Double Shot : Little Red Rooster

© Howlin’Wolf

22 nov. 2021 à 15:45Temps de lecture4 min
Par Classic 21

"The Red Rooster" par Howlin’Wolf (Chester Arthur Burnett de son vrai nom), figure-phare du Chicago blues, est la version qui a lancé toutes les reprises qui suivront. Il faut dire qu’Howlin’Wolf est un personnage haut en couleur qui marqua non seulement le blues mais aussi tous les futurs rockers, particulièrement les Britanniques, qui feront les beaux jours des 60’s et 70’s. Grand rival de Muddy Waters, il est l’un des plus grands bluesmen de l’époque et pas seulement par sa stature. Surnommé dans sa jeunesse "Big Foot Chester" ou encore "Bull Cow", il faisait 1m91 pour 136 kg. Ce sont sa voix et sa "slide guitar" qui font tout le charme de son interprétation. Sur la version d’Howlin' Wolf, on retrouve Hubert Sumlin à la guitare électrique, Johnny Jones au piano, Willie Dixon à la double basse, Sam Lay aux drums et probablement aussi Jimmy Rogers à la guitare.

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Avant la version d’Howlin' Wolf de 1961, on retrouve celle de Margie Day with the Griffin Brothers en 1950. Cette chanteuse de Norfolk en Virginie qui, 10 ans avant le grand Howlin' Wolf, interprétait l’original de "Little Red Rooster" dans un style jump blues, n’est hélas pas vraiment passée à la postérité. Le morceau devenu LE classique est la composition du grand Willie Dixon, qui emprunte le "Got a little red rooster, and man how he can crow… He’s a boss of the barnyard, any ol' place he goes" pour en faire "Keep everything in the barnyard, upset in every way". La chanson de Margie Day, signée Griffin-Griffin, atteignit en 1951 le numéro 5 des Billboard’s Best Selling Retail Rhythm & Blues Records.

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Le morceau est véritablement enraciné dans le style Delta blues et le thème provient du folklore de l’American South où la croyance voulait qu’un coq contribuait à la paix dans la basse-cour. Il y a des antécédents musicaux au "Little Red Rooster" qu’on retrouve dans certaines chansons d’artistes blues comme Charlie Patton (avec son "Banty Rooster Blues") ou Memphis Minnie (par exemple dans "If You See My Rooster")… Willie Dixon empruntera d’ailleurs quelques bribes de chacun dans sa composition. Certaines des adaptations comportent de nouvelles paroles et instrumentations, certains artistes iront jusqu’à rajouter des cris d’animaux cités dans les paroles.
Sam Cooke reprit la chanson en 1963 en accélérant le rythme, ce qui permit au single d’être un succès dans les charts US rhythm and blues et pop tandis que Dixon et Howlin' Wolf faisaient une tournée au Royaume Uni avec the American Folk Blues Festival et popularisaient le Chicago blues en s’entourant de musiciens rock locaux. La chanson avait d’abord été proposée au frère de Sam Cooke, L.C., qui trouvait que la chanson ne lui convenait pas. Il avait dit simplement :"I’m not a blues singer"… à quoi Sam rétorqua "'Well, I’m gonna do it then". Il choisit de s’inspirer de la version d’Howlin' Wolf tout en demandant à Charles Keil de rendre les paroles plus relax et plus "respectables".

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L’enregistrement eut lieu à Los Angeles avec un petit groupe de musiciens de session. Si on retrouve les grands Ray Johnson au piano, Barney Kessel à la guitare et l’immanquable Hal Blaine à la batterie, c’est surtout la prestation d’un jeune claviériste qui est époustouflante. C’est Billy Preston qui, tout au long de la chanson, illustre à l’orgue, les vocalises du coq en train de chanter ainsi que les aboiements et les hurlements des chiens.
Les Rolling Stones, qui furent parmi les premiers groupes rock britanniques à enregistrer des chansons de "modern electric blues", reprirent le morceau et en firent un numéro 1 en 1964 au Royaume Uni, chose restée unique pour un morceau blues. Brian Jones, encore dans le groupe à l’époque, joue un rôle-clé dans l’enregistrement. Les Stones ont souvent joué le morceau lors d’apparitions télé et en concert, ils en ont sorti quelques versions live faisant ainsi de "Little Red Rooster", l’une des compositions les plus connues de Willie Dixon. Elle continue à être jouée et enregistrée régulièrement. Le single original sortit le vendredi 13 novembre 1964 et atteignit le Top des charts des singles au Royaume Uni le 5 décembre où il resta une semaine, chose inédite et non réédité depuis pour un morceau blues.

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Mick Jagger reprend les paroles originales, en laissant de côté ce qui avait été rajouté par Sam Cooke, mais en changeant "I got got a little red rooster" en "I am the little red rooster", Si on regarde l’instrumentation, Bill Wyman a suivi les lignes de basses originales de Willie Dixon. Charlie Watts avouera s’être inspiré de jeu de batterie de la version de Sam Cooke, jouée par Hal Blaine. Keith Richards eut l’idée d’ajouter une guitare rythmique et de juxtaposer une guitare acoustique à une slide électrique, ce qui en fait un blues plus riche et plus chaud que ce qu’ils avaient déjà fait auparavant.
Quant à Brian Jones, c’est lui qui est le plus influent sur ce morceau avec ce qui est probablement une de ses plus belles prestations. Avec son bottleneck croassant et sa finale à l’harmonica, Brian Jones signe son chef-d’œuvre en faisant tour à tour hurler ou aboyer sa guitare comme un chien et croasser comme un coq, un peu comme l’avait fait Billy Preston faisant "parler" son orgue sur la version de Sam Cooke. "Little Red Rooster" fut pour Brian Jones son morceau préféré des Stones et il était particulièrement fier d’avoir mis pour une fois le blues à l’honneur dans les charts. Brian Jones était vraiment le plus grand "puriste" du blues dans le groupe.

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Ronnie Hawkins & The Hawks sortirent leur version en 1965, tandis que les Doors le firent en 68 (avec John Sebastian de The Lovin' Spoonful à l’harmonica).

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Chez nous le groupe Tjens Couter (le Tjens étant pour Arno Hintjens et le Couter pour Paul Decoutere) reprit le morceau en 76, tandis qu’Arno remit le couvert sous la dénomination de Charles et les Lulus en 91, puis vinrent les Persuasions en 94 et Elliott Murphy en l’an 2000.

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La liste des autres artistes adaptateurs est longue et non exhaustive : Big Mama Thornton, le Grateful Dead, José Feliciano, Luther Allison, Z.Z. Hill, Eddie C.Campbell et Hubert Sumlin, Cuby & the Blizzard… Sans oublier l’excellente version de the Jesus and Mary Chain (en 1993) qui se trouvait sur leur EP "Sound of Speed".

Pour ceux qui en doutaient, oui il y a, comme souvent dans le blues, une deuxième lecture à connotation sexuelle à ce morceau. Les interprétations vont de la simple description d’une cour de ferme à la chanson la plus ouvertement phallique depuis le "Black Snake Moan" de Blind Lemon Jefferson en 1927. A chacun(e) d’entre vous d’y voir ce que vous voulez bien y voir !

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