Week-end Première

Dire des gros mots, c’est bon pour la santé et c'est la science qui le dit !

Pasquale ramène sa science

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Dans une étude publiée en octobre, des scientifiques détaillent les bienfaits des jurons pour l’organisme. Le physicien Pasquale Nardone l’a décryptée pour nous.

La revue scientifique Lingua, consacrée à la linguistique, publie un article intitulé "Le pouvoir des jurons, ce que nous savons et ce que nous ne savons pas", proposé par une équipe scientifique britannique et suédoise.

On y apprend que les jurons produisent des effets physiologiques qui ne sont absolument pas observés dans d’autres formes d’utilisations du langage.

Parmi ces effets étonnants, on note une augmentation du rythme cardiaque et du rythme respiratoire, ainsi qu’une baisse de la douleur.

© Getty Images

Une décharge émotionnelle qui soulage

Une expérience a ainsi été réalisée en laboratoire, au cours de laquelle des personnes plongent leurs mains dans de l’eau glacée. Celles qui sont autorisées à jurer observent une nette différence de perception de la douleur. C’est la même chose lorsqu’on se frappe sur les doigts avec un marteau et que l’on jure, la sensation douloureuse est diminuée.

Dès que la personne se met à jurer, l’imagerie cérébrale montre que l’activité du système limbique – une région ancrée très profondément dans le cerveau, qui gère la peur, la mémoire, les émotions - connaît une catharsis, c’est-à-dire une décharge émotionnelle très importante.

On pense aussi aux jurons des automobilistes ou des usagers de la route, qui procurent une décharge émotionnelle apaisante.

Donc, dire des gros mots, ça fait du bien et c’est la science qui le démontre !

Comment se caractérise le juron ?

L’étude s’est intéressée à 3 grandes catégories de jurons, qui peuvent aussi se mélanger :

  • les jurons qui traitent de la religion,
  • les jurons qui touchent au sexe et aux parties sexuelles,
  • les jurons qui touchent aux excréments : le fameux pipi-caca-prout des enfants.

3 conditions sont requises pour qu’on puisse qualifier une expression de juron :

  • Il faut que ce soit un domaine tabou. Et qui dit tabou dit culturel. Le juron britannique n’est pas le même que le juron italien, qui n’est pas le même que le juron japonais.
  • Il faut produire une décharge émotionnelle, sinon le juron n’a pas d’effet.
  • Il doit avoir un sens qui peut être à la fois littéral et non-littéral. Le mot ne dit pas ce qu’il veut dire ou parfois, il dit exactement ce qu’il veut dire.

Il peut y avoir des glissements entre le juron et l’insulte. L’insulte est dirigée vers une personne mais peut parfois être déplacée et devenir un juron spécifique.

L’influence de l’éducation ?

L’étude passe en revue les faits biologiques et neurophysiologiques connus et en arrive aux hypothèses, étant donné qu’on ne sait pas encore vraiment pourquoi les jurons ont cet effet positif.

On constate d’abord que les effets positifs du juron ne sont pas observés si on les profère dans une langue qui n’est pas notre langue maternelle.

L’hypothèse de travail qui reste à démontrer est si ces effets positifs sont en lien avec l’éducation qui, dans toutes les cultures, réprimande les enfants lorsqu’ils utilisent les jurons : "Ce n’est pas bien, tu ne peux pas dire ça."

Cette interdiction que les adultes donnent à l’utilisation des jurons ou des insultes par les enfants implique que, lorsqu’ils vont utiliser ces expressions, il va y avoir une charge émotionnelle du mot interdit, explique Pasquale Nardone.

Il s’agit maintenant d’étudier si, à partir des jurons pratiqués par les enfants, puis du glissement vers l’adolescence et enfin au passage à l’âge adulte, les effets restent effectivement cohérents et sont bien transmis par cette éducation à la répression de ce type de langage.

L’histoire et la culture font évoluer les jurons, qui parfois perdent leur charge émotionnelle. On peut ainsi glisser de l’injure à un mot d’une banalité confondante, c’est le cas par exemple de bigre ou du coquefredouille employé au Moyen Âge.

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