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"Don’t Say Gay": parler d’orientation sexuelle à l’école pourrait être puni par la loi en Floride

Image d’illustration. Des élèves dans une école primaire de Miami (Floride). Le 18 août 2021.
10 févr. 2022 à 14:31 - mise à jour 10 févr. 2022 à 15:44Temps de lecture3 min
Par Eric Destiné avec agences

"House bill 1557". C’est son nom officiel pour l’instant. Mais aujourd’hui, les Américains connaissent surtout ce projet de loi sous le surnom que lui ont donné ses détracteurs : "Don’t say gay". Traduisez : "Ne parlez pas des gays".

L’orientation sexuelle hors des salles de classe

Ce texte de loi est aujourd’hui sur la table en Floride, cet état du sud-est des Etats-Unis dirigé par les conservateurs. L’idée ? Interdire purement et simplement aux enseignants d’aborder les questions liées à l’orientation sexuelle lors des cours d’éducation sexuelle à l’école.

Précisément, le texte dit ceci : "Un pouvoir organisateur ne doit pas encourager une discussion dans les classes à propos de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre dans les écoles primaires où d’une manière qui n’est pas adaptée à l’âge ou au degré de développement des élèves".

Vers une criminalisation de l’enseignement ?

La loi va même plus loin, car, dans le paragraphe suivant, elle prévoit des sanctions possibles en cas de plaintes des parents. "Un parent d’élève peut mener une action contre un pouvoir organisateur pour obtenir un jugement qui atteste que les procédures ou les pratiques d’un pouvoir organisateur violent ce paragraphe et nécessite des mesures. Un tribunal peut accorder des dommages et intérêts et demander, dans une mesure raisonnable, la prise en charge des frais d’avocats et de justice d’un parent qui obtient un jugement favorable ou la mise en œuvre de ces mesures".

La philosophie du texte est claire. Dissuader les enseignants d’aborder ces questions en classe, sanctions à l’appui. La loi véhicule l’idée que "simplement en raison de ce qu’elles sont, les personnes LGBT sont indécentes", dénonce Brandon Wolf, de l’organisation "Equality Florida" qui défend les droits des personnes LGBTQI + en Floride.

Le gouverneur de Floride soutient la loi

Le gouverneur de Floride, le Républicain Ron de Santis, affirme qu’il supporte l’adoption d’une telle loi. Il s’est exprimé en début de semaine, interrogé par des journalistes lors d’un évènement à Miami. "Concernant les écoles, nous avons vu des choses insensées. Dans certaines écoles, différentes personnes ont dit à des élèves "ne vous en faites pas, vous ne devez pas choisir votre genre maintenant" […] Et ils ne parlaient pas aux parents de ces discussions. C’est totalement inapproprié. A l’école, on doit apprendre aux enfants à lire, à écrire, les Sciences, l’Histoire. Nous avons aussi besoin d’une éducation civique, qui permet de comprendre la constitution des Etats-Unis". Le gouverneur ajoute "des gens viennent vers moi pour me dire que ce genre de chose arrive et même dans des endroits où vous ne soupçonneriez pas que cela puisse arriver". 

Photo d’illustration. Le gouverneur de Floride Ron DeSantis en visite à l’école Bayview Elementary School de Fort Lauderdale le 7 octobre 2019.
Photo d’illustration. Le gouverneur de Floride Ron DeSantis en visite à l’école Bayview Elementary School de Fort Lauderdale le 7 octobre 2019. 2019 Getty Images

Joe Biden fustige une "loi haineuse"

Le président des Etats-Unis, Joe Biden, démocrate, a lui officiellement dénoncé la volonté de mettre en œuvre cette loi qu’il qualifie de "haineuse. Il s’est exprimé via Twitter : "Je veux que tous les membres de la communauté LGBTQI +, spécialement les enfants qui seront touchés par cette loi haineuse, sachent qu’ils sont aimés et acceptés comme ils sont. Je vous couvre et mon Administration continuera à se battre pour vous offrir la protection et la sécurité que vous méritez".

"A travers le pays, des leaders républicains cherchent à réguler ce que les enfants peuvent lire, ce qu’ils peuvent apprendre et, plus inquiétant, ce qu’ils peuvent être", a dénoncé début de semaine une porte-parole de l’administration Biden.

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Bannir ces sujets de l'école "enferme" les enfants

Natasha Poulopoulos, psychologue pour enfants à Miami, ne comprend pas qu’une telle loi puisse voir le jour. Interrogée par l’AFP, elle explique que "l’idée n’est pas d’encourager les enfants à parler de sexe" mais de leur donner la possibilité de réfléchir à "ce qu’ils ressentent" et qu’ils sachent "qu’ils peuvent discuter de cela". Elle ajoute que dès 7 ans, les enfants peuvent avoir "une idée assez précise de leur identité de genre". Bannir ces sujets du milieu scolaire ne ferait donc "que les enfermer davantage dans le placard".

Tensions croissantes sur le sujet aux USA

L’AFP a listé une série de projets similaires à celui en discussion en Floride qui existent aussi dans d’autres Etats aux USA. En Arizona, un texte en toujours débattu vise à contraindre les professeurs à prévenir les parents si leur enfant parlait de son identité de genre. En Indiana, un élu a proposé une loi qui rendrait obligatoire de recueillir une permission parentale avant de parler aux élèves de l’orientation sexuelle ou de la transidentité. Dans l’Oklahoma, ce sont les bibliothèques scolaires qui sont visées. Un projet de loi cherche à interdire les livres ayant pour sujet principal "les préférences sexuelles" ou "l’identité de genre".

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