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Dimanche d'élections législatives en France : Emmanuel Macron va-t-il perdre sa majorité présidentielle ?

11 juin 2022 à 05:00 - mise à jour 12 juin 2022 à 08:36Temps de lecture4 min
Par Daniel Fontaine avec Jean-François Herbecq

Emanuel Macron et ses ministres ont lancé toutes leurs forces dans la bataille ces derniers jours : la majorité présidentielle française est menacée à l’Assemblée nationale. Les Français pourraient déjà sanctionner, ou limiter la marge de manœuvre du président qu’ils viennent de réélire.

Les électeurs retournent aux urnes ces dimanches 12 et 19 juin pour des élections législatives souvent considérées comme un troisième tour de l’élection présidentielle. Le 24 avril, Emmanuel Macron l’avait emporté par 58,5% des voix face à la candidate d’extrême droite Marine Le Pen.

Ensemble contre Nupes

Aujourd’hui, la coalition des formations qui soutiennent Emmanuel Macron (LREM, Modem, Horizons et Agir) s’est baptisée Ensemble. Son principal adversaire s’appelle Nupes (Nouvelle union populaire, écologique et sociale). Cette alliance inédite rassemble les partis de gauche (insoumis, socialistes, écologistes et communistes).

Les derniers sondages donnent les deux camps pratiquement à égalité pour le premier tour ce 12 juin, dans une fourchette de 26-28% des voix. Une enquête Elabe publiée vendredi pour BFMTV et l’Express place Ensemble à 27% et la Nupes à 26,5%. Un sondage Ipsos-Sopra diffusé jeudi par Radio France et France Télévisions attribuait 28% des intentions de votes à la Nupes et 27% à Ensemble.

Nervosité dans le camp présidentiel

Cette incertitude explique la nervosité qui s’est emparée du camp présidentiel, qui pensait sa majorité absolue à l’Assemblée assurée. Ce n’est plus le cas, même si es projections en sièges sont délicates à réaliser, en raison du mode de scrutin uninominal à deux tours.

Ce système favorise les formations bien implantées à travers toute la France et pénalise les petits partis. En l’absence de candidat ayant obtenu plus de 50% des voix, le second tour oppose les deux candidats arrivés premiers, et ceux qui ont obtenu au moins 12,5% des inscrits, ce qui donne lieu le plus souvent à des duels. Les reports de voix entre les deux tours sont périlleux à estimer.

Objectif : le cap des 289 sièges

Les sondeurs qui se risquent à esquisser l’apparence de la prochaine assemblée estiment qu’Ensemble devrait toujours être le premier groupe du parlement. Mais avec une fourchette allant de 260 à 300 élus, le groupe n’est pas certain de conserver sa majorité absolue (fixée à 289 élus sur les 577 sièges de l’Assemblée). Sans cette majorité absolue, le groupe présidentiel ne pourrait plus faire voter ses projets sans faire appel à un appui extérieur.

Pour éviter ce scénario, le chef de l’État s’est engagé dans la campagne. Emmanuel Macron a joué la carte de la dramatisation, en évoquant par exemple la remise en cause du rôle de la France au sein de l’Otan par "les extrêmes", au moment "où je parle avec la Russie qui massacre les civils en Ukraine". Il a demandé aux électeurs de lui donner une majorité "forte et claire" pour lui permettre de mettre en œuvre son projet présidentiel.

Besoin d’alliés

S’il n’atteint pas le cap des 289 sièges, le groupe Ensemble devra alors se tourner vers l’opposition, à gauche ou à droite, pour obtenir une majorité, structurelle ou au cas par cas.

A droite, Les Républicains, actuellement premier parti d’opposition, pourraient perdre la moitié de leurs élus (de 100 aujourd’hui à moins de 55), après le fiasco de leur candidate Valérie Pécresse à la présidentielle. Paradoxalement, cet échec électoral pourrait demain leur permettre de jouer l’appoint parlementaire dont le groupe présidentiel aura besoin, et de négocier chèrement leur appui.

A gauche, le leader des Insoumis Jean-Luc Mélenchon s’est imposé comme l’homme fort de la Nupes et principal opposant du président. Il a martelé son ambition d’imposer à Emmanuel Macron une cohabitation et de devenir lui-même Premier ministre. Une majorité absolue paraît hors de portée pour la Nupes, à en croire les enquêtes d’opinion.

"Une stratégie gagnante"

Mais la Nupes, qui rassemble les partis de gauche pour la première fois depuis 25 ans, est le phénomène qui a focalisé l’attention tout au long de la campagne. "La stratégie de Jean-Luc Mélenchon qui a consisté à rassembler les quatre grands partis de gauche au sein d’une coalition unifiée et à investir un candidat de cette Nupes dans chacune des circonscriptions, est une stratégie gagnante. En face, la campagne du Rassemblement National a été quasiment absente. Et celle de la majorité présidentielle est limitée dans son impact", analyse Pierre Mattiot, directeur de Sciences-Po Lille.

Le Rassemblement National de Marine Le Pen affiche une dizaine de points de retards sur les deux premiers groupes, aux environs de 20% des intentions de vote. Il multiplierait néanmoins plusieurs fois son nombre actuel de sièges, alors que le RN n’avait obtenu que huit représentants en 2017.

Remaniement ministériel

Quatorze ministres de l’actuel gouvernement se présentent aux législatives, y compris la nouvelle Première ministre Elisabeth Borne. C’est la première fois qu’elle se soumet aux suffrages des électeurs, dans une circonscription du Calvados a priori favorable à la majorité sortante. Les ministres qui ne seront pas élus devront quitter le gouvernement, ce qui entraînera un remaniement plus ou moins important en fonction des résultats du 19 juin.

Au terme d’une campagne électorale qui n’a pas soulevé les passions, on s’attend à un fort taux d’abstention.

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