Déverser dans le Pacifique des eaux provenant de la centrale nucléaire ?

Les citernes remplies d'eau contaminée, sur le site de Fukushima Daiichi.

© KAZUHIRO NOGI - AFP

11 mars 2021 à 13:00Temps de lecture2 min
Par Bernard Delattre, correspondant à Tokyo

Déverser dans l'océan Pacifique 1,2 million de tonnes d'eau provenant directement de la centrale dévastée en 2011. Alors que cette eau est entrée en contact avec des débris et des barres de combustible nucléaire qui, dix ans après la catastrophe, sont toujours si radioactifs que seuls des robots peuvent les manipuler. Après sept ans de tergiversations, la décision de principe de procéder à un tel rejet en mer a été prise à Tokyo.

Mais elle tarde à être officialisée car plusieurs pays voisins – la Chine et la Corée du Sud, singulièrement – s'opposent catégoriquement à ce qui, à leurs yeux, constituerait une pollution majeure du milieu marin.

Ces eaux ont deux origines. Soit il s'agit d'eau de pluie ou d'eaux souterraines qui ont pénétré dans la centrale, celle-ci n'étant plus étanche depuis que le tsunami du 11 mars 2011 l'a saccagée. Soit c'est de l'eau avec laquelle on a arrosé la centrale pour éviter que les débris et le combustible nucléaires brûlants qu'elle contient depuis dix ans surchauffent, ce qui provoquerait un nouvel accident atomique.


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Quelque 140 tonnes d'eaux usées sortent chaque jour de la centrale et doivent être stockées dans des citernes gigantesques. En 2022, le site aura atteint sa capacité maximale de stockage, donc il faudra se débarrasser de ces eaux. A l'endroit où s'élèvent les citernes, on devra entreposer les milliers de tonnes de déchets que le chantier de démantèlement de la centrale générera.

Du poisson au tritium ou au carbone

Le gouvernement japonais répète en boucle que " le rejet en mer de ces eaux serait sans conséquence environnementale ou sanitaire " dans la mesure où elles ont été traitées. On en a extrait les 62 nucléides radioactifs qu'elles contiennent... sauf deux : le tritium et le carbone 14, dont la radiotoxicité serait faible. " Toutes les centrales nucléaires du monde rejettent du tritium en mer, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) ayant toujours validé cette pratique ", argumente l'opérateur de la centrale de Fukushima.

Problème : en 2018, dans ces eaux qui étaient censées avoir été quasi entièrement décontaminées, on a retrouvé des isotopes radioactifs autrement plus dangereux : du césium, du ruthénium ou du strontium, par exemple. Dès lors, d'après tous les sondages, les Japonais s'opposent à ce que le contenu des citernes – l'équivalent de 500 piscines olympiques – soit déversé dans le Pacifique.

C'est particulièrement le cas à Fukushima. " Pour nous, ce serait le coup de grâce ", s'affole, ainsi, le responsable d'une coopérative de pêcheurs. " Après cela, qui voudra encore acheter nos poissons ? Ils seront invendables : tout le monde se méfiera ". Dans les stations balnéaires de la région, pareillement, le projet ne passe pas. " Quel touriste osera venir se baigner dans cet océan contenant des eaux venant de la centrale ? ", interroge, " extrêmement inquiet ", l'exploitant d'un petit hôtel situé en bord de mer.

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