" Dresscode orange " de rigueur : le secteur du monde de la nuit s’apprête enfin à rentrer dans la danse

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13 févr. 2022 à 16:53Temps de lecture4 min
Par Kamel Azzouz

Dès vendredi prochain, les discothèques pourront à nouveau rouvrir leurs portes pour reprendre une activité presque normale. Le secteur du monde de la nuit, qui était à l’agonie, se prépare à accueillir sa clientèle selon certaines conditions fixées par le dernier comité de concertation.

Cette réouverture nous procure un énorme sentiment de joie

Le passage du code rouge au code orange permet au monde de la nuit de voir enfin le bout du tunnel. Nombreux sont les patrons de discothèque qui ont laissé une grande partie de leurs économies pour régler des factures urgentes et des frais fixes toujours en cours tout au long de la crise sanitaire. Si des aides ont été allouées au secteur, elles étaient pour beaucoup insuffisantes.

Emmanuel Alessandro, le gérant du DB club à Manage, qui était au bord de la faillite comme bien d’autres tenanciers de dancing, nous livre son soulagement à la suite de l’annonce du dernier Codeco : " Comme tous mes collègues du secteur, cette nouvelle a été rassurante et même joyeuse. Après la deuxième fermeture au mois de novembre, on attendait avec impatience cette levée de mesure. Donc évidemment aussi bien le personnel que mes clients et moi-même évidemment, tout le monde est content. Cette réouverture nous procure un énorme sentiment de joie. "

CST avec trois doses, jauge et ventilation

Organisés en collectif et en fédération, les patrons de discothèque ont récemment mis la pression sur le gouvernement tant la situation était devenue intenable pour un secteur qui a été extrêmement impacté sur la durée. Le monde de la nuit était prêt à porter l’affaire devant le Conseil d’État, voire forcer une réouverture le 18 février prochain, si le comité de concertation n’offrait aucune perspective positive. Avec un baromètre favorable, les autorités politiques se sont mises d’accord sur la reprise des activités de ce secteur sous conditions.

Emmanuel Alessandro, qui fait partie d’un collectif qui a participé à de nombreuses discussions avec les autorités compétentes, s’apprête donc à suivre les mesures à la lettre : " Pour l’instant, on a les mesures qui ont été énoncées même si on n’a pas encore l’arrêté royal. Aujourd’hui, on ne parle plus d’autotest à l’entrée mais d’un CST avec trois doses. C’est la condition qui permettra à la clientèle d’entrer dans une discothèque. Donc, présentation d’un CST " trois doses " sauf revirement de situation d’ici l’arrêté royal. Ensuite, tout le personnel devra porter un masque. L’autre condition à respecter est une jauge de 70% de la clientèle. Donc le secteur va respecter les mesures comme il l’a toujours fait. On va respecter ce qu’on nous demande de faire à la lettre pour accueillir à nouveau nos clients en toute sécurité, en suivant le protocole énoncé par le Codeco, et donc l’arrêté royal qui va sortir cette semaine. Comme lors de la première réouverture, on respectera les règles qui nous seront dictées. "

Concernant les normes de ventilation, le secteur est toujours dans le flou : " On avait déjà fait des investissements. En termes de ventilation, c’est déjà en ordre pour moi comme pour la plupart de mes collègues. Si le comité de concertation indique une bonne ventilation, il n’y a pas à ma connaissance dans les mesures énoncées quelque chose de très précis. C’est un peu flou, mais on a déjà nos extracteurs d’air dans lesquels nous avons investi quand il l’avait demandé pour la première réouverture. On respectera les règles énoncées, et on ira encore plus loin comme le monde de la nuit l’a déjà fait. On fera les choses dans les règles de l’art, comme d’habitude. "

Lorenzo Serra, co-président de Brussels by Night, la fédération qui représente les acteurs du monde de la nuit bruxelloise déclarait vendredi dernier sur nos antennes que la question de la qualité de l’air était en cours : " On est en discussion avec le commissariat Corona depuis deux mois. Aujourd’hui, on demande à l’Etat fédéral de payer un monitoring du secteur parce qu’un club n’est pas l’autre. Certains, pour faire des transformations, devront demander un permis d’environnement, d’autres vont faire de la purification d’air. Donc, chaque club est unique et va demander une intervention spécifique. Le pire ennemi du clubbing, c’est la chaleur. Donc, c’est évident que tous les clubs ont des systèmes de ventilation hyper efficaces et qu’on ne craint pas grand-chose dans un club. "

Si on doit récupérer cette perte, ça ne sera pas au détriment des clients

Le secteur est unanime, tous ces mois de fermetures ont été extrêmement difficiles à vivre tant mentalement que financièrement. Emmanuel Alessandro, qui a perdu quasiment toutes ses économies pour ne pas mettre la clef sous la porte, nous livre que bien d’autres tenanciers de dancings ont dû vendre pour la même raison des biens personnels, parfois leur maison, afin d’honorer des arriérés tout en essayant de maintenir la tête hors de l’eau.

Ces considérables pertes de revenu pourraient pousser certains propriétaires à augmenter leur tarif. Mais Emmanuel Alessandro, comme d’autres patrons, a fait le choix de ne pas répercuter ses dettes sur la clientèle : " J’ai eu cette discussion avec quelques confrères. Il n’y aura pas de report de la perte sur la clientèle qui n’est pas responsable de tout ça. Je ne sais pas si tout le monde respectera cet état d’esprit. Mais pour moi et pour d’autres, il est hors de question qu’on augmente quoi que ce soit. On veut que le client se retrouve comme avant. C’est à nous malheureusement d’absorber cette perte, et de travailler peut-être plus. Faire plus de soirées, essayer de trouver d’autres concepts d’autres jours de la semaine etc. Si on doit récupérer cette perte, ça ne sera pas au détriment des clients. Ce serait un mauvais calcul de le faire, car la clientèle a aussi vécu des moments difficiles. Avec une augmentation des tarifs, les gens auront finalement moins la possibilité de sortir autant qu’avant, et de dépenser un peu d’argent chez nous. "

A quelques jours de la réouverture du secteur du monde de la nuit, les propriétaires de discothèque se préparent avec impatience à entrevoir enfin les lumières des boules à facettes. Histoire de briller à nouveau sur les pistes de danse, et dans les yeux de leur clientèle.

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