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Des stages à l’armée pour les "neets" : la Défense recrute aussi des jeunes en décrochage

Une trentaine de jeunes en décrochage ont participé à un stage de trois jours au sein de la Défense à Tournai.

© RTBF

07 janv. 2022 à 05:00Temps de lecture2 min
Par Denis Vanderbrugge

Les rangs sont un peu désordonnés. La discipline et la ponctualité pas encore tout à fait au rendez-vous. Mais sous les regards des militaires en treillis, trente-trois jeunes en training et baskets sont venus goûter à la vie de militaire. Au sein de la caserne de Tournai, ils participent à un stage réservé aux " neets ", ces jeunes adultes sans emploi et sans formation.

Donner une chance à ces jeunes en décrochage, leur donner un aperçu des possibilités de carrières à la Défense, c’est l’ambition de ces stages d’un nouveau genre à l’armée. La Défense engage massivement : 2500 militaires par an. Tous les profils sont recherchés, même ceux qui n’ont pas de qualification.

Nuit sous tente, ration de survie

Pendant 3 jours, l’armée propose donc à ces jeunes une immersion totale. Rien ne leur est épargné. Pas même la nuit sous tente quand le thermomètre flirte avec le zéro degré. Une vie à la dure. Océane savait à quoi s’attendre en participant au stage à Tournai. Elle est l’une des deux seules femmes du peloton et elle ne regrette pas l’expérience. " C’est top, nous glisse-t-elle. En plus, les adjudants sont sympas. Ils sont là pour nous motiver, même si parfois ils doivent punir certains qui arrivent les mains dans les poches. C’est la discipline. "

C’est aussi l’école de la débrouille. Autour des réchauds, le repas se partage à l’extérieur. Chacun sa ration de survie. Mais pas de quoi dégoûter Nathanaël. Il savoure le moment. " On mûrit en fait. On apprend comment se tenir, à respecter les autres. C’est un bon cadre de vie. "

"En moyenne, un stagiaire sur trois deviendra militaire"

Le colonel Dany Snelders en est sûr : il y a parmi ces jeunes quelques futures recrues. Avec cette immersion, la Défense entend leur tendre la main. " Même s’ils sont vulnérables, ces jeunes ont des compétences. Ils n’ont juste pas la possibilité de se mettre à un autre niveau. "

Cette immersion à l’armée leur permet de se découvrir des compétences, d’être valorisé aussi

L’armée offre donc un aller simple dans l’ascenseur social. Mais pour monter à bord, le chemin des jeunes est encore long. " Après cette immersion, ils doivent passer une interview avec les chefs de corps. Et après ils doivent encore réussir les tests sportifs et médicaux, comme tous les autres candidats militaires. Leur casier judiciaire sera aussi screené, énumère le colonel Snelders. En moyenne, un jeune sur trois qui participe à ce stage deviendra militaire. "

Pour toucher ces jeunes en difficulté, la Défense collabore avec la maison de l’adolescent de Mons et de Charleroi. C’est elle qui propose aux " neets " cette opportunité de stage. L’objectif est clair : tenter de raccrocher ces jeunes à un projet.

" Certains ont décroché depuis 3, 4 voire 5 ans, explique Marjorie Henriet, la coordinatrice de la maison de l’adolescent. Ils n’ont aucune formation, aucune vision d’avenir. Cette immersion à l’armée leur permet de se découvrir des compétences, d’être valorisé aussi. Même si tous ne deviendront pas militaires, c’est bénéfique. "

Il y a sous les drapeaux, un espoir. Celui de provoquer un déclic, de susciter des vocations. Et, à défaut, de remettre ces jeunes en selle. La Défense prévoit d’autres stages pour les "neets" aux quatre coins de la Belgique durant l’année 2022.

Notre reportage radio du vendredi 7/01/22

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