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Cinéma - Belge

Documentaire : “I am Chance”, une saisissante plongée dans l'enfer de la rue

Dans un documentaire choquant, le réalisateur Marc-Henri Wajnberg nous dévoile le quotidien de plusieurs jeunes filles qui vivent dans les rues de Kinshasa.

Nous sommes prévenus, avant même la première image. Le film contient des scènes violentes. L'avertissement vaut pour les quelques séquences particulièrement sanglantes qui jalonnent le documentaire, mais presque chaque moment d'"I am Chance" a quelque chose de brutal. Il y a une violence inouïe à l'existence que mène Chancelvie. Enfermée dehors, cette jeune fille de 16 ans, enceinte de quelques mois lorsque le récit débute, tente de survivre aux rues de Kinshasa en mendiant, en volant et en faisant des passes.

Accompagnant la jeune fille de sa caméra mouvante, le cinéaste belge Marc-Henri Wajnberg (à qui l'on doit notamment le film "Kinshasa Kids"), nous plonge dans cette existence qui donne le tournis. Il semble presque invraisemblable que Chancelvie puisse garder son sourire et son énergie alors que son quotidien est en complet désaccord avec son prénom, mais la jeune fille est d'une résilience extraordinaire face à l'adversité. Déambulant avec assurance dans les rues de Kinshasa, elle entraîne dans son sillage un groupe de filles qui partagent un sort similaire au sien, et dont on découvre les personnalités au fur et à mesure que le film avance. Aucune narration n'accompagne le récit qui est fait de leur vie — un choix délibéré du cinéaste qui explique dans sa présentation du projet que "La voix est entièrement donnée à Chancelvie, Shekinah et Dodo."  Un geste honorable, mais qui se doit d'être nuancé : la voix leur est peut-être donnée, mais le film reste ancré dans le regard de son réalisateur, construit autour de ses choix. 

© Wajnbrosse Productions

Cherchant l'espoir dans le quotidien infernal de ses protagonistes, le cinéaste ponctue à quelques occasions le documentaire des défilés artistiques auxquels elles participent. Parenthèses joyeuses au cours desquelles elles déambulent dans des costumes composés de déchets (comme des téléphones ou des bouteilles), ces moments dégagent une magnifique énergie. Refuges où l'imaginaire et l'enfance reprennent leurs droits, espaces de liberté et de joie, ces défilés renvoient d'une certaine manière aux causes plus profondes de leur condition, comme le colonialisme et la société de consommation — des thèmes que le film effleure mais n'aborde pas frontalement.

La plus grande limite du documentaire se situe peut-être là : à tant vouloir nous immerger dans le quotidien de ses personnages, le film nous prive aussi d'éléments contextuels importants. Certains dialogues et certaines scènes nous éclairent quelque peu sur ce qui a amené ces jeunes filles à la rue, mais il est difficile de manière générale de comprendre les rouages de cette société qui a fait d'elles des parias. On ne peut que constater ses terribles effets lorsque Chancelvie, victime des lois de la rue, en vient à martyriser ses amies pour assurer sa survie, reproduisant les mêmes mécanismes qui l'ont fait souffrir. Que faire d'un tel état des lieux ? Que faire de cette violence que le film nous dévoile ? A ces questions, "I am Chance" n'offre pas de réponse, nous laissant avec un sentiment d'impuissance et d'accablement.

Prochaines projections

7.05.22 - 19h @ Millenium Documentary Film Festival, Palace, Bruxelles
9.05.22 - 20h @ Cinéma Le Parc, Liège
10.05.22 - 20h @ Cinéma Caméo, Namur
11.05.22 - 18h45 @ Cinéma Palace, Bruxelles
14.05.22 @ Cinéma Vendôme, Bruxelles

Sortie nationale le 11 mai.

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