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Dyslexie : "Il est important de lire des livres à son enfant pour prévenir l’apparition de troubles"

La dyslexie est une difficulté tenace de l’apprentissage de la lecture

© Image par Sabrina Eickhoff de Pixabay

19 août 2021 à 08:56Temps de lecture5 min
Par La Première RTBF

On considère aujourd’hui que 8 à 10% des jeunes et des adultes seraient touchés par une dyslexie, en ce compris les cas qui ne seraient pas diagnostiqués ou diagnostiqués trop tard. Cette difficulté d’apprentissage peut être handicapante mais peut heureusement entièrement disparaître après quelques années de suivi chez un professionnel. On en parle avec la psychologue et logopède Bernadette Piérart et le logopède Benjamin Stevens.

La dyslexie est une difficulté tenace à apprendre à lire. Les recherches autour de la dyslexie ont beaucoup évolué ces dernières années. Quand on a commencé à s’y intéresser dans les années 1950, beaucoup de choses erronées ont été racontées à son sujet. Ce qu’on peut dire de façon objective, c’est que les enfants qui sont atteints de dyslexie voient bien, entendent bien, ils n’ont pas de problèmes neurologiques, ils vivent dans un environnement stimulant, ils n’ont pas de problèmes affectifs – en tout cas au départ mais ils peuvent développer des problèmes affectifs en raison de leur dyslexie, explique la logopède Bernadette Piérart, auteur du livre " Votre enfant est dyslexique. Pourquoi ? Comment l’accompagner ? " (Ed. Mardaga).

Que nous dit le cerveau de l’enfant dyslexique ?

L’imagerie cérébrale chez l’enfant est délicate, prévient Bernadette Piérart. En Europe, elle est interdite avant l’âge de 8 ans pour des fins de recherche parce qu’elle pourrait être dangereuse pour le développement ultérieur de l’enfant. Aux Etats-Unis, la législation est plus souple et les chercheurs sont aussi beaucoup plus équipés et ont plus de moyens pour mener ce genre de recherches. Ainsi, une chercheuse a récemment suivi par images cérébrales des enfants âgés entre 5 et 8 ans à intervalles réguliers et s’est concentrée sur une zone de cerveau active quand un adulte lit. Pendant le scan, elle présentait aux enfants des chiffres, des lettres et des petits dessins. Ce que l’étude a mis en évidence, c’est qu’à 5 ans, la zone liée à la lecture n’était pas active tandis que celle liée aux dessins l’était. Chez les enfants de 8 ans en revanche, soit un âge où on commence à lire, la zone s’activait.

Quels sont les signaux d’alerte auxquels les parents devraient prêter attention ?

Tout d’abord, il ne faut pas s’en inquiéter avant l’âge de 8 ans, au moment où on entre dans le monde de l’écrit et on commence à lire. À partir de cet âge, les évaluations et bulletins restent une des premières sonnettes d’alarme pour l’enfant en difficulté. Ensuite, si l’enfant n’aime pas lire, s’il lit très lentement ou se sent très fatigué, on peut aller consulter un professionnel afin de vérifier qu’il ne s’agit pas de dyslexie.

À lire aussi : Apili : une drôle de méthode pour apprendre à lire grâce à l’humour !

Ce que confirme Benjamins Stevens, logopède et auteur de la méthode d’apprentissage à la lecture "Apili" : "Si votre enfant a des difficultés d’apprentissage à la lecture et si celles-ci persistent dans le temps, il est important de prendre un rendez-vous chez un logopède ou orthophoniste pour effectuer un bilan. On ne parlera pas de dyslexie trop tôt car il faut que l’enfant ait au moins 1 an et demi à 2 ans d’apprentissage de la lecture, mais une consultation peut être utile dès les premiers pas en lecture si par exemple, l’enfant n’arrive pas du tout à lire."

Il est parfois difficile de faire la différence entre un enfant qui n’a pas envie de lire et un enfant qui a des difficultés spécifiques. Généralement, chez les enfants qui seront plus tard diagnostiqués comme dyslexiques, il y a des signes avant-coureurs. En maternelle, on pourra retrouver chez ces enfants un trouble phonologique, c'est-à-dire une difficulté à analyser les sons de la langue et des mots, et par conséquent un retard de langage. Ces enfants sont plus à risque pour l’apprentissage de la lecture lorsqu’ils arrivent en 1ère primaire. SI votre enfant n’arrive pas à acquérir la combinatoire, soit l’association d’une voyelle et d’une consonne (fa, fe, ge…), ou s’il met très longtemps à y arriver, il faut demander conseil à un professionnel.

Sur quoi se concentre-t-on dans un suivi de dyslexie chez l’enfant ?

Le logopède va surtout travailler la conscience phonologique, c’est-à-dire la correspondance entre les sons et les lettres, entre graphèmes et phonèmes. C’est très important car chez un enfant dyslexique, la zone cérébrale qui s’active lors de la lecture est hypostimulée ce qui fait qu’il aura soit des difficultés phonologiques spécifiques, soit des difficultés d’ordre visuel. Certains peuvent avoir une dyslexie mixte ou globale, c’est-à-dire présenter à la fois une difficulté phonologique et visuelle. Le logopède sera en mesure de dire quel type de difficultés l’enfant rencontre.

"Une fois que le diagnostic est posé, on voit les enfants une à deux fois par semaine et on se concentre sur la correspondance entre les lettres et les sons que ces lettres produisent. L’objectif est le passage à l’écrit de l’enfant mais aussi de donner le goût à la lecture, en stimulant cette zone du cerveau qui n’est pas assez active et en trouvant des moyens de compensation par d’autres zones du cerveau", explique Benjamin Stevens.

Combien de temps dure un suivi logopédique pour dyslexie ?

Les enfants dyslexiques ont un long suivi orthophonique et logopédique. Pour les dyslexies sévères, les enfants sont accompagnés pendant toutes leurs primaires jusqu’à l’entrée en secondaire. Néanmoins, rassurons les parents : tous les enfants dyslexiques parviennent à lire ; cela prendra plus ou moins de temps selon la sévérité des troubles.

Y a-t-il plus d’enfants dyslexiques ou les diagnostics sont-ils meilleurs ?

D’une part, les enfants sont mieux diagnostiqués qu’avant, mais en parallèle, il y a aussi plus de troubles du langage en maternelle, qui peuvent découler vers des difficultés de lecture, sans pour autant tomber dans de la dyslexie. La dyslexie est un trouble qui touche environ 5% de la population, et les troubles de lecture touchent 15 à 20% des enfants sans pour autant qu’ils soient dyslexiques.

Cette augmentation des cas provient d’un mélange de plusieurs facteurs. Il y a notamment un réel manque de langage oral et de stimulation dans certains milieux socioculturels. On ne parle pas assez aux enfants, on ne leur lit pas assez d’histoires, et on ne joue pas assez avec eux, ce qui crée un décalage dans l’apprentissage des enfants, et les enfants issus des milieux socioculturels moins favorisés sont plus touchés que les autres. Il faut être vigilant vis-à-vis de ces enfants et les stimuler un maximum pendant les années en maternelle.

Le masque porté par les puériculteur.trice.s et instituteur.trice.s a-t-il un impact ?

Puisqu’on apprend en voyant la bouche des parents et des instituteurs, il est important que celle-ci soit visible. Le masque est donc clairement un fameux obstacle dans l’apprentissage du langage. Par ailleurs, outre l’aspect visuel des lèvres qui bougent, le masque peut aussi empêcher les enfants de bien entendre ce que les instituteur.trice.s disent car il représente une barrière entre le son qui sort de la bouche et l’arrivée du son dans les oreilles de l’enfant.

En dehors du suivi logopédique, que faire à la maison ?

La préparation à une bonne lecture devrait commencer à l’âge de 3 ans. Le langage oral est vraiment très important. De tout temps et particulièrement en temps de pandémie et de port de masque, il est important de lire des livres et raconter des histoires à son enfant, explique Bernadette Piérart. On peut se baser sur des albums jeunesse sans texte et inventer l’histoire. Outre l’aspect auditif et de mouvement des lèvres, cela peut donner envie à l’enfant de lire, ce qui est non négligeable quand on sait que le fait de ne pas avoir envie de lire peut avoir un impact dans l’arrivée des troubles.

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