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Week-end Première

Directeur d’école : un véritable entrepreneur

07 févr. 2022 à 11:26Temps de lecture3 min
Par Olivier Marchal

Si l’on attribue trop souvent encore le rôle du directeur ou de directrice d’école à une fonction disciplinaire, c’est méconnaître l’ampleur de ses missions et des challenges colossaux qu’il ou elle relève au quotidien. Avec Olivier Marchal, sociologue et directeur de la Cité des Métiers de Charleroi, on découvre ce métier aux défis paradoxalement méconnus du grand public.


Un métier qui a mis du temps pour s’imposer

Pourtant logique aujourd’hui, fin 19e siècle quand l’école devient obligatoire et se met à structurer le temps, l’espace et les rôles – dont le fameux maître d’école, la structuration en classe unique par village, ou bien les d’adossements des écoles sur des structures religieuses préexistantes, ne rendent pas nécessaire la fonction spécifique de direction. A l’époque d’ailleurs, quand d’autres classes ouvrent, on engage des maîtres-assistants, qui dépendent du maître d’école, mais sans plus. Tous se considérant d’abord comme une communauté d’enseignants sans véritable hiérarchie.

La suite, on la connaît : massification scolaire jusqu’à la moitié du 20e siècle, des écoles de plus en plus grandes avec des de plus en plus d’élèves et de professeurs, vont rendre le métier de directeur d’école absolument indispensable, jusqu’à être aujourd’hui près de 2100, pour 100.000 enseignants et 900.000 élèves.

 

Cœurs de Métier : l’Humain et le Pédagogique !

Quand on les interroge, c’est de cette manière qu’ils décrivent leur cœur de métier : l’humain d’abord : accompagner les élèves, les parents et les professeurs tout au long des parcours scolaires et face à des vies parfois compliquées. En témoigne ce directeur racontant le premier accueil d’un enfant, renvoyé d’un autre établissement, en total décrochage, en larme dans son bureau et réclamant une dernière chance et le pari que c’est pour une école, de la lui accorder. Et quelques années plus tard, pari gagnant/pari gagné, lui remettre son diplôme sous les yeux de ses parents et professeurs émus et fiers du chemin parcouru.

Deuxième dimension centrale : le Pédagogique, afin que les cours enseignés soient, dans la forme et dans les contenus, conformes aux standards de l’époque et conformes au projet pédagogique de l’école. Dimension absolument cruciale du métier de directeur, qui est pourtant loin d’être aisée. En témoigne cet échange où l’on apprend que si le contrôle de la qualité des cours donnés est prévu, en théorie, en réalité c’est rarement le cas. D’abord parce que tous les professeurs ne sont pas d’accord avec le principe et surtout parce que nos directrices et directeurs d’école n’ont absolument pas le temps de le faire.
 

Cœur de métier noyé

Ne pas avoir l’impression de faire ce pour quoi on est employé est une situation très répandue sur le marché du travail. Mais ici, nous sommes dans une situation quasi paroxystique : paperasses, nouvelles circulaires, nouveaux formulaires, nouvelles réglementations, pénuries de professeurs. Et deux années de pandémie n’auront certainement pas amélioré les choses.

Mais n’est pas tout car la gestion des bâtiments, du matériel, des travaux, la recherche de financement, la communication, la réputation de l’école, est aussi de leur ressort.

Du coup sans pour autant recevoir de préparation et de salaire adéquat, le directeur et la directrice d’école, sont en réalité et souvent sans le savoir : de véritables chefs d’entreprise.


De véritables chefs d’entreprise !

Chef d’entreprise ou manager. Ces termes sont assez inhabituels dans le monde de l’enseignement pour des raisons au moins autant liées à un légitime questionnement sur les finalités de l’éducation que dans un clivage mythologique entre l’école et le monde du travail.

Mais en regardant la réalité, sans filtres : garant de la qualité, de la production, de l’organisation, de la stratégie, des finances, de la communication, manager de crise et le tout dans un système libéral et concurrentiel (puisque les écoles sont financées au nombre d’élèves inscrits), force est de constater que la fonction de direction d’une école se rapproche clairement d’une fonction managériale et entrepreneuriale.

 

Un métier aux multiples visages

Malgré les parts d’ombres du métier, dont la presse se fait régulièrement et légitimement l’écho. Il y a aussi de belles parts de lumière. À travers les dizaines d’élèves qui grandissent chaque année et deviennent des citoyens plus responsables, bien engagés, et professionnellement compétents. Un métier riche des nombreux projets que l’on peut monter avec son établissement et les équipes pédagogiques. Un métier traversé de rencontres humaines fortes et durables.

Alors, si le cœur vous en dit, parce que car ce n’est pas le genre de métier qu’on fait par dépit, n’hésitez pas une seule seconde : engagez-vous et devenez sans en avoir l’air : entrepreneur scolaire !


Plus d’infos sur ce métier ou sur tant d’autres, connectez-vous du lundi au vendredi, de 9h à 12h, sur Miti : la plateforme d’orientation en ligne entièrement gratuite de la Wallonie et de Bruxelles, ou bien via vos Cités des Métiers préférées : Bruxelles, Charleroi, Liège et Namur.

Toute ma vie j'ai rêvé d'être directeur.trice d'école

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