Patrimoine

Doudou : connaissez-vous Sainte Waudru, figure centrale de la ducasse de Mons ?

Connaissez-vous Sainte-Waudru, figure centrale de la ducasse de Mons ?

© © Tous droits réservés

Après deux ans d’absence, la ducasse de Mons fait son grand retour en 2022. Au centre des festivités, il y a le fameux dragon, mais aussi la femme par qui tout a commencé : Sainte Waudru. Considérée comme la fondatrice de la ville, on ne sait pourtant pas grand-chose d’elle.

Symbole par excellence de la ville, Sainte Waudru a donné naissance à beaucoup de légendes et de superstitions. Pourtant, contrairement à certains autres Saints, on sait que Waudru a réellement existé, et a bien vécu à Mons durant le Haut Moyen-Age.

La femme derrière le mythe

Sainte Waudru et ses filles, un détail de la châsse. (Collégiale Sainte Waudru, Mons).

Waudru, en voilà un prénom étrange. A première vue, bien peu de personne le porte encore aujourd’hui. Il vient du 7e siècle, et est germanique, car l’époque de la Sainte est celle des Francs, peuple venu de Germanie qui s’installe peu à peu vers l’actuelle France.

On n’a en réalité bien peu de sources pour se faire une idée de qui était cette femme. La plupart des informations que l’on possède viennent d’hagiographies, c’est-à-dire de récits où sont encensés les saints, généralement écrits bien plus tard, et souvent largement inventés ou exagérés.

On croit savoir que Waudru, aussi appelée Waldetrude, est née en 612, mais ce n’est probablement pas exact. Elle est issue d’une famille de la haute noblesse. Son père est intendant de Clothaire II, roi des Francs qui règne alors sur l’Austrasie, le royaume dans lequel l’actuelle Belgique est comprise.

Représentation médiévale de Waudru et sa famille que la légende lui attribue.

On la marie à un comte, Madelgaire, originaire de la région. Le couple a deux filles attestées historiquement, et qui accompagnent souvent Waudru sur ses représentations artistiques. On lui attribue aussi deux fils, mais les liens de parentés sont incertains. Comme tous nobles de leur époque, les époux vivent dans la bonne société, gèrent leurs domaines, et se présentent à la cour. Mais tous deux vont vite abandonner cette vie.

Chrétiens, ils décident d’un commun accord de se séparer, et dédier leur vie à la prière. On a souvent donné des raisons pieuses à ce retrait, mais il se peut aussi qu’elles soient politiques. Le couple serait tombé en disgrâce après avoir soutenu une rébellion. Madelgaire prend le nom de Vincent, et fondera une abbaye en rase campagne, jetant les bases de la future ville de Soignies. Waudru, elle, décide de dédier sa vie aux plus démunis.
 

Son statut dans la noblesse lui permet sans doute d’acquérir un terrain sur une colline escarpée, où se trouvent les ruines d’une fortification gallo-romaine, proche d’une source d’eau et à l’abri des intempéries. Elle y fonde un oratoire, une sorte de petite chapelle dédiée à la prière.

Petit à petit, d’autres femmes la rejoignent. Une communauté se forme alors autour d’elle. Selon la légende, le monastère de Waudru est né. C’est sur cette colline, autour de ce monastère, que va se développer la ville de Mons. L’historicité de ces faits n’est pas totalement avérée, mais quoi qu’il en soit, il est certain que Waudru, à sa mort, est une femme reconnue et populaire.

Lorsqu’elle décède, aux alentours de 686 ou 688, elle est manifestement tout de suite proclamée Sainte par acclamation populaire. À cette époque, on ne connaît pas encore le long processus de béatification par Rome, et des saints fleurissent un peu partout sans que le pape ne les reconnaisse forcément. Elle obtiendra officiellement cette reconnaissance en 1039. Et qui dit sainteté, dit vénération de reliques.

De sacrées reliques

Les reliques de Sainte Waudru sont au centre des célébrations de la ducasse. Conservées à la collégiale qui porte son nom, elles sont descendues du plafond de l’église le samedi soir lors d’une cérémonie qui marque le début des festivités : la Descente de la châsse.

La châsse en or qui contient les reliques de Sainte Waudru
La châsse en or qui contient les reliques de Sainte Waudru © Napoleon Vier at Dutch Wikipedia

Le rituel est symbolique, le doyen de la collégiale remet aux autorités de la ville la charge de veiller à ce qu’il n’arrive rien aux reliques lors de leur sortie. Elles sont ensuite installées sur le célèbre Car d’Or, qui fera le tour de la ville le lendemain matin lors d’une procession. La ducasse se termine lorsque la châsse rentre à la collégiale et est remontée, une semaine plus tard.

Mais est-ce que cette châsse contient réellement les reliques de Waudru ? Et bien, on ne sait pas vraiment. En 1997, elle a été ouverte, et les ossements ont été analysés. Il s’agit bien d’une femme, qui a manifestement été enterrée à sa mort, puis déterrée. On sait, vu les traces ADN de son régime alimentaire, qu’elle a effectivement dû vivre aux alentours du 7e siècle. Il est donc bien possible que ces vieux os soient ceux de Waudru, mais on ne peut le garantir plus que cela.

L'actuel reliquaire qui abrite la tête de Sainte Waudru

Quoi qu’il en soit, on sait que les reliques sont vénérées depuis au moins le 9e siècle. En 1250, les restes de la pauvre femme sont un peu malmenés : on sépare sa tête de son corps, pour la placer dans un reliquaire d’argent, plus facile à déplacer. Au fil de l’histoire, les reliques ont plusieurs fois changé de châsse. Waudru a échappé aux saccages de la Révolution française, mais pas sa châsse de l’époque. Celle que l’on peut admirer aujourd’hui date de 1887 et elle pèse au total 450 kg ! Un sacré poids que le Car d’Or doit faire parader en ville.

Au Moyen-Âge, les processions sont nombreuses. Ici, on représente celle de Sainte Veronique qui est portée jusqu'à Mons.

Depuis toujours, les reliques sont processionées. Au Moyen-Age, les occasions sont nombreuses sur une année. On sait que celles de Waudru sortaient systématiquement lors de l’Ascension et d’autres fêtes, mais qu’en 1349, elles sont sorties le jour du dimanche de la Trinité pour une occasion bien spéciale. Mons, comme toute l’Europe, est ravagée par la peste noire. Pour sauver la ville du fléau que l’on pense divin, on emmène les restes de Waudru en procession pour lui demander protection. C’est à ce moment que serait née, selon la légende, la première procession qui deviendra plus tard la ducasse de Mons.

Waudru serait donc non seulement une figure centrale de la ducasse, mais aussi rien de moins qu’à son origine. Plus tard, on y rajoutera un autre Saint, un certain Georges, martyr chrétien du 3e siècle, ainsi que le dragon qu’il est censé avoir tué. Mais ça, c’est une autre histoire.

Sur le même sujet

La Ville d’Ath regrette la décision de l’Unesco, qu’elle juge "surprenante"

Regions Hainaut

Montée du Car d'Or, Combat dit Lumeçon : les moments forts du Doudou (photos et vidéos)

Regions

Articles recommandés pour vous