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Politique

Discours d’Elio Di Rupo sur l’Etat de la Wallonie : une région "en voie de redressement", malgré le covid et les inondations

18 mai 2022 à 07:36 - mise à jour 18 mai 2022 à 15:52Temps de lecture9 min
Par Jean-François Noulet

C’est un exercice qui revient désormais chaque printemps. Le ministre-président wallon, Elio Di Rupo, prononce son discours sur l’état de la Wallonie, devant les parlementaires wallons, ce mercredi à 10 heures.

Plus tard dans la journée, la parole sera donnée aux parlementaires qui réagiront à cette déclaration.

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Malgré les crises, la situation wallonne s’améliore

"La force naît de l’adversité et des souffrances", c’est par cette situation que le ministre-président wallon, Elio Di Rupo, a pris la parole face aux parlementaires wallons, pour souligner que de l’adversité et de la souffrance, "ces derniers temps, la Wallonie n’en a vraiment pas manqué".

Covid, inondations "catastrophiques" en juillet, guerre en Ukraine sont autant de coups durs que la Wallonie a dû encaisser. "Le gouvernement a fait face instantanément", a déclaré Elio Di Rupo, car son gouvernement "ne veut laisser personne au bord du chemin". Et de mettre en avant les résultats obtenus dans la lutte contre la pandémie, avec une campagne de vaccination qui a été "une grande réussite" et grâce aux efforts "de la population, du personnel soignant et de tous les pouvoirs publics".

Pour évaluer l’état de santé de la Région wallonne, Elio Di Rupo se base sur les statistiques de l’IWEPS, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique.

Il épingle ainsi le taux de risque de pauvreté qui est passé de 2020 à 2021 de 18,2% à 17,7% et le taux de privation matérielle et sociale passé de 15,8% à 14,1% sur la même période. Le nombre de personnes qui bénéficient chaque mois d’un revenu d’intégration sociale évolue à la baisse depuis l’été dernier, selon le ministre-président wallon, soit moins de 70.000 personnes en décembre 2021. Cependant, pour Elio Di Rupo, "trop de ménages, trop de familles, trop de personnes seules continuent à subir la précarité".

Du point de vue économique, le taux de croissance annuel du PIB est redevenu positif en 2021 (5,7%). "Au dernier trimestre 2021, le PIB wallon a pratiquement retrouvé son niveau d’avant crise", estime Elio Di Rupo. Et en 2022, "les perspectives de poursuite de la reprise économique en Wallonie sont positives". L’IWEPS table sur une croissance économique de 2,5% en Wallonie cette année.

Il faut cependant "rester prudents", précise le ministre-président wallon. "Les effets négatifs, directs et indirects de la guerre en Ukraine commencent à se faire sentir", ajoute-t-il.

Cette reprise de l’activité économique à des niveaux semblables à la période précédent le Covid a eu des répercussions sur le marché de l’emploi avec, en 2021, "une forte augmentation de la demande de travailleurs au sein des entreprises", selon Elio Di Rupo et une croissance du nombre de personnes qui travaillent sur le territoire wallon (+1,7% par rapport à 2020). "Entre le début de l’année et la fin de l’année 2021, près de 30.000 emplois ont été créés", souligne Elio Di Rupo. Le nombre de demandeurs d’emplois inoccupés continue lui aussi de baisser, "sous la barre des 200.000 personnes en mars 2022". "Bien que trop élevé à mes yeux, il s’agit d’un niveau historiquement bas", se félicite Elio Di Rupo.

Toujours pour illustrer la santé de l’économie wallonne, Elio Di Rupo évoque la croissance des investissements privés en 2021 (+9%), des investissements publics (+13,8%), des exportations qui ont connu la plus forte augmentation annuelle depuis 2010 (+13,5%) et le taux de création d’entreprises (+12,5%), une évolution remarquable.

Elio Di Rupo met aussi en avant les indicateurs en matière d’environnement. En 2020, la Wallonie a émis 34 millions de tonnes de gaz à effet de serre, soit 38,5% de moins qu’en 1990. Et de préciser que les efforts vont se poursuivre grâce aux moyens financiers dégagés pour la rénovation énergétique des logements privés et des bâtiments publics. "Plus d’un milliard d’euros est réservé à cet effet dans le plan de relance", précise Elio Di Rupo. Création de réserves naturelles (plus de 1000 ha), plantation d’arbres (1,4 million), amélioration de l’offre de transports en commun sont les autres efforts soulignés par le ministre-président wallon.

"Une évolution favorable de la Wallonie"

"Malgré les différentes catastrophes et les nombreux coups de frein, la Wallonie est fermement engagée sur la voie du redressement", estime EIio di Rupo.

Le ministre-président épingle alors une série de mesures mises en œuvre pour soutenir les citoyens, les entreprises et les pouvoirs locaux.

"La réforme des aides à la promotion d’emploi (APE) a pérennisé plus de 65.000 emplois à haute valeur sociale ajoutée", rappelle Elio Di Rupo. Du côté de la petite enfance, les plans du gouvernement prévoient "l’ouverture de 3143 nouvelles places d’accueil", ajoute-t-il. Du côté du non-marchand, c’est "un accord historique" qui permet "de revaloriser les salaires et les conditions de travail" dans ce secteur. L’accompagnement des demandeurs d’emploi est aussi mis en avant, avec des expériences pilotes s’inspirant du dispositif "territoires zéro chômeurs de longue durée". Elio Di Rupo met aussi en avant un nouveau "plan langues" orienté vers les métiers. "Le néerlandais y sera prioritaire", ajoute le ministre-président.

Le ministre-président wallon épingle aussi, dans le domaine économique, l’effort de près d’un milliard d’euros consacré en 2021 aux entreprises "pour leur éviter de sombrer à cause du Covid".

Il met aussi en avant d’autres mesures, comme les 220 millions d’euros consacrés au développement de l’économie circulaire ("Circular Wallonia") et le budget de 1,862 milliard d’euros destiné à aider les agriculteurs et soutenir le développement rural.

Le ministre-président rappelle aussi le développement du secteur du tourisme qui "se digitalise et se professionnalise", avec la marque "Visit Wallonia", "une transformation que le gouvernement soutient activement".

Plus loin dans son discours, Elio di Rupo a mis en avant le plan de relance de la Wallonie, "un plan de relance ambitieux". Il souligne "l’accord historique" conclu avec les partenaires sociaux qui, avec le gouvernement travaillent "ensemble, main dans la main, pour relancer la prospérité de la Wallonie".

Après les inondations : "le gouvernement a assumé ses responsabilités"

Dans son discours sur l’état de la Wallonie, Elio di Rupo est revenu sur les "terribles inondations" qui ont touché la Région wallonne en juillet 2021. "Le gouvernement a assumé ses responsabilités à l’égard des personnes sinistrées", estime-t-il.

Le ministre-président rappelle alors les négociations que le gouvernement wallon a menées avec les assureurs qui "auraient pu légalement se limiter à ne rembourser que 18% des dégâts subis par les citoyens qui pourtant étaient assurés", en raison d’une loi de 2014 qui permettait de limiter l’intervention des assurances en cas de catastrophes naturelles.

"Au terme d’une dure négociation, les assureurs ont doublé leurs interventions", rappelle Elio di Rupo. "Quant au gouvernement, il a apporté le complément financier d’un milliard d’euros", "un effort financier sans précédent", ajoute le ministre-président wallon. "C’est grâce au gouvernement wallon que les personnes sinistrées peuvent être indemnisées à 100%, selon les clauses de leurs polices d’assurance et les évaluations des experts", ajoute Elio di Rupo.

Le ministre-président rappelle aussi que "les personnes non assurées […] ne sont pas oubliées", grâce à "une intervention financière exceptionnelle du Fonds des calamités", dont le gouvernement wallon a renforcé les effectifs avec 34 personnes supplémentaires.

7700 demandes ont été introduites par les sinistrés des inondations de juillet 2021 auprès du Fond des calamités. 1170 ont fait l’objet d’une décision positive, indique Elio Di Rupo. Pour Plus de 3300 dossiers de demandeurs non-assurés, le Fond des calamités est encore en attente d’informations complémentaires.

Le ministre-président wallon rappelle aussi le soutien financier apporté aux pouvoirs locaux des communes sinistrées. "700 millions d’euros ont, jusqu’à présent, été réservés pour la reconstruction des zones sinistrées", précise Elio di Rupo.

Le ministre-président dit aussi avoir "pris acte" des 161 recommandations faites par la Commission d’enquête parlementaire relative aux inondations, en rappelant, au passage, ce que le gouvernement a déjà fait, notamment le renforcement de la collaboration avec l’IRM et la Direction de la gestion hydrologique.

Discours d'Elio Di Rupo sur l'état de la Wallonie: les inondations et conclusions de l'enquête parlementaire (18/05/2022)

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La guerre en Ukraine : accueil des réfugiés et défense européenne

Dans son discours, Elio di Rupo est revenu sur la guerre en Ukraine et ses conséquences.
"La guerre menée par Poutine change fondamentalement le paradigme de prospérité et de paix qui caractérisait l’Union européenne", estime le ministre-président. Pour lui, "l’Europe a besoin de se doter d’une défense capable de protéger, en cas d’agression, chaque citoyen européen, dont les citoyens wallons".

En attendant, la Wallonie "terre de solidarité, se doit d’accueillir les Ukrainiennes et les Ukrainiens qui fuient la guerre", estime Elio di Rupo. Il souligne le rôle de la solidarité citoyenne, l’action des communes. "Désormais, nous travaillons, avec les gouverneurs, à la création de places d’accueil dans des structures collectives", ajoute le ministre-président wallon.

Discours d'Elio Di Rupo sur l'état de la Wallonie: la guerre en Ukraine et l'accueil des réfugiés (18/05/2022)

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Le budget wallon : "maintenir la dette à un niveau supportable"

"La crise sanitaire et les inondations auront donc coûté, chacune, plus de trois milliards d’euros à la Wallonie", rappelle Elio di Rupo. Aujourd’hui, d’autres dépenses "imprévues viennent grever le budget de la Région tels l’accueil et l’accompagnement des réfugiés ukrainiens", ajoute EIio di Rupo.

Malgré cela, le gouvernement entend respecter la trajectoire budgétaire fixée en début de législature. "Notre ambition est de maintenir la dette à un niveau supportable", précise Elio di Rupo. Avec un objectif de "diminution progressive et cumulative du solde brut de minimum 150 millions d’euros par an", le gouvernement entame actuellement "l’exercice difficile de l’ajustement budgétaire""L’évolution des paramètres macroéconomiques nous est défavorable de plus de 140 millions d’euros", précise le ministre-président wallon.

En conclusion de son discours, Elio di Rupo répond à ceux qui critiquent l’action de son gouvernement. "La critique est aisée, mais l’art est difficile", dit-il. "Certains parlent de lenteur. Moi, je parle de résilience et de concrétisation", ajoute-t-il. Et d’inviter les députés "à redoubler d’ambitions pour la Wallonie" pour rendre "l’espoir aux femmes et aux hommes de Wallonie" et pour "tourner définitivement la page des difficultés". "La Wallonie est forte, la Wallonie est belle, la Wallonie s’en sortira", "par le haut", conclut le ministre-président wallon, sur un ton optimiste.

Discours sur l’état de la Wallonie: l’allocution complète d’Elio Di Rupo (18/05/2022)

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L’avis des différents groupes parlementaires

Après-midi, l’heure était aux critiques ou remarques des différents groupes politiques qui constituent le Parlement wallon.

Pour le PTB, le chef de groupe, German Mugemangango épingle "la ligne politique du gouvernement wallon", "une ligne politique libérale". "L’investissement public, ce serait du communisme ?", se demande le député PTB, en critiquant les soutiens prévus par le gouvernement wallon aux grandes entreprises. "Il est temps de changer de politique, d’avoir une politique d’investissements publics", estime le député PTB.

Pour le PS, le Chef de groupe, André Frédéric a critiqué la position du PTB. "Vous continuez à canarder du haut. Vous n’avez pas de responsabilités à prendre, simplement dire que tout va mal", réagit André Frédéric, reprochant au PTB d’avoir refusé de monter au gouvernement wallon en 2019. Pour le chef de groupe PS, "évidemment que la Wallonie a subi un certain nombre de crises historiques", déclare André Frédéric. Mais, estime-t-il, en prenant l’exemple des inondations de juillet 2021, "il faut bien admettre que la Région a réagi de façon massive". "Notre région est donc blessée mais paradoxalement, il y a des moyens", ajoute André Frédéric, "7,5 milliards d’euros pour cette relance".

Pour Les Engagés, François Dequesnes avertit le gouvernement wallon. "C’est la fin de l’argent facile", lance-t-il, en référence à la situation budgétaire de la Région wallonne. Il y a pour lui, une "situation intenable". Il invite le gouvernement à "tenir bon" par rapport à sa promesse de réduire les dépenses de l’ordre de 150 millions par an. Pour cela, estime le chef de groupe des Engagés, il faut "des réformes structurelles". "Nous ne les voyons pas à ce jour", déclare-t-il. Il s’inquiète aussi de la dégradation de la note de la Région wallonne auprès des agences de notation. La Wallonie est aujourd’hui "dans la même catégorie que le Botswana, la Lettonie et la Malaysie", avance le député "Engagé" pour qui il ne faudrait pas descendre encore plus de catégories.

Pour le MR, Jean-Paul Wahl, dans la majorité, explique que "nous sommes conscients des défis qui nous attendent", en référence à la fin annoncée, dès 2024, de certains transferts entre le Nord et le Sud du pays. Pour lui aussi, il faut "tenir la barre" des 150 millions d’économie structurelle par an. Le chef de groupe MR insiste aussi sur la nécessité d’augmenter le taux d’emploi. "On ne va pas affronter les défis climatiques sans augmenter le taux d’emploi", estime-t-il. Il s’étonne d’ailleurs qu’en Région Wallonne "un certain nombre d’emplois attendent qu’ils soient remplis". Il faut, selon lui, "promouvoir une révolution des mentalités", car "on ne peut construire un projet de vie sans récolter les fruits de son travail", a-t-il ajouté.

Pour Ecolo, Stéphane Hazée salue l'"évolution positive du taux d’emploi dans un contexte difficile", même s’il reste bas. Cela dit, pour lui, il reste "des indices de pauvreté trop élevés". Par exemple, "un Wallon sur cinq vit dans un logement avec des problèmes d’humidité", relève le député Ecolo. Le député Ecolo souligne aussi la proportion de jeunes de 18 à 24 ans qui ne sont pas à l’emploi, aux études ou en formation. Il se félicite cependant que le nombre de Wallons qui travaillent en Flandre soit en augmentation, selon le Forem. Sur le plan environnemental, le député Ecolo met en avant les décisions du gouvernement, notamment par rapport aux réserves naturelles ou à la plantation d’arbres et de haies. Il insiste aussi sur les enjeux du défi énergétique.

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