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"Durant deux mois, je vais souffrir!" : les personnes sans-abris vulnérables face à la chaleur

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Le thermomètre dépasse les trente degrés dans les rues du centre-ville de Charleroi. Jean-Marie et sa chienne Andy tentent tant bien que mal de trouver un peu de fraîcheur. La rue, ils la connaissent tous le deux. Ils ont dormi plusieurs années à la belle étoile. Et quand vient l'été, Jean-Marie s'inquiète : "C'est pénible car je ne supporte pas la chaleur. Je sais que durant deux mois, je vais souffrir. Je fais nager mon chien dans des bassins de la ville. Mais pour moi, ce n'est pas évident. Heureusement, des citoyens ou des éducateurs de rue viennent toujours m'apporter un peu d'eau". 

De l'eau, Clarice Géhu en a justement dans son sac à dos. Elle est infirmière de rue et durant tout l'été, elle parcourt Charleroi à pied et propose aux sans-abris de l'eau, de la crème solaire, un brumisateur ou encore une casquette. De quoi survivre à la canicule: "Un coup de chaud peut vite arriver. Il est donc important de les sensibiliser à l'importance d'une bonne hydratation. En règle générale, ils sont toujours contents de nous voir. Ça nous permet aussi d'entretenir ce lien de confiance que l'on a avec eux". 

Michael et Clarice vont à la rencontre des sans-abris durant toute l'année à Charleroi
Michael et Clarice vont à la rencontre des sans-abris durant toute l'année à Charleroi © Tous droits réservés

L'été tue, comme l'hiver

Chaque année, les plans hivernaux sont activés dans de nombreuses communes. Des lieux s'ouvrent aux sans-abris pour éviter qu'ils ne passent la nuit dehors. Car malheureusement, le froid fait des victimes en Belgique. Mais Michael Isbiai, éducateur de rue tient à rappeler que l'été peut être tout aussi meurtrier : "Pour les personnes précarisées, il n'y a pas vraiment de bons moments durant l'année. En hiver, de nombreuses actions sont mises en place, moins en été. C'est pour cela que l'on fait ce travail de terrain. On constate de nombreux cas de déshydratation chaque année. Ils peuvent s'écrouler à cause de la chaleur, surtout si l'alcool est consommé en grande quantité". 

Dans le rue de Dampremy, Michael et Clarice croisent justement un sans-abri, canette de bière à la main. Quand le thermomètre s'emballe, l'alcool est consommé en plus grande quantité. "Notre mission est aussi de leur rappeler qu'il faut éviter ce genre de boissons. C'est une mauvaise idée d'en consommer car l'alcool va plutôt accroître les effets de la déshydratation". L'infirmière de rue n'hésite pas à jeter un oeil également aux blessures des SDF qu'elle rencontre car la chaleur aggrave aussi les infections. 

Des fontaines publiques qui manquent à l'appel 

Pour survivre à ces fortes chaleurs, avoir accès à un point d'eau est essentiel. Pourtant, à Charleroi, les fontaines publiques ont disparu du paysage, au grand regret des sans-abris et des travailleurs de rue : "Ces fontaines ont été rasées durant les travaux de la ville. On espère fortement qu'elles vont revenir" nous confie Michael. "Ces fontaines d'eau sont d'utilité publique. Elles doivent être là aussi pour la petite mamy qui peut avoir accès à un peu d'eau potable quand elle ne se sent pas bien, pour les enfants aussi qui jouent à l'extérieur, pour donner à boire également aux chiens. Ça me paraît tellement évident qu'une ville comme Charleroi doit disposer de ce genre d'infrastructures". 

Sur le même thème : JT du 25/05/2022

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