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Politique

Discours du roi Philippe au Congo : des "profonds regrets" pour un "régime colonial" basé sur "l’exploitation" et "le racisme"

08 juin 2022 à 12:10 - mise à jour 08 juin 2022 à 15:14Temps de lecture4 min
Par Jean-François Noulet

Le roi Philippe, accompagné de la reine Mathilde, du Premier ministre Alexander De Croo et d’autres membres du gouvernement, est en visite officielle au Congo depuis mardi.

Ce mercredi 8 juin, le programme est chargé avec, d’abord, une cérémonie au Mémorial des anciens combattants ponctuée d’une remise de décoration, à l’ultime survivant des vétérans congolais de la Seconde guerre mondiale. Cette cérémonie a été suivie d’un déplacement au Musée national de Kinshasa, où la délégation belge a remis officiellement une première œuvre, un masque africain de grande taille sorti des collections du musée de l’Afrique centrale de Tervueren et qui est prêté au Congo (en attendant qu'une loi soit votée pour le donner à titre définitif) première restitution d’importance à la RDC.

En milieu d’après-midi, la délégation était attendue au Palais de la Nation, le palais présidentiel, pour un entretien avec le président Tshisekedi, puis au Palais du Peuple où le roi devait prendre la parole.

Ce moment a été décrit par l’organisation comme le celui où le roi devait revenir sur le passé colonial belge.

Il y a deux ans, le roi Philippe s’était exprimé sur le sujet dans une lettre destinée au président Tshisekedi. C’était le 30 juin 2020, à l’occasion du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, ancienne colonie belge. Dans sa lettre, le roi avait exprimé ses "plus profonds regrets" pour les "blessures" de la colonisation.

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"Mes plus profonds regrets pour les blessures du passé"

Ce premier discours prononcé par le roi Philippe lors de son premier voyage au Congo était très attendu.

62 ans après l’indépendance du Congo, le roi est revenu sur "cette page essentielle de leur histoire commune" que le Congo et la Belgique ont tournée, proposant au Président congolais d’écrire un "nouveau chapitre ensemble".

Si la Belgique et le Congo se tournent vers l’avenir, c’est, a dit le roi, "sans oublier le passé, mais en l’assumant pleinement, afin de transmettre à la nouvelle génération une mémoire réfléchie et pacifiée de notre histoire commune".

Pour le roi Philippe, "bien que de nombreux Belges se soient sincèrement investis, aimant profondément le Congo et ses habitants, le régime colonial comme tel était basé sur l’exploitation et la domination".

Et d’évoquer "une relation inégale", "injustifiable", "marquée par le paternalisme, les discriminations et le racisme". Le régime colonial belge au Congo "a donné lieu à des exactions et des humiliations", a souligné le roi Philippe.

Les spéculations allaient bon train sur ce qu’allait dire le roi à ce sujet : présenterait-il des excuses ou formulerait-il des regrets ? C’est la deuxième option qui a été choisie. "Je désire réaffirmer mes plus profonds regrets pour ces blessures du passé", a déclaré le roi, "face au peuple congolais et à ceux qui aujourd’hui encore en souffrent". Ces regrets, le roi les avait déjà exprimés dans une lettre adressée au Président congolais, il y a deux ans, pour le 60e anniversaire de l’indépendance du pays.

Discours du roi Philippe en RDC : les regrets

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Préserver les frontières du Congo : une priorité

Dans son discours, le roi Philippe a aussi évoqué "la préservation de l’intégrité territoriale du Congo", "une préoccupation majeure que nous partageons".

"L’instabilité à l’Est du pays où règnent trop souvent une violence inhumaine et l’impunité, demeure une grande source d’inquiétude pour nous tous", a estimé le roi. "Cette situation ne peut plus durer", a-t-il ajouté. Et le roi d’assurer le Président congolais du "soutien de la Belgique" aux initiatives prises au sein des instances internationales visant à apporter "la stabilité et le développement harmonieux de l’Afrique des Grands Lacs".

"La reprise progressive de notre coopération militaire s’inscrit dans la même logique", a ajouté le roi.

Discours du roi Philippe en RDC :préservation territoriale et préoccupation majeure (instabilité à l’est du pays)

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La Belgique et le Congo ont des défis communs à relever ensemble

Le roi a ensuite souligné les "liens interpersonnels riches et variés" tissés entre le Congo et la Belgique, qui doivent aider à "construire ensemble l’avenir".

Il a alors fait référence aux Belges d’origine congolaise qu’il "rencontre régulièrement" et qui "contribuent intensément à la vie sociale, économique et culturelle de la Belgique". Le roi a aussi souligné le rôle des soldats congolais qui ont combattu, aux côtés des soldats belges, sur les champs de bataille des deux guerres mondiales. "Nous avons un devoir de mémoire à l’égard de leur sacrifice", a estimé le roi qui a décoré ce matin de l’ordre de la Couronne le dernier ancien combattant congolais de 40-45.

Pour le roi, "des réalisations constantes unissent nos deux pays encore aujourd’hui", faisant référence aux domaines de la santé et de l’éducation. Un Belge et un Congolais, les docteurs Muyembe et Piot, ont, a rappelé le roi, découvert le virus Ebola. Un exemple qui prouve que "nous avons tout intérêt à unir nos forces pour répondre ensemble à nos nombreux défis communs", a estimé le roi Philippe, plaidant pour "un grand sens de la collaboration, un vrai partenariat d’égal à égal, et une créativité à la hauteur des défis actuels".

Le roi a alors souligné les "efforts" du Président congolais "pour remettre le Congo sur la carte du continent", en dialoguant avec les pays voisins pour chercher des solutions aux problèmes de la région.

Relancer la coopération

C’est dans ce contexte que le roi a abordé le sujet de la coopération. "L’avenir des générations futures, en Europe et en Afrique, dépend en grande partie de notre capacité, dès aujourd’hui, à coopérer en ce sens, avec lucidité et conviction", a déclaré le roi Philippe. Quant à la coopération entre la Belgique et le Congo, qui "a connu des hauts et des bas" et qui, "ces dernières années, avait même perdu de son dynamisme", "il était temps de la faire revivre", a souligné le roi, le Congo restant le partenaire le plus important de la Belgique en Afrique.

"Nous voulons souligner que la Belgique continuera de soutenir toutes les initiatives qui contribuent au bien-être de votre pays", a ajouté le roi. Il s’agit pour lui d’initiatives qui "offrent au peuple congolais un surcroît tellement nécessaire de bonne gouvernance, de prospérité, de santé, de sécurité et de justice", a-t-il poursuivi.

Pour le roi, l’engagement de la Belgique vis-à-vis de la RDC reste "celui d’un soutien ferme à la stabilisation et la démocratisation du pays ainsi qu’au respect des droits humains" a précisé le roi, rappelant les atouts dont dispose le Congo : sa biodiversité, ses forêts primaires importantes pour la captation de CO2, les ressources de son sol et son grand potentiel hydroélectrique.

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