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Belgique

"Droit de suite" : l’acclimatation n’est pas toujours simple pour les mères et enfants rapatriés de Syrie

Droit de suite

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11 août 2022 à 07:29Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck sur base du Droit de suite de Stéphanie Lepage

En juillet dernier, les autorités belges organisaient pour la première fois le rapatriement de Syrie de 6 mères et 10 enfants. Un retour réclamé depuis longtemps par la société civile, notamment les organisations de défense des droits de l’enfant, qui connaissant les conditions de vie compliquées sur place. Alors, un an plus tard, comment vont ces familles ?

Un an plus tard, l’acclimatation n’est pas forcément simple pour ces enfants qui n’avaient connu que la Syrie. C’est en tout cas ce qu’explique Hannan Jamaï, psychologue et chercheuse à la faculté des sciences sociales de la VUB à la tête d’un rapport montrant à quel point la manière dont ces enfants ont été accueillis est problématique.

L’arrachement

Concrètement, la séparation entre mère et enfant aurait eu lieu très vite après l’atterrissage. "Les mères vont tout de suite en prison et les enfants vont à l’hôpital où ils font un check-up médical. Et puis les enfants vont soit dans des familles d’accueil soit dans des institutions."

Il y a un enfant qui a arrêté de parler après la séparation avec sa mère

Une mère explique par exemple que son enfant, qui était préparé pour cette séparation, a eu une réaction très émotionnelle, ne voulant pas se séparer de sa mère. "L’enfant a mouillé le lit et appelait sa mère pendant des jours", explique Hannan Jamaï. "Il y a un enfant qui a arrêté de parler après la séparation avec sa mère."

Et ces comportements ne sont finalement pas liés avec ce qu’ils ont vécu en Syrie, malgré ce que pensaient les psychologues au début. "Il y a des enfants qui ont eu beaucoup de difficultés à l’école, de concentration, de comportement et avec l’autorité à cause de cet arrachement", explique Hannan Jamaï. "Au début on pensait que cela avait à voir avec un trauma de ce qu’ils avaient vécu en Syrie dans les camps. Mais après que certains enfants aient pu retourner chez leur mère, on a vu qu’ils n’étaient plus gênés par toutes ces difficultés."

"Il y a des cas où ça a été très bien organisé mais on voit d’autres cas où ça n’était pas le cas. Tous les enfants et ces enfants ont besoin de sécurité pour s’adapter à ce nouvel environnement et grandir avec une confiance en soi et dans le monde."

À noter que la distance entre la prison et les familles d’accueil rend également les visites compliquées. Et il existe par ailleurs des différences entre les prisons et services sociaux quant au nombre de visites. "Parfois l’enfant peut voir sa mère une fois par semaine, mais parfois une fois toutes les deux semaines et sans contact téléphonique. Deux semaines, c’est long pour un enfant."

La vigilance des autorités belges

Aujourd’hui, certaines mères sont sorties de prison, d’autres y sont encore mais toutes font l’objet d’un suivi sécuritaire.

"En prison, il y a un suivi rapproché par différents services : le service psychosocial, peut-être des imams, des spécialistes en matière de prévention… Ce suivi continue après leur libération. Les services de renseignement peuvent regarder si les femmes n’entrent plus en contact avec des milieux extrémistes, si elles se comportent normalement sur les réseaux sociaux", explique Gert Vercauteren, directeur de l’OCAM (l’organe de coordination pour l’analyse de la menace).

Toutes ces femmes ont exprimé une volonté de se réintégrer dans notre société

À ce jour, l’OCAM dit ne pas avoir reçu de signaux négatifs concernant ces six femmes et la menace qu’elles pourraient représenter. "Toutes ces femmes ont exprimé une volonté de se réintégrer dans notre société, de se consacrer à leurs enfants et de mener une vie normale."

Une alternative ?

Dans son rapport, Hannan Jamaï dénonce l’accueil problématique de ces femmes et de leurs enfants et propose d’autres alternatives. Elle propose de s’inspirer d’autres pays, qui ont suivi des voies différentes pour rapatrier ces familles.

Au Kosovo, par exemple, le retour est pensé bien différemment. "Après leur arrivée, ils sont placés dans un centre qui prévoit de l’aide psychologique et médicale pour les enfants et les femmes. Elles y restent pendant plusieurs jours et puis les femmes sont assignées à résidence de façon à rester présente pour leurs enfants. Et les enfants ne sont pas punis."

"Si on continue à agir de cette façon et qu’on sous-estime le lien entre la mère et l’enfant, je pense que cela peut avoir des implications à vie pour l’enfant."

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