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Disparue depuis 30 ans en Wallonie, la rainette verte est réintroduite en Famenne et en Gaume

La reinette verte est un précieux allié de la biodiversité
La reinette verte est un précieux allié de la biodiversité Aurélie Robise

C’est un véritable événement pour les naturalistes. Ce samedi après-midi, quelque trois cents rainettes vertes ont été lâchées dans la réserve naturelle domaniale "Haut-Brûlé", à Marche-en-Famenne. Des mares y ont été creusées pour qu’elles y trouvent un terrain favorable pour vivre et se reproduire.

Ce type de biotope avait malheureusement disparu vers la fin des années 80, avec le changement des pratiques agricoles, entraînant avec lui la disparition de cette petite grenouille grande d’à peine trois ou quatre centimètres.

"Elle passe onze mois de l’année à terre mais, un mois par an, elle a besoin de mares pour se reproduire. Et ces mares agricoles avaient quasiment toutes disparues, avec la généralisation de l’utilisation des grands abreuvoirs dans les fermes", explique Charles Carels, volontaire du pôle Raînne de Natagora.

Les volontaires de Natagora ont réaménagé des mares pour accueillir les reinettes
Les volontaires de Natagora ont réaménagé des mares pour accueillir les reinettes O. Badart

On ne réintroduit pas une espèce n’importe comment ni à tout prix

Réintroduire une espèce dans la nature est un processus exceptionnel et soumis à de nombreuses règles : "Après la réintroduction du saumon dans les rivières, c’est le deuxième cas officiel. Ici, Natagora a introduit une demande à la Région wallonne, avec un tout un dossier, qui permet de se lancer avec certaines garanties. Il ne faut pas gâcher un matériel biologique rare, ce sont des espèces menacées. On ne peut pas non plus détenir et transporter des animaux de façon spontanée. Il y a une législation à respecter", rappelle Philippe Goffart, attaché scientifique au Département d’étude du milieu naturel et agricole de la Région wallonne.

"Le dossier nous a pris plus de deux ans à établir, confirme Charles Carels. Il a fallu chercher les milieux qui pourraient convenir. Avant de réintroduire, il faut connaître les raisons pour lesquelles l’espèce a disparu et vérifier que cela a bien été corrigé. Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas la peine de faire la démarche de réintroduire une espèce".

En pouponnière au domaine des Grottes de Han

Les grenouilles ont d’abord grandi dans des terrariums
Les grenouilles ont d’abord grandi dans des terrariums S. Vandreck

Pour mener son projet à bien Natagora, a reçu l’aide logistique de parcs animaliers et de leurs soigneurs. Au domaine des Grottes de Han, quatre mille œufs de reinettes ont ainsi été pris en charge.

"Nous avons reçu les pontes, les avons fait éclore et amenées jusqu’à leur métamorphose, jusqu’à ce qu’elles puissent retourner aujourd’hui dans leur milieu naturel", précise Etienne Brunel, responsable animalier du domaine. Nous avons obtenu des résultats exceptionnels, puisque nous avons obtenu deux mille grenouilles. Dans la nature, 95% de la production aurait disparu".

Les soigneurs, accompagnés d’autres membres du personnel, ont veillé à la qualité de l’eau, et les ont nourris et surveillés en permanence. Les œufs proviennent d’une réserve naturelle du Limbourg, où les populations de rainettes vertes ont été préservées, de justesse.

"Elles avaient presque disparu en Flandre. Il restait seulement quelques individus il y a une dizaine d’années, rappelle Loïc Vandooren, de l’Institut flamand de recherche pour la nature et les forêts. On a donc creusé beaucoup de mares et fait attention aux alentours, et aujourd’hui la population est en train d’augmenter de manière exponentielle".

Des bassins installés à l’extérieur reproduisent les conditions de l’habitat naturel dans lequel elles vont être relâchées
Des bassins installés à l’extérieur reproduisent les conditions de l’habitat naturel dans lequel elles vont être relâchées S. Vandreck

Une opération menée sur trois ans

Il faut trois à quatre ans pour que cette grenouille atteigne l’âge adulte et puisse se reproduire. C’est pourquoi les élevages en captivité et les lâchers dans la nature vont se poursuivre en 2023 et 2024.

Quatre sites ont été sélectionnés : trois en Famenne et un en Gaume. Plusieurs milliers d’individus seront réintroduits.

Les volontaires de Natagora vont continuer à surveiller leur évolution dans leur milieu naturel. L’intérêt de réintroduire cette espèce n’est pas uniquement de pouvoir observer cette petite grenouille verte dans son milieu naturel.

"C’est surtout le biotope que fréquente la rainette, qu’on va développer pour elle, qui va être favorable à des tas d’autres petits animaux qui font partie de la biodiversité, et qui se font plus rares, beaucoup de libellules notamment".

Si l’expérience est un succès, la rainette verte pourrait être réintroduite sur d’autres sites.

300 individus ont été relâchés sur le site de Marche-en-Famenne, 2000 en tout sur les différents sites
300 individus ont été relâchés sur le site de Marche-en-Famenne, 2000 en tout sur les différents sites O. Badart

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