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DIIV : "J’en suis venu à me demander ce que cela signifiait d’être un musicien"

DIIV fête les 10 ans de leur premier album Oshin ce 26 juin 2022.
25 juin 2022 à 18:09Temps de lecture5 min
Par Renaud Verstraete

DIIV, 10 ans déjà ! Le groupe new-yorkais fête, en ce 26 juin, le 10e anniversaire de son premier album "Oshin". Un condensé de guitares voluptueuses, de mélodies catchy et de voix éthérées qui aura marqué une génération biberonnée à la dream pop des 2010’s. Lors de leur récente venue au Botanique, la bande de Zachary Cole Smith est revenue sur cet anniversaire tout en laissant entrevoir la suite… Rencontre.

Comment allez-vous ? Cela fait du bien d’être de retour sur la route en Europe et de démarrer votre tournée européenne au Botanique à Bruxelles ?

Andrew : Tout roule, on est assez jetlagué donc les bonnes ondes ont encore un peu de mal à parvenir jusqu’à nous (rires). Mais c’est super d’être de retour en Europe, surtout après la pandémie. J’ai eu l’occasion d’aller à Paris il y a quelques mois. Les autres ne sont plus revenus ici depuis mars 2020, lorsque l’on avait dû rentrer chez nous au milieu de notre tournée européenne.

Cole : J’adore cet endroit (ndlr : le Botanique). Je suis venu ici passer ma lune de miel pour voir Alex G. Je pense d’ailleurs qu’une des premières fois où on a joué en Europe, c’était dans le Witloof Bar. Je me souviens de cette petite salle avec ses colonnes. On s’y sent presque comme à la maison (rires).

Vous revenez sur scène après deux ans de pandémie. Comment avez-vous occupé votre temps pendant cette période ?

Colin : J’ai fait beaucoup de jardinage pendant les 9 premiers mois de la pandémie. J’ai vraiment vécu ça comme une période de solitude. J’ai fêté mon anniversaire seul, un mois après le début du confinement. Les deux seules personnes que j’ai vues étaient Cole et sa femme Danny, qui habitaient à deux pâtés de maison de chez moi à Los Angeles.

Cole : On t’avait apporté des pizzas, je me souviens (rires). Avec le groupe, on est quand même restés fort occupés. Vu que l’industrie musicale s’est arrêtée net, on a dû retourner à une approche plus DIY. On a recommencé à faire nos propres vidéos, à s’enregistrer nous-mêmes. On a commencé un podcast aussi, comme tout le monde pendant cette période. On parlait de Sonic Youth pendant 12 heures d’affilée (rires).

Colin : C’est dur de résumer ce qu’il s’est passé durant ces deux années. Maintenant, on a presque l’impression qu’il s’agissait de 2 années normales. Finalement le temps passe, qu’il y ait une pandémie mondiale ou non…

DIIV, de gauche à droite : Zachary Cole Smith, Ben Newman, Andrew Bailey, Colin Caulfield
DIIV, de gauche à droite : Zachary Cole Smith, Ben Newman, Andrew Bailey, Colin Caulfield Yuki Kikuchi

D’un point de vue créatif, c’était une période productive ?

Ben : Durant la première année, je n’ai rien su faire de créatif. C’était très étrange…

Cole : On s’est senti détachés les uns des autres alors qu’on a l’habitude de se pousser les uns les autres en termes de créativité et de productivité. Il y avait une ambiance très fermée, presque claustrophobe, et ça a affecté la musique que l’on composait à ce moment-là. Au début, toute cette vibe surnaturelle paraissait vraiment cool. Ensuite, c’est devenu un peu étrange. Et puis on a commencé à entrevoir à quoi ressemblerait la vie après la pandémie et à quel point on avait tous changé en deux ans.

Colin : Personnellement, j’ai dû prendre une longue pause introspective. Je me suis posé beaucoup de questions sur qui je suis et ce que cela signifie d’être musicien. Parce que dès que tu enlèves les tournées et la machinerie de l’industrie musicale, tu dois affronter les raisons qui te poussent à faire de la musique au quotidien. Si ce n’est pas pour les gens… Ça a ouvert la porte à un long questionnement. J’ai eu un peu de mal à appréhender tout ça pendant les premiers mois.

Est-ce que vous avez trouvé des réponses à ces questions ?

Colin : En partie. On est tous musiciens de tournées depuis 10 ans maintenant. On s’est fait à ce mode de vie. Je pense que cette période d’introspection, on l’a tous vécue durant la pandémie. Tout le monde a vu son train-train quotidien chamboulé.

Cole : Et maintenant, le retour à la vie normale est vraiment étrange. Les gens reviennent nous voir en concert et on se surprend à se demander : "Qu’est-ce qu’ils font ? Pourquoi est-ce qu’ils nous regardent ? A quoi sert-on ? Est-ce du divertissement ? Apporte-t-on quelque chose de plus ?" On a beaucoup réfléchi à tout ça ces derniers mois.

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Votre dernier album Deceiver est sorti en 2019. Êtes-vous en train de travailler sur son successeur ?

Andrew : Ça prend forme mais le prochain album n’est pas encore terminé. Je ne sais pas… On dirait que l’on emprunte plein de chemins différents avec cette nouvelle musique mais en allant dans une même direction.

Cole : Je parlais du sentiment de claustrophobie liée à la pandémie tout à l’heure. Finalement, cela se reflète d’une manière plutôt cool dans ces nouveaux morceaux. Ça fait partie entière du son que l’on développe actuellement.

Ce nouvel album a l’air d’être un peu plus mystérieux… Doit-on s’attendre à un retour aux sons vaporeux des débuts ?

Colin : Je pense. Enfin, on n’a pas encore beaucoup de recul là-dessus parce que comme l’a dit Andrew, rien n’est encore concret. Mais on a beaucoup travaillé pour conceptualiser ce que l’on a envie d’explorer avec ce prochain disque. De manière générale, "Oshin" le premier album que Cole a enregistré est un des albums les plus mystérieux que j’ai entendu. C’est un album évasif, difficile à cerner. Avec notre dernier album "Deceiver", on s’est un peu éloigné de tout cela. Cette fois-ci, je pense qu’on a tous envie d’écrire un album dans lequel on aurait envie de se plonger et de se perdre. Qui sait ?

La pochette d'"Oshin", inspirée par les dessins de l’artiste inuit canadien Kiakshuk.
La pochette d'"Oshin", inspirée par les dessins de l’artiste inuit canadien Kiakshuk. DIIV – Kiakshuk

"Oshin", votre premier album fête ses 10 ans ce 26 juin. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Cole : Je ne sais pas. C’était très marrant de réécouter "Oshin" récemment. J’essaie toujours de comprendre ce qui fait que cet album fonctionne autant et j’essaie de réapprendre à faire ce que l’on a pu faire à l’époque. J’ai l’impression que c’était il y a bien plus de 10 ans. Mais j’ai aussi l’impression que c’était hier. C’était le début d’une sacrée aventure en tout cas (rires). Pour cette tournée-ci, on joue des morceaux de ce premier album qu’on avait jamais vraiment joué auparavant.

Juste avant de sortir "Oshin" il y a 10 ans, vous avez changé l’orthographe de votre nom de groupe pour "DIIV". Selon vos explications de l’époque, le nom "Dive" étant déjà pris par un projet belge des années 90. C’est bien cela ?

Andrew : Cole, je pense que tu devrais raconter la vraie histoire.

Colin : Oui, ça fait assez longtemps maintenant (rires).

Cole : Bon, je l’avoue, cette explication n’était qu’à moitié vraie. Il existe bien un groupe belge des années 90 qui s’appelle "Dive", c’est le projet d’un certain Dirk Ivers. A l’origine, on avait choisi "Dive" en référence au symbole de l’eau et à un morceau de Nirvana du même nom. Quand j’ai booké mon premier concert, j’ai reçu une lettre de mise en demeure d’un groupe local de Jersey qui s’appelait déjà "Dive". Et le mec du groupe s’appelait Johnny Dive.

Andrew : Vraiment ? (rires)

Cole : Oui, il s’appelle vraiment Johnny Dive. Au début, on ne s’en est pas inquiété mais ce groupe a déboursé des centaines de dollars pour avoir le copyright sur leur nom et leur logo. On n’a pas eu d’autres choix que de changer de nom de groupe. Mais je ne voulais pas donner de la visibilité à ce groupe parce qu’ils avaient été insupportables avec nous. Je suis tombé sur le groupe belge nommé "Dive" et je me suis dit que c’était une bien meilleure histoire à raconter.

Andrew : D’ailleurs, la première fois que l’on a joué en dehors de New York, à Philadelphie, il y avait un groupe de personnes qui étaient venues pour l’autre Dive. Ils avaient fait des dizaines de kilomètres pour venir et ils avaient de quoi être déçus (rires).

"Oshin", le premier album de DIIV fête ses 10 ans le 26 juin et est réédité dans une édition deluxe chez Captured Tracks.

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