Belgique

Désobéissance civile: "On ne va pas envoyer la police avec des matraques, mais on ne peut pas être dans le laisser faire" (Maxime Prévot)

Dossier de la rédaction

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27 déc. 2021 à 10:32 - mise à jour 27 déc. 2021 à 11:31Temps de lecture5 min
Par Anthony Roberfroid, d'après le dossier de la rédaction de Sophie Brems

Le secteur culturel n’en démord pas. Contraints de fermer ses cinémas, théâtres et autres salles de concert dès ce dimanche sur décision du comité de concertation, ils étaient nombreux hier à protester au Mont des Arts à Bruxelles.

Certains acteurs ont d'ailleurs décidé de braver l’ordre de fermeture. Ils sont une septantaine d’établissements en Wallonie et à Bruxelles à accueillir du public. C’est notamment le cas des cinémas de l’ASBL des Grignoux.

Des salles de cinéma grandes ouvertes

Les portes des salles du Parc, du Churchill, de la Sauvenière à Liège ainsi que du Caméo à Namur sont grandes ouvertes depuis ce dimanche pour accueillir les spectateurs. Et ils étaient nombreux à être au rendez-vous pour soutenir le secteur comme l’a remarqué Laurence Hottart, chargée de communication de l’ASBL des Grignoux : "On a eu énormément de monde hier. Nous avons accueilli plus de 1300 spectateurs sur toute la journée. On a rarement eu une telle fréquentation. Ils étaient très reconnaissants. Les gens nous comprennent, nous soutiennent, nous disent merci d’être présents et de rester ouverts. On a senti une merveilleuse solidarité et une très belle fierté aussi. C’est d’autant plus extraordinaire qu’on est en jauge réduite, évidemment."

Ouverts mais avec des mesures de sécurité

Jauge réduite mais aussi aération, Covid Safe Ticket, masques, gel hydroalcoolique et distanciation sociale sont de mises pour assister à des films en salle. Les cinémas ne remettent pas en cause les mesures de sécurité qui étaient prises jusque-là par le gouvernement : "Il était hors de question de braver ces mesures", explique Laurence Hottart. "On doit tous faire un effort, évidemment. On le fait, les gens le respectent, mais on veut simplement continuer à faire notre travail, à ouvrir nos lieux et à garantir la sécurité dans nos lieux."


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Néanmoins, la dernière décision de fermer les lieux culturels et de ne plus pouvoir accepter de spectateur en salle est inacceptable pour les Grignoux, qui ont décidé de ne pas respecter la loi et d’ouvrir pour assurer leur mission : "Pour nous, cette décision est inique, injuste et tout à fait arbitraire", dénonce la chargée de communication. "On ne fait que notre travail d’agent de la culture. On est là pour ouvrir les esprits, pour proposer de la culture au public, aux spectateurs. Et donc, en restant ouverts, on fait ce qu’on nous demande de faire. Je n’ai pas eu l’impression d’être hors la loi hier et je pense que les gens n’avaient pas cette impression-là non plus."

Crainte de sanctions et de fermeture

Pourtant, en ne respectant pas les mesures prises par le gouvernement, l’ASBL s’expose à des sanctions. Jusqu’ici, l’ouverture des salles n’a pas eu de conséquences pour les Grignoux et Laurence Hottard espère que les politiques se montreront tolérants face à la situation : "On espère en tout cas que les autorités locales seront compréhensives et qu’elles nous laisseront travailler. L’idéal serait évidemment de pouvoir continuer pendant toutes les vacances de Noël à accueillir le public dans des conditions, je le répète, tout à fait sécurisées".

Les politiques "le cul entre deux chaises"

Et du soutien, de nombreux politiques l’ont octroyé. Plusieurs bourgmestres ont d’ailleurs fait acte de bienveillance face aux déboires du secteur culturel. Mais la situation reste tout de même délicate pour les mandataires locaux qui sont tenus de faire respecter la loi. Un jeu d’équilibriste particulièrement difficile pour le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot, qui dénonce des mesures illogiques : "L’incohérence des décisions gouvernementales va plonger tous les mandataires locaux, au premier rang desquels les bourgmestres, dans des situations bien embarrassantes", révèle l’élu cdH. "Sur le fond, évidemment, on s’indigne autant que les acteurs culturels de cette décision qui n’a ni queue ni tête, mais nous sommes aussi tenus de veiller à ne pas cautionner pour autant les actes de désobéissance civile. Et donc, on va à nouveau être le cul entre deux chaises".

Crainte que le laxisme ne crée un précédent

Ce que craint le bourgmestre, c’est que la bienveillance accordée au secteur de la culture ne crée un précédent et que d’autres secteurs espèrent eux aussi un laxisme des autorités : "Il est évident que je ne vais pas envoyer la police avec les matraques, mais d’un autre côté, on ne peut pas non plus être uniquement dans le laisser faire, parce que sinon, demain, on va peut-être avoir les HoReCaistes qui vont considérer que 23 heures n’est pas une heure qui leur convient et qu’il faut alors faire de la désobéissance civile, on va avoir les clubs de sport qui vont dire qu’ils ne veulent pas non plus fermer les buvettes, et après c’est la chienlit. On va donc être tenus, quoi que nous puissions penser de l’imbécillité ou non, de la crédibilité ou non des mesures décidées, comme officiers garantissant l’ordre public, à ce que ces mesures soient respectées."

L'invité de Matin Première: Maxime Prévot, président du cdH

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Rappel à l’ordre

La tolérance pourrait donc ne pas durer. D’autant plus que la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden, a annoncé que le centre de crise avait pris contact avec les dix gouverneurs de province du pays, ainsi que le ministre-président bruxellois, pour rappeler qu’ils doivent faire appliquer les décisions du dernier comité de concertation.

Le malaise politique est en tout cas palpable face aux actions de la culture et le soutien du public. Ce dimanche, ce sont 5000 personnes selon la police, 10.000 selon les organisateurs, qui se sont réunis au Mont des Arts à Bruxelles pour protester contre les mesures du CoDeCo.

Le malaise, les hommes politiques se le créent tous seuls.

Pour Annie Bozzini, vice-présidente de la FEAS (Fédération des Employeurs des Arts de la Scène) et directrice générale et artistique de "Charleroi danse", les politiques sont responsables de ce malaise qui a induit un mal-être chez de nombreuses personnes : "Le malaise, les hommes politiques se le créent tous seuls. Ils n’ont pas besoin de nous pour se créer des malaises. Il y a une forme de malaise politique qui devient, pour la population et pour les gens, du mal-être. Je crois qu’il faut faire attention parce que la coupe est en train de déborder."


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Laurence Hottard, elle, regrette la décision brutale du gouvernement et la gestion de crise qui crée des tensions entre les différents secteurs : "On nous a asséné cette décision comme ça, d’un coup, d’une manière extrêmement démagogique mercredi soir. Je pense que l’effort doit donc être collectif et on ne peut pas, en tant que dirigeant politique, décider comme ça, en quelques heures, de sacrifier un seul secteur et de dresser les secteurs les uns contre les autres. Les secteurs professionnels sont dressés les uns contre les autres et c’est dramatique."

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