Info

Du labo au champ de bataille : des médecins militaires du monde entier en congrès à Bruxelles

© Tous droits réservés

Pas de blouses blanches, mais des uniformes, nombreux, de teinte kaki ou bleu marine, dans la grande salle du Brussels Convention Centre (The Square). Ils viennent de 61 délégations internationales, invitées par le Comité international de médecine militaire (CIMM).

Ce 44e Congrès était prévu initialement en 2021, à l’occasion du centenaire de l’organisation. Le Comité est une organisation internationale, indépendante, qui réunit 118 composantes médicales militaires du monde entier.

À l’origine, une histoire belge

C’est en 1921, au sortir de la Grande Guerre, que le commandant médecin belge Jules Voncken, rencontrant lors d’un congrès un de ses camarades de tranchées de Ypres, le capitaine américain William S. Bainbridge de l’US Navy, a eu l’idée de renforcer la coopération des services médicaux militaires dans le monde. L’idée était de mettre à profit et de partager les connaissances médicales acquises lors du premier conflit mondial. Cent ans plus tard, la coopération est toujours là et s’est étendue à 118 nations.

© La composante médicale a bien changé en 100 ans

Quatre défis

Reportée en 2021 en raison de la pandémie de Covid-19, la grand-messe des composantes médicales armées a démarré ce lundi à Bruxelles et se poursuivra jusqu’au vendredi 9 septembre. 

Quatre thèmes représentent les principaux défis auxquels est confrontée la médecine militaire aujourd’hui, et dans les prochaines années :

  • la bataille contre l’infection, et la résistance aux antibiotiques que la thérapie par les phages (ces virus mangeurs de bactéries) pourrait aider à résoudre ;
  • les défis des soins prolongés sur le terrain (la chirurgie en vol, les soins en sous-marins, la transfusion sur le terrain…) ;
  • la santé mentale et le stress post-traumatique ;
  • la réhabilitation (physique et mentale) des militaires.

Manger les bactéries

La problématique des phages, ou la "phagothérapie" est l’un des thèmes chers à l’Hôpital militaire Reine Astrid. Il possède d’une expertise dans le domaine.

Le général Pierre Neirinckx, secrétaire général adjoint du Comité international de médecine militaire, explique qu’il s’agit d’une très vieille histoire, mais aux développements et aboutissements bien actuels : "Ça remonte à il y a près de vingt ans, où des scientifiques dits à l’époque "illuminés" s’étaient dit 'mais il existe quand même dans la biosphère des virus mangeurs de bactéries. Est-ce que par hasard cela pourrait apporter une aide dans le cadre de la lutte contre la résistance aux antibiotiques que nous voyons maintenant augmenter ?'. C’est un problème de santé publique mondial important. Et donc, il nous faut trouver des solutions pour non pas remplacer l’antibiotique, mais pour compléter les actions des antibiotiques. Et les bactériophages, à l’hôpital militaire de Bruxelles, nous y travaillons depuis une vingtaine d’années. Nous sommes arrivés à une phase où nous pourrions bientôt appliquer ces phages chez les patients."

L’expérience a d’ailleurs été concluante en 2020, lorsque l’hôpital militaire a collaboré avec l’Institut Eliava de Tbilissi, pour administrer des phages à une patiente victime des attentats de Bruxelles en 2016. Après ses opérations, ses plaies se sont infectées malgré l’administration d’antibiotiques, et les médecins ont réussi, grâce à un traitement par phagothérapie, à vaincre la bactérie multirésistante Klebsiella pneumoniea en quelques semaines.

De gauche à droite : l’Amiral Michel Hofman (Chod, Chef de la Défense), le lieutenant général Pierre Neirinckx, secrétaire général adjoint du CIMM, et le général de brigade Marc Ongena, commandant de la Composante Médicale de la Défense.
De gauche à droite : l’Amiral Michel Hofman (Chod, Chef de la Défense), le lieutenant général Pierre Neirinckx, secrétaire général adjoint du CIMM, et le général de brigade Marc Ongena, commandant de la Composante Médicale de la Défense. © Tous droits réservés

L’Ukraine en toile de fond

L’actualité internationale et la guerre en Ukraine ont un impact sur les priorités de la Composante Médicale de la Défense. Après avoir aidé le personnel des maisons de repos durant la pandémie de Covid-19, il s’agit de se recentrer sur le terrain.

Le général Marc Ongena, commandant de la Composante Médicale, mise énormément sur ce nouvel hôpital de campagne reçu il y a deux ans et qui fait l’objet de toutes les attentions : l’entraînement du personnel médical est en cours, et dans un an, cet équipement pourra être envoyé en mission.

"Pour moi, le défi principal", explique-t-il, "en tant que Commandant de la Composante Médicale belge, qui a pour mission primaire d’assurer l’appui médical des opérations de nos troupes, partout où elles vont, c’est de développer ces capacités d’appui opérationnel."

"On a vu, avec la situation internationale, que la tendance ou l’orientation vers de nouveaux conflits de haute intensité, ça nous oblige, avec nos partenaires de l’OTAN, de l’Union européenne, à se réorienter aussi vers ce genre d’appui à fournir et c’est sur ça qu’on travaille d’abord", détaille le commandant.

L’Ukraine ne fait pas partie du Comité, mais mercredi matin, un représentant ukrainien fera un exposé sur "les aspects généraux du traitement chirurgical en raison de l’agression à grande échelle de la Fédération de Russie en Ukraine".

Recevez une fois par jour l'essentiel de l'info

Chaque matin vers 10h (du lundi au vendredi), recevez un condensé des principaux titres de la rédaction web de la RTBF. Et en cas d’événement majeur, soyez les premiers informés par nos newsletters flash.

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous