et de vivre de leur métier".

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