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Du parc Duden au parc du Bempt : un nouveau stade pour l’Union ?

Union 22: la folle saison des Jaune et Bleu

Episode 4: Un nouveau stade pour de nouvelles ambitions

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"On a beaucoup grandi ces dernières années. Maintenant, on doit aussi grandir financièrement." Quand il parle, Philippe Bormans ne prend pas de détour. "On a beaucoup investi et on subit chaque année une perte de cinq à six millions d’euros. C’est un vrai problème."

Le CEO de l’Union nous reçoit dans la petite salle réservée aux entraîneurs lors des matches : "on l’utilise aussi comme salle de réunion, car dans les containers où sont installés nos bureaux, il y a trop peu de place pour vous recevoir correctement."

Cette manager room multifonction, c’est le symbole d’un stade Marien où les ambitions du club sont désormais à l’étroit.

►►► Cet article est issu de la série de podcasts Union 22 qui vous raconte et décortique la folle saison des Jaune et Bleu.

En caricaturant à peine, voici la quadrature du cercle : 8000 places, c’est bien trop peu pour jouer la coupe d’Europe ; mais 8000 personnes tous les quinze jours dans ce quartier dense en habitations, c’est déjà un peu trop en termes de nuisances pour certains riverains inquiets face à la croissance du club.

Belga
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Alors, selon l’ambitieuse direction de l’Union, pas le choix, il faut construire un nouveau stade, plus grand, et ailleurs : un dossier "tellement plus important sur le long terme que ce 12e titre dont tout le monde parle".

Le problème du stade historique est avant tout son manque de confort. "On n’a pas de qualité qu’on peut offrir aux gens. 80% du stade n’a pas de toit. Par rapport aux VIP, aux sponsors, on n’a aucune marge de manœuvre. Ce qu’on veut, c’est un stade avec un minimum de confort. Et cela, ce n’est pas possible ici", affirme Philippe Bormans.

Au risque de perdre son âme en chemin ?

Avec sa façade historique de stade à l’anglaise, le stade Marien participe en grande partie au mythe de l’Union. Une enceinte centenaire, repère de plusieurs générations d’unionistes, qui pourrait bientôt ne plus accueillir les matches de l’équipe première.

"Pour nous, supporters, c’est cornélien comme choix", entame Fabrizio Basano. "Ça sent le foot ici", renchérit Robert Derissen, alias Bob. "Les joueurs aiment ce vestiaire tout petit où tu dois te baisser, où la porte des toilettes ne ferme pas. On devra digérer la pilule. C’est un mal nécessaire si on veut continuer à grandir."

RTBF – Jérôme Durant

Si mon cœur parle, je donne mes deux bras pour rester ici

S’il y en a bien un que le sujet émeut, c’est Philippe Canion : 58 ans aujourd’hui, un enfant de la tribune, fils des anciens tenanciers de la buvette du stade. Mascotte du club au tournant des années '60 et 70', c’est lui qui accompagnait les joueurs lors de leur entrée sur la pelouse.

"Si c’est mon cœur qui parle, je donne mes deux bras pour rester ici", martèle Philippe. "Malheureusement, la situation économique est ce qu’elle est. Il faut que de l’argent rentre dans les caisses du club. On pourrait avoir beaucoup plus de supporters."

Philippe Canion et sa compagne Anne Van Hoofstadt, en 2022

La Ghelamco Arena ? On a l’impression d’aller chez Kinepolis

"S’il y a un déménagement", se projette Kostas Péricaud, "il faut absolument que le nouveau stade se retrouve à une distance raisonnable du stade actuel. L’ancrage territorial est essentiel. Il faut aussi éviter de construire un stade froid et impersonnel". L’exemple à suivre selon les supporters ? Le stade du FC Malines. Celui à ne pas suivre ? La Ghelamco Arena de Gand. "OK, le stade est beau. Mais il ne se passe rien à l’extérieur. On a l’impression d’aller chez Kinepolis", résume Salva.

Un stade modulable de 17.000 à 21.000 personnes, selon les configurations : c’est le projet des investisseurs anglais qui comptent bien, avec leurs reins solides, financer l’entièreté de cette enceinte estimée à 60 millions d’euros. Reste une embûche, et pas la moindre : où construire ce stade ?

La maquette du potentiel futur stade de l’USG, tel qu’imaginé par les investisseurs anglais.
La maquette du potentiel futur stade de l’USG, tel qu’imaginé par les investisseurs anglais. KSS GROUP DESIGN GROUP LTD

Trois options théoriques, une largement privilégiée

S’il existe en théorie trois sites potentiels qui ont fait l’objet d’une analyse par l’administration régionale perspective.brussels, dans les faits, le club a jeté son dévolu sur la plaine du Bempt, idéal en termes de "mobilité et de faisabilité", selon sa direction.

Situé en bordure de Ring, juste à côté de l’usine Audi, dans un quartier nettement moins résidentiel que celui du stade Marien, le terrain appartient à la commune de Forest, que le club doit donc convaincre. Objectif : une annonce aux supporters d’ici la fin de saison, pour un stade construit d’ici 2024. Le timing est optimiste…

Je dois avoir des réponses à toutes mes questions

Car malgré les réunions récurrentes, la commune se pose encore beaucoup de questions sur cette localisation : quid de l’accessibilité en transport en commun, quid d’une bétonnisation dans une zone fréquemment inondée, quid de la disponibilité des terrains de sport amateur voisins si un stade professionnel y est construit, etc. ?

Juste à côté de l’usine Audi, le talus sur lequel pourrait être construit le nouveau stade.
Le site d’implantation envisagé pour le nouveau stade au Bempt. En face, de l’autre côté de la route, l’usine Audi Forest. Et juste à côté, le ring.

"Pour moi, ce qui est important, c’est la sécurité et le bien-être des Forestoises et des Forestois", pose Mariam El Hamidine (Ecolo), bourgmestre faisant fonction. "Alors, oui, il y a l’envie et l’avis de l’Union, mais l’avis de la commune de Forest est aussi important. Je dois avoir des réponses à toutes mes questions pour aller dans un sens ou dans l’autre."

Certains oublient qu’une partie du stade et le parc sont classés

La commune de Forest renvoie donc le club à ses chères études et aimerait que l’Union investigue plus la possibilité d’agrandir le stade actuel. Une option à laquelle ne croit pas trop ni le club, ni Charles Picqué (PS), le bourgmestre de Saint-Gilles, commune qui assure pour des raisons historiques la gestion du stade Marien, bien qu’il se situe à Forest.

"Certains oublient, quand ils disent 'on va construire une tribune de plus, on va s’agrandir', qu’une partie du stade et le parc sont classés", rappelle celui qui fut aussi président de l’Union dans les années 1990. "Toute extension sérieuse du stade supposerait qu’on déclasse une partie du parc. Certains inventent des choses peu vraisemblables. Quelqu’un a par exemple fait une très, très brève étude pour voir si on ne pouvait pas creuser et descendre le terrain. Mais bon, il y a quand même des contraintes. Vous ne pourrez pas aller très loin et faire de la géologie, hein ! Quelques extensions sont envisageables, mais ça ne dépasserait jamais les 10 à 12.000 places. De toutes les possibilités envisagées, je pense que la plaine du Bempt est la meilleure solution", conclut Charles Picqué.

Le spectre du stade national

Un nouveau stade au Bempt pour Saint-Gilles, la rénovation de l’actuel stade pour Forest : les avis divergent d’une maison communale à l’autre. Le débat politique ne fait sans doute que commencer.

J’ai peur que les Anglais se lassent

"Le problème, c’est le côté institutionnel de la Belgique, c’est un bordel monstre pour obtenir un permis", analyse Pascal Scimè, journaliste sportif à la RTBF. "Il faut se mettre à la place d’un homme d’affaires anglais qui vient de racheter un club, qui vend du rêve à beaucoup de monde, qui va financer 100% de son stade, ce qui est rare, et à qui l’on dit 'oui, mais il y a les communes, la Région, les riverains…' Si cela traîne un an, un an et demi, j’ai peur que les Anglais se lassent et aillent investir dans une autre entité où les permis seraient plus faciles d’accès."

Construire un stade s’avère toujours complexe en Belgique. Le récent fiasco du stade national est là pour le rappeler. Un spectre que certains observateurs veulent à tout prix éviter en sortant par le haut dans ce dossier-ci.

Des stades verts ? Le monde n’a pas attendu la Belgique

"Au niveau européen, la Belgique est l’un des pays les plus en retard au niveau de la construction de stades", décode Jean-Michel Dewaele, sociologue du sport à l’ULB.

"Il faut des stades verts, qui ne créent pas d’embouteillages, évidemment. Mais, figurez-vous que le monde n’a pas attendu la Belgique pour s’en soucier. Il y a un tas d’exemples de nouveaux stades très bien pensés, on peut s’en inspirer. J’avoue que je suis assez inquiet, car la commune de Forest a l’air de bloquer. Je crains que, dans le poto-poto bruxellois, dans le pouvoir des communes, on aille vers un échec. Dans ce cas, les autorités politiques, vécues par les citoyens comme responsables de tous les maux sur terre, seraient chargées d’un nouvel échec, alors que tout le monde souhaite que l’Union ait son stade", conclut Jean-Michel Dewaele.

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