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Des troupes russes se massent à la frontière ukrainienne : la menace d’une guerre aux portes de l’Europe ?

07 déc. 2021 à 14:45 - mise à jour 07 déc. 2021 à 14:54Temps de lecture4 min
Par Daniel Fontaine (avec AFP)

Cela a commencé par des vidéos postées sur les réseaux sociaux. Elles montrent des colonnes de blindés avançant dans l’ouest de la Russie en direction de la frontière ukrainienne. D’autres images montrent des trains transportant des dizaines de chars russes vers la même région.

Il n’y a pas de doute : la Russie a relancé un vaste déploiement militaire à portée de fusil de son voisin ukrainien. Moscou considère l’Ukraine comme faisant partie de sa sphère d’influence et met ce pays sous pression depuis l’élection de dirigeants pro-occidentaux en 2014. Kiev craint que ce déploiement annonce une invasion avant la fin de l’hiver.

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Selon les renseignements militaires ukrainiens, la Russie a déjà massé quelque 92.000 hommes aux frontières de l’Ukraine. La Russie a déjà "commencé des exercices militaires près de l’Ukraine" et est en train de "tester ses communications", a déclaré devant le Parlement le ministre ukrainien de la défense, Oleksiï Reznikov.

Les Ukrainiens prévoient une possible offensive russe fin janvier ou début février. L’opération commencerait par des frappes aériennes et d’artillerie, qui seraient suivies d’assauts aéroportés et amphibies.

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Le Pentagone, le ministère américain de la Défense, confirme détenir des preuves de plans russes d’agression contre l’Ukraine. Washington estime que la Russie pourrait mobiliser 175.000 hommes, ainsi que des chars, de l’artillerie et d’autres équipements pour attaquer l’Ukraine. La Russie déploie pour cela 100 bataillons, organisés en groupes tactiques. L’armée russe a également mis en œuvre un programme de mobilisation de réservistes qui pourraient aider à constituer la force nécessaire.

L’analyse américaine repose entre autres sur des images satellites qui montrent que de nouvelles unités arrivent à divers endroits le long de la frontière ukrainienne et en Crimée annexée. La presse a publié une carte du Pentagone montrant que les forces russes se concentrent dans quatre zones.

Une image satellite datée du 1er novembre montre un déploiement de forces militaires près de la ville russe de Yelnya, à proximité de l’Ukraine.
Une image satellite datée du 1er novembre montre un déploiement de forces militaires près de la ville russe de Yelnya, à proximité de l’Ukraine. AFP / Satellite image 2021 Maxar Technologies

Cette démonstration de force va-t-elle forcément déboucher sur une confrontation armée ? Les officiels américains ne s’avancent pas sur ce point. "Nous ne savons pas si le président Poutine a pris ou non la décision d’envahir", l’Ukraine, a reconnu le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken lors d’une réunion de l’Otan. "Nous savons qu’il met en place les moyens d’agir vite s’il venait à en décider ainsi."

D’après Antony Blinken, les plans russes prévoient non seulement "des opérations militaires à grande échelle", mais aussi "des efforts en vue de déstabiliser l’Ukraine de l’intérieur". Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a reçu des informations sur un projet de coup d’Etat, impliquant "certaines personnes en Russie" et un oligarque ukrainien.

Les exercices d’avril, une répétition générale ?

Cette mobilisation militaire n’est pourtant pas la première : en avril, la Russie avait déjà déployé quelque 100.000 soldats aux frontières ukrainiennes pour des exercices, justifiés alors par une réponse à des activités "menaçantes" de l’Otan. L’Ukraine s’était également alarmée d’une hypothétique invasion imminente.

Moscou avait ensuite retiré l’essentiel de ses troupes après l’annonce du premier sommet entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Joe Biden. La Russie avait voulu montrer ses muscles pour se mettre en position de force à l’approche de cette rencontre, selon des experts.

Moscou pourrait simplement utiliser la même tactique pour peser sur la nouvelle rencontre entre les deux dirigeants ce mardi. Mais les dirigeants ukrainiens n’y croient pas : ils craignent que la mobilisation du printemps dernier n’était qu’une répétition générale de ce qui les attend. Les exercices auraient permis à l’armée russe d’être désormais prête à mener une opération réelle.

La Russie pointe la menace ukrainienne

Moscou rejette en bloc les accusations de préparatifs d’invasion de l’Ukraine. La Russie accuse en retour l’Ukraine de constituer une menace pour elle. Le Kremlin dénonce le renforcement des capacités militaires ukrainiennes dans l’est du pays.

Selon Moscou, 125.000 soldats ukrainiens se trouvent dans une zone proche des frontières russes et des territoires sous contrôle des séparatistes prorusses. "L’idée que l’Ukraine représente une menace pour la Russie serait une mauvaise blague si la situation n’était pas aussi grave", a réagi Antony Blinken.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky en visite, le 6 décembre, à proximité de ligne de front avec les forces séparatistes pro-russses.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky en visite, le 6 décembre, à proximité de ligne de front avec les forces séparatistes pro-russses. AFP / Ukrainian presidential press-service

Le pouvoir russe redoute surtout de voir l’Otan s’étendre jusqu’à ses frontières. Dans un long article publié en juillet, le président russe accusait les pays occidentaux de cultiver un sentiment antirusse en Ukraine. Les Russes et les Ukrainiens forment "un seul peuple", écrivait Vladimir Poutine. "Nous ne permettrons jamais que nos territoires historiques et que les personnes qui nous sont proches et qui y vivent soient utilisés contre la Russie", prévenait-il.

Il y a quelques jours encore, Vladimir Poutine a reproché à l’Occident d’organiser des exercices militaires en mer Noire et de livrer des armes à Kiev. Le maître du Kremlin veut désormais obtenir des "garanties juridiques" contre l’extension de l’Otan à l’est. La Russie veut éviter que l’Ukraine rejoigne cette organisation qu’elle perçoit comme une menace.

13.000 morts depuis 2014

En 2014, la Russie avait annexé la péninsule ukrainienne de Crimée, en réaction à l’arrivée d’un gouvernement pro-occidental à Kiev. Des groupes armés séparatistes prorusses ont pris le contrôle du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Malgré ses dénégations, le Kremlin est considéré comme le parrain des séparatistes et est accusé de leur fournir des hommes et de l’armement. Le conflit dans l’est de l’Ukraine a fait quelque 13.000 morts depuis 2014.

Alors que l’armée ukrainienne n’a pas pu faire face en 2014, elle paraît désormais plus confiante, forte de l’expérience du combat accumulée, et mieux équipée, notamment grâce à l’aide des alliés occidentaux. L’Ukraine a notamment reçu des Etats-Unis des munitions, des navires, des dispositifs de missiles antichars américains Javelin et du matériel médical. Kiev a aussi utilisé le mois dernier, pour la première fois, un drone de combat fourni par la Turquie.

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