Environnement

Sécheresse 2022 : du ciel au sol, comment la montée des températures rend le cycle de l’eau plus extrême ? (infographies)

12 août 2022 à 05:49 - mise à jour 25 août 2022 à 10:18Temps de lecture5 min
Par Marie-Laure Mathot, infographies: Cristian Abarca

La planète bleue perd de sa couleur avec la multiplication des épisodes de sécheresse et plus précisément, à cause de l’augmentation des températures. L’or bleu, c’est l’eau. Quelles sont les conséquences du dérèglement climatique sur son cycle ? La climatologue, Dr Valérie Masson-Delmotte qui participe aux travaux du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, a pris le temps de l’expliquer sur Twitter dans un fil long de… 104 tweets. On a pris le temps de tout lire. On en retire quelques points importants.

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Le cycle de l’eau, c’est la vie. Rappelez-vous vos cours de sciences de l’école primaire : c’est un cycle où l’eau qui est dans notre atmosphère sous forme de nuages tombe sous forme de pluie ou de neige, se solidifie dans les glaciers et/ou s’infiltre dans les sols pour créer des nappes phréatiques, nos réserves d’eau.

L’eau se trouve aussi dans les océans et cours d’eau pour ensuite s’évaporer dans l’air et redevenir nuages soit par évaporation soit par évapotranspiration, sorte de "transpiration" des plantes, elles captent l’eau dans le sol, et remettent l’eau dans l’atmosphère.

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Tout ce cycle fonctionne grâce aux saisons et aux changements de température. Le hic, c’est qu’avec le dérèglement climatique et donc des températures, le cycle est perturbé à tel point que des scientifiques ont récemment déduit que cette limite planétaire a déjà été dépassée. Grosso modo, chaque étape est plus intense (les pluies plus fortes, les évaporations aussi) et plus variable.

Des nuages de plus en plus hauts

Commençons la tête dans les nuages. Ils permettent de refroidir l’atmosphère grâce à l’eau qu’ils contiennent (encore elle). Les gouttelettes dont sont constitués les nuages reflètent en effet la chaleur, celle venant du sol mais aussi celle envoyée par le soleil et la renvoient vers l’univers. "Sky is the limit"? Pas pour les nuages.

À tel point qu’ils montent de plus en plus haut. C’est une autre conséquence de la montée des températures : plus il fait chaud, plus les nuages prennent de l’altitude. Un peu comme dans votre salle de bains quand vous prenez une douche très chaude, la vapeur monte au plafond.

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L’air de rien, cette altitude des nuages a des conséquences sur le réchauffement climatique. Plus ils sont hauts, moins ils renvoient de chaleur venant du sol vers l’espace. Plus ils la piègent dans le bas de l’atmosphère, là où nous vivons.

Ajoutons à cela que dans les régions où il fait déjà sec, il y a moins de nuages pour capter l’énergie du soleil. Alors, même s’ils contiennent plus de gouttelettes d’eau dans le futur, l’un dans l’autre, ils participeront tout de même au réchauffement climatique. Et inversement, les températures plus élevées accentueront ce phénomène.

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L’heure de la descente : davantage de pluies extrêmes

Avec l’augmentation globale des températures, les océans évaporent davantage d’eau, les continents aussi (à condition qu’il y ait encore de l’eau dans le sol et donc hors épisode de sécheresse). En chiffre, chaque degré en plus provoque 2 à 3% de précipitations en plus.

Il y a donc moins d’humidité sur la surface des continents et les sols s’assèchent. L’eau qui est montée dans l’air se déplace plus vite. Toujours dans votre salle de bains après une douche bien chaude, vous pouvez voir les nuages de vapeur se déplacer. C’est pareil sauf que tout ça a lieu dans l’atmosphère.

Ces nuages se déplacent en fonction des températures. Et comme ces dernières augmentent, la circulation atmosphérique change elle aussi. "La distribution géographique des zones climatiques s’est déplacée au cours des 50 dernières années", écrit la scientifique dans ses tweets.

Autrement dit, les zones au climat modéré ne le sont plus, les zones tropicales ne sont plus les mêmes, etc. Ce qui pousse certaines espèces à se déplacer en fonction des températures. Quant aux arbres, ils vivent davantage de périodes de stress thermique et hydrique, avec un risque accru d’incendies de forêt.

Selon les différents scénarios du réchauffement climatique, ces périodes de pluies seront toujours plus nombreuses et surtout plus extrêmes.

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Par contre, les régions plus sèches le resteront et plus longtemps.

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Et cela se voit dans l’espace. Sur la carte ci-dessous issue de l’atlas interactif du GIEC, on peut voir qu’il fait de plus en plus sec (zones ocre) depuis les îles Caraïbes jusqu’à la Méditerranée en passant par l’océan Atlantique mais aussi en Asie du Sud-est et sur les pointes des continents.

Par contre, il fera plus humide au pôle Nord, et du Sahara à l’Inde ainsi que dans l’Océan Pacifique. Notons que ce n’est pas parce que le Sahara est en bleu qu’il va devenir une zone humide : la carte montre une évolution, et comme le désert est sec en ce moment, une augmentation des précipitations se marque très fort. La carte ci-dessous reprend les précipitations moyennes sur toute l’année en cas d’un réchauffement à 2 °C.

GIEC

Cela se voit dans le temps aussi. Exemple chez nous : les mois de juin, juillet et août seront de plus en plus secs. Et tout cela accentué en fonction des différents scénarios du GIEC : si la température augmente de 1,5°, 2°, 3° ou 4 °C. La carte ci-dessous reprend l’évolution des précipitations de juin à août dans le cas d’un réchauffement à 2 °C.

GIEC

En sachant que quatre milliards de personnes font déjà face à des pénuries d’eau sévères au moins une fois par an, cela risque donc de s’accentuer.

Comme neige au soleil : moins de glace, plus de gros ruissellements

Depuis les années 50, les surfaces enneigées de notre planète fondent de plus en plus tôt dans l’année, ce qui change les débits des cours d’eau selon les saisons. Il y a moins de neige dans l’hémisphère nord : on perd 8% de neige par augmentation de 1 °C. Les glaciers sont de plus en plus petits.

Résultats : les cours d’eau montent plus tôt dans les régions montagneuses, il y a moins de petits ruissellements venant des petits glaciers. Or, ce sont ceux-là qui sont le mieux absorbés par le sol et qui permettent d’irriguer les plantes petit à petit.

Par contre, il y aura plus de grands ruissellements avec la perte de masse des grands glaciers. Et comme il est plus difficile de capter l’eau quand elle passe en grande quantité sur un temps limité, on risque davantage d’inondations.

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Conséquences pour deux milliards de personnes sur Terre et pour les deux tiers de l’agriculture qui dépendent du ruissellement des montagnes : il y a moins d’approvisionnement en eau.

Dans les océans, plus ou moins de sel

L’aquaculture est elle aussi touchée puisque le niveau en sel est lui aussi modifié à la surface de l’océan : les régions à forte salinité sont plus salées encore, les régions moins salées le deviennent davantage. "Ces changements de salinité affectent la densité de l’eau de mer en surface, son mélange et peuvent affecter les écosystèmes marins (y compris en lien avec les activités d’aquaculture)", commente la scientifique.

Au bout du tunnel…

Si l’un des premiers réflexes est d’aller chercher l’eau là où elle est pour la rediriger vers nos cultures, l’experte met en garde contre des solutions qui peuvent avoir des effets néfastes sur le long terme.

L’irrigation des eaux et la création de bassin en béton, par exemple, augmentent l’imperméabilité du sol et donc les gros ruissellements, autrement dit, le risque d’inondations. La création des bassins est en effet une solution à court terme, qui ne peut résoudre le souci global : on aura accès à moins d’eau dans le futur. Les scientifiques conseillent donc d’adapter nos pratiques, plutôt qu’essayer de stocker ou pomper l’eau là où elle est. Au final, un bassin récolte de l’eau qui aurait dû aller dans le sol, puis les nappes phréatiques, on ne fait donc que décaler le problème dans le temps.

Voilà pourquoi les experts privilégient les sols poreux et des solutions à mettre en lien avec une stratégie d’approvisionnement alimentaire différente.

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