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Dina Bensaïd, quand le destin s’en mêle

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21 janv. 2023 à 11:22Temps de lecture4 min
Par Berthe Tanwo Njole*, une chronique pour Les Grenades

Selon une étude réalisée par la musicologue Nathalie Krafft en 2020, sur 778 orchestres dans le monde, seulement 7,9% sont des femmes. Et la Belgique se retrouve à la tête du peloton avec 3 cheffes d’orchestre (Elim Chan, Kristiina Poska et Speranza Cappuci) ! Citons encore Marielle Cafafa, Glass Marcano ou encore Debora Waldman

C’est dans ce contexte que, le 11 décembre dernier, Brut Maroc publiait sur sa page Facebook une vidéo intitulée :"C’est la première femme à diriger un orchestre symphonique au Maroc. Elle s’appelle Dina Bensaïd".

Nous l’avons rencontrée pour en savoir plus sur son parcours.

En 2022, son destin a basculé…

Dina Bensaïd baigne dans le milieu de la musique classique depuis sa plus tendre enfance. C’est à l’âge de quatre ans qu’elle débute son apprentissage du piano. À 12 ans, elle gagne une bourse pour participer à une académie d’été à Nice.

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C’est là qu’elle est repérée par Jacques Rouvier, pianiste virtuose français et que leur collaboration débute. Il l’encourage à s’installer en France afin de se perfectionner. Très bonne élève, fréquentant un lycée privé, elle obtiendra son Bac S (Scientifique) avec mention et ira même jusqu’à recevoir une lettre d’acceptation pour une grande école d’aéronautique à Paris. Elle finira cependant par choisir la filière artistique…

Arrivée à Paris en juillet 2007, elle se heurte à l’administration française. Alors qu’elle doit trouver un lycée avec des horaires aménagés lui permettant de poursuivre sa formation musicale et parce que son dossier scolaire mentionne Langue Vivante Arabe (LVA), elle est placée en Zone d’Éducation Prioritaire (ZEP). Après avoir fait le tour de Paris à la recherche d’un lycée à horaire aménagé, elle finira par en trouver un et entrera au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.

Briser des murs

Souhaitant compléter sa formation de pianiste, elle passe un entretien pour apprendre la direction d’orchestre et rencontre Nicolas Brochot, célèbre directeur musical, très apprécié dans le milieu.

Son père, Farid Bensaïd, n’est autre que le président fondateur de l’Orchestre Philharmonique du Maroc (OPM), créé en 1996 et composé de quatre-vingts musiciens professionnels. L’OPM propose une cinquantaine de concerts chaque année dans différents formats. Elle intègre l’Orchestre Philarmonique du Maroc en 2003 et collabore régulièrement avec eux. Elle y a déjà une trentaine de concerts à son actif.

On se rend compte qu’il n’y a pas de frontière sociale dans la musique classique : c’est absolument universel !

Dina Bensaïd est une femme engagée, qui souhaite briser le mur entre la scène et le public et surtout rendre la musique classique accessible à tous.tes. D’ailleurs c’est elle-même qui présente ses récitals.

Elle est directrice générale de la Fondation Ténor qui gère différents programmes de musique classique au Maroc, dont Mazaya. Créé en 2012 à Rabat, ce projet socioculturel offre aux enfants déscolarisés et issus de milieux défavorisés, une formation musicale comme insertion socioprofessionnelle.

Le destin en marche…

Le destin s’invite une première fois dans la vie de Dina Bensaïd en 2010. Lors du festival Printemps Musical des Alizées d’Essaouira, le directeur du festival décide de partir deux mois avant le lancement de la nouvelle saison, André Azoulay, le fondateur du festival, n’hésite pas à lui confier les rênes et le poste de directrice artistique.

Elle y restera jusqu’en 2020, la crise du Covid ayant mis un terme à l’évènement. Entre-temps, elle est la première femme marocaine à être sélectionnée au prestigieux Concours Reine Elisabeth en 2016 et depuis 2021, elle est assistante cheffe d’orchestre de l’OPM.

On ne peut pas montrer que l’on doute quand on est à la place du chef

Puis le 16 octobre 2022, le destin frappe encore ! La soirée des concerts d’ouverture de la nouvelle saison de l’OPM, ayant pour thème le Fantastique, débute dans quelques heures, trois exactement. Le chef autrichien de renommée internationale, Wolfgang Doerner, est attendu impatiemment pour diriger ce concert qui marque le début des festivités.

Tout est prêt, les répétitions sont bouclées et les musiciens "au taquet" ! Le chef Doerner est dans le train qui doit l’emmener à Tanger mais malheureusement, il est victime d’un malaise. On se tourne vers Dina Bensaïd à qui on propose de le remplacer au pied levé ! La jeune cheffe restera aux commandes pour toute la série de concerts du Festival.

On a reçu des lettres du public demandant que je devienne la cheffe principale de l’orchestre !

Dina Bensaïd vient de rentrer dans l’histoire comme étant la première cheffe d’orchestre issue du monde arabe !

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*Berthe Tanwo Njole est une artiste pluridisciplinaire. Elle réalise également des capsules vidéo sur des personnalités, méconnu·es, oublié·es voire effacé·es de l’histoire pour les faire (re)découvrir au plus grand nombre. Elle partage pour Les Grenades des portraits de femmes qui l’inspirent.

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Les Grenades-RTBF est un projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias.

 

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