Cinéma - Belge

Documentaire : “Ailleurs, Partout”, le récit hors-champ d'un jeune migrant

© Dérives

18 nov. 2021 à 16:45Temps de lecture1 min
Par Adrien Corbeel

Dans leur dernier documentaire, Isabelle Ingold et Viviane Perelmuter donnent une étrange résonnance au récit d'un Iranien qui a fui son pays.

C'est surtout par le biais de fragments sonores que “Ailleurs, Partout” nous relate l'histoire de Shahin, un jeune réfugié qui est parti d'Iran et s'est exilé en Angleterre. On entend tout au long du film sa voix, des conversations téléphoniques avec sa mère, des extraits de son entretien avec l'office d'immigration, des dialogues avec les cinéastes, une narration, etc. À certaines occasions, des textos et des messages de chat s'inscrivent à l'écran, mais ce sont les seules traces concrètes du jeune homme qui seront visibles à l'image. Du champ visuel offert par le film, il est absent. Pas une seule fois son visage ou son corps n'apparaîtront.

Pendant les 63 minutes du documentaire, on verra surtout des vidéos de caméras de surveillance glanées sur internet, souvent de mauvaises qualités, saccadées ou figées, qui nous balancent d'un coin de la planète à un autre. Fatalement, on cherche Shahin sur ces images qui n'ont pas pour vocation de le montrer physiquement. Il est, pour reprendre le titre du film, à la fois ailleurs et partout sur celles-ci. Son ombre plane sur ces morceaux du quotidien capturés par l'objectif, qui résonnent curieusement avec son histoire. La solitude, l'aliénation, le sentiment d'être surveillé du protagoniste trouve écho dans ces vidéos, dont les pixels et la texture dégagent une étrange beauté.

Bien qu'elles n'aient rien de spectaculaire, ces images au rythme lancinant, qui reflètent des événements communs et banals, saisissent le regard et le perturbent. Elles désorientent, suscitent le trouble — une façon quelque part de nous faire ressentir ce qu'a pu vivre Shahin dans son parcours d'immigré. Il s'agit pour les cinéastes “de placer le spectateur hors de ses processus habituels de reconnaissance.” Nul doute qu'elles y parviennent, même si devant cette expérience de cinéma qui touche presque à l'abstraction, la frustration va de pair avec la fascination.

 

Avant-première du film le vendredi 19 novembre à 21h15 à Flagey. Sortie nationale le 1er décembre.

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