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Cinéma

Documentaire : "The Maestro", un concert d'éloges pour Ennio Morricone

03 mai 2022 à 14:23Temps de lecture3 min
Par Adrien Corbeel

Dans ce documentaire de plus de 2h30, Giuseppe Tornatore retrace avec admiration l'illustre carrière du compositeur décédé en 2020.

Qu'après avoir tant donné au cinéma, Ennio Morricone devienne à son tour le sujet d'un film d'un grand documentaire rétrospectif n'a rien d'étonnant. Existe-t-il un musicien qui ait autant marqué le septième art  ? Y a-t-il un compositeur de films plus célèbre que l'auteur des bandes-originales d'"Il était une fois dans l'Ouest" et "Le Bon, la Brute et le Truand" ? Retracer l'œuvre d'un tel artiste par le cinéma a quelque chose d'une évidence, et plusieurs documentaires s'y sont déjà attelés. Mais il manquait jusqu'ici le film-somme, une fonction que semble voir endosser "The Maestro" de Giuseppe Tornatore (pour qui Morricone a notamment composé la musique de "Cinema Paradiso"). Il faut dire que le documentaire a un atout considérable : un long entretien avec cet homme habituellement peu loquace.

Utilisant cette grande interview comme fil rouge, Tornatore nous embarque dans une rétrospective de la vie et de la carrière d'Ennio Morricone. Disons-le d'emblée, la forme du documentaire est assez conventionnelle. Récit chronologique, "The Maestro" mêle interviews, images d'archives et extraits de films pour nous raconter Morricone. Fort heureusement, la richesse de son parcours suffit à rendre le film captivant. Le rejet de ses pairs, son rapport compliqué à la musique savante, ses liens tendus avec certains cinéastes sont autant de sujets que le long-métrage et Morricone abordent avec intérêt.

Il est monnaie courante dans ce genre de documentaire de donner la parole à des intervenants de renoms et "The Maestro" n'en manque pas  : Quentin Tarantino, Clint Eastwood, Bruce Springsteen, Joan Baez ou encore Quincy Jones, pour n'en citer que quelques-uns. Il est aussi d'usage pour ces célébrités de s'abandonner à un cortège incessant d'éloges, et tous et toutes s'y appliquent, vantant à grand renfort d'adjectifs les talents de Morricone, son inventivité prodigieuse et son influence considérable. Comme l'en atteste l'œuvre de Morricone, ces louanges sont méritées, mais la débauche d'éloges est telle dans "The Maestro", si répétitive et finalement si peu pertinente, qu'elle en devient presque agaçante.

De son côté, le compositeur n'est pas tout à fait le plus modeste des sujets (ce qui se comprend, lorsqu'on a créé la musique d'"Il était une fois en Amérique", et des "Incorruptibles"). Introverti et réservé, l'homme ne sait cacher sa fierté quand il évoque ses victoires artistiques face à des cinéastes, qui finissent pas s'avouer devant la puissance de sa musique. Au-delà de sa versatilité et de sa ténacité, on n'apprendra cependant pas grand-chose de l'homme, si ce n'est quelques détails truculents : son père voulait qu'il devienne trompettiste, tandis que le petit Ennio se rêvait docteur ! Mais la pression parentale a révélé un génie de la musique. C'est d'ailleurs sur l'aspect technique de son art que "The Maestro" se montre le plus enrichissant. Le film prend vraiment le soin de nous expliquer (parfois avec un jargon pointu) ce qui a fait de Morricone un musicien singulier, ses techniques novatrices, ses instruments incongrus, ses rythmes inimitables, etc.

Mais comme le reconnaît un spécialiste interrogé par Tornatore, les mots manquent parfois pour décrire la beauté et la force de sa musique. Et il faut bien l'admettre : les meilleurs moments du documentaire ne sont pas ceux qui nous décrivent sa carrière, mais ceux où sont projetées sur l'écran les scènes mythiques de sa filmographie, et où résonnent dans la salle ses singulières et inoubliables compositions.

 

"The Maestro" sortira dans les salles belges le 4 mai.

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