Chroniques Culture

D’où vient l’expression "À la bonne franquette" ?

© Capture d’écran Youtube

09 oct. 2021 à 07:00Temps de lecture1 min
Par Romane Carmon

Quoi de mieux qu’un repas improvisé entre amis après une sortie au musée ou après un match de foot ? Pas de chichis et, pourquoi pas, laisser les couverts pour manger avec les doigts ? Il n’était pas prévu, voilà un vrai repas "à la bonne franquette" !

Étonnamment, cette expression ne date pas d’hier, et nous renvoie chez nos voisins français au beau milieu du XVIIe siècle.

Une rupture entre les "grands" et les "petits"

À cette époque, on se distingue par le raffinement de son comportement, avec des manières frôlant parfois la pédanterie. À l’inverse, les considérés comme "petits", issus de la plèbe, étaient connus pour vivre simplement, à mille lieues des salons et des hôtels de particuliers.

Comme l’explique l’historien français du langage, Claude Duneton, ces deux pans de la société sont référencés dans deux expressions – lexicalement proches – mais opposées par le sens : d’un côté, "à la française" signifiait "avec beaucoup d’obligeance et d’arrangement", de l’autre, "à la franquette", "franchement, tout bonnement". Cette dernière formule serait sans doute née du normanno-picard et construite sur le mot "franc" et le suffixe "-ette".

"À la franquette" était utilisée pour inviter une personne à parler "en toute franchise", comme en témoigne l’acte II de "La Double Inconstance" (1723), comédie de Marivaux :

"Le Seigneur : J’ai dit que vous aviez l’air d’un homme ingénu, sans malice, là d’un garçon de bonne foi. Arlequin : L’air d’un innocent, pour parler à la franquette ; mais qu’est-ce que cela fait ? Moi, j’ai l’air d’un innocent ; vous, vous avez l’air d’un homme d’esprit ; eh bien, à cause de cela, faut-il s’en fier à notre air ? N’avez-vous rien dit que cela ?"

Quand la franquette devient "bonne"

Il faut attendre le XIXe siècle avant de voir apparaître l’adjectif "bonne" à la franquette. Selon Duneton, cette adjonction serait due à la concurrence avec l’expression "à la bonne foi". Progressivement, la franchise se muait en simplicité et convivialité.

"Personne ne veut vivre à cette bonne franquette, comme papa, toi et moi nous viverions" [sic] (Balzac, Correspondance, 1821).

Le sens actuel de "à la bonne franquette" – c’est-à-dire "[agir] simplement, sans embarras et sans cérémonie" a fait son apparition au XXe siècle.

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